Ad-, as-, az- : Différence entre versions

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[[Gros (1984)|Gros (1984]]:369) considère que le suffixe ''ad-'' est productif en breton trégorrois.  
 
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Selon [[Gerven (2014)]], le préfixe ''ad-'', s’il est répandu sur les verbes en Trégor et Haute-Cornouaille, ne l’est pas en breton de l’Ouest qui utiliserait plutôt l’[[adverbe]] ''[[en-dro]]'' 'de retour'. [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:333) ne donne que la forme ''as-'', avec <font color=green>/as'toma/</font color=green>, '''''as'''tomma'' 'réchauffer'. On relève '''''az'''van'' chez Jakez Riou, dans un texte d'étude de manuel scolaire.
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Selon [[Gerven (2014)]], le préfixe ''ad-'', s’il est répandu sur les verbes en Trégor et Haute-cornouaille, ne l’est pas en breton de l’Ouest qui utiliserait plutôt l’[[adverbe]] ''[[en-dro]]'' 'de retour'. [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:333) ne donne que la forme ''as-'', avec <font color=green>/as'toma/</font color=green>, '''''as'''tomma'' 'réchauffer'. On relève '''''az'''van'' chez Jakez Riou, dans un texte d'étude de manuel scolaire.
  
  
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La présence du suffixe ''ad-'' en haut-cornouaillais demanderait à être documentée, car [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. 2017]]:17) rapporte que ce suffixe n'est ni utilisé ni compris en haut-cornouaillais, où "il n'existe qu'à l'état de trace dans ''halein'' (''adlein'') par exemple ou dans '' 'n dro adar' '' (''[[en-dro]] [[adarre]]'')". A la place, c'est ''[[en-dro]]'' qui est utilisé.
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La présence du suffixe ''ad-'' en haut-cornouaillais demanderait à être documentée. [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. 2017]]:17) rapporte que ce suffixe n'est ni utilisé ni compris en cornouaillais de l'Est, où "il n'existe qu'à l'état de trace dans ''halein'' (''adlein'') par exemple ou dans '' 'n dro adar' '' (''[[en-dro]] [[adarre]]'')". A la place, c'est ''[[en-dro]]'' qui est utilisé.
  
  

Version du 13 juillet 2018 à 15:59

Le préfixe ad-, as- ou az- marque la répétition (unique) d'une action ou d'une entité. Ce morphème est productif.


(1) Pa adtaol eun den da gousket e chom diwezad.
quand1 re.jette un homme à1 dormir R reste tard
'Quand on recommence à dormir (après être resté longtemps réveillé),
on reste tard au lit.' Gros (1970b:§'adteurel')


(2) kouez, 'chute' > adkouez, 'rechute', Trépos (2001:§121)

devezh, 'journée' > addevezh, 'jour supplémentaire', Favereau (1997:§193)
gwech, 'fois' > adwech, 'coup à refaire aux boules', Favereau (1997:§193)


Le Roux (1915:90) relève en trégorrois advot 'ballottage' et advragou 'caleçons'. Deshayes (2003:'planedenn') donne adplanedenn 'satellite'.


Morphologie

allomorphes

Kervella (1947:§874) traite ad-, as- et az- comme les formes d'un même morphème. Selon Deshayes (2003:36), le préfixe az- est le préfixe ad- qui aurait subi une lénition.

D'autres auteurs classent ad- et az-/as- comme distincts. Merser (2009:482) note seulement que les préfixes ad- et az-, as- sont synonymes.


Certains mots existent avec deux formes concurrentes du préfixe sans que leur sens soit impacté.


(3) 'œuf factice': azdov / addov, (Kervella 1947:§874)

'casse-croûte du matin': azzijun / addijuni, Deshayes (2003:'dijuni')
'redemander, demander de nouveau': azgoulenn (Kervella 1947:§874) et adhoulenn (Merser 2009:482)
'repas après souper, réveillon': azkoan (Kervella 1947:§874) et adkoan (Merser 2009)


La forme en as/az est moins productive que ad-. Selon Deshayes (2003:36), la forme en as/az n'était même quasiment plus productive avant d'être revivifiée dans des néologismes. Il relève cependant la forme azejun 'casse-croûte du matin' dès 1919.

  Deshayes (2003:36) :
 "D’un emploi fort rare, il a été repris par Emile Ernault, puis par François Vallée pour créer de nouveaux mots. Ce préfixe se renforce en as- devant les consonnes /f, k, p, s, t/, d’où la variante as- en [orthographe] peurunvan et en interdialectal."


(4) sac'h 'sac' > assac'h 'bourse à part, argent ramassé en cachette', Vallée (1931)


Le Gall (1957:'azhori'), à l'Hôpital-Camfrout, donne asfoar, asfoenn, askoania, astiñva.


sandhi

Le préfixe ad- peut subir un sandhi devant une consonne non-voisée:


(5) ['ato] ['atonnt]
addov addont
'œuf factice' 'revenir' Kervella (1947:§874)


(6) ober > adober; deski > atteski; kemer > atkemer
'faire' 'refaire' ; 'apprendre' 'réapprendre' ; 'prendre' 'reprendre' Merser (2009)


mutations

Le préfixe ad- provoque une lénition sur les initiales /g, gw, b, m/ (Kervella 1947:§874, Chalm 2008:w-217, Merser 2009:482).


(7) goulenn, 'demander' > adc’houlenn, 'redemander'

gwelet, 'voir' > adwelet, 'revoir'
bevañ, 'vivre' > advevañ, 'revivre'
merenn, 'repas de midi' > adverenn, 'collation'


as- provoque les mutations par adoucissement devant /gw, b, m/ (Kervella 1947:§874).

Le Gall (1957) donne à l'Hôpital-Camfrout azhori 're-former un abcès', sur gori 'former un abcès', alors que Kervella (1947:§874) donne azgoulenn.

Chalm (2008:w-217) considère que ni as- ni az- ne provoquent de mutation.


productivité et variation dialectale

Gros (1984:369) considère que le suffixe ad- est productif en breton trégorrois.

Selon Gerven (2014), le préfixe ad-, s’il est répandu sur les verbes en Trégor et Haute-cornouaille, ne l’est pas en breton de l’Ouest qui utiliserait plutôt l’adverbe en-dro 'de retour'. Goyat (2012:333) ne donne que la forme as-, avec /as'toma/, astomma 'réchauffer'. On relève azvan chez Jakez Riou, dans un texte d'étude de manuel scolaire.


(1) Ar marhadour a hejas e benn hag a reas an azvan da bellaad. Jakez Riou, Cornouaille (Lothey) , Seite & Stéphan (1957:119)
le marchand R secoua son1 tête et R fit le re1.mine de 1 loin.t.er
'Le marchand secoua la tête et refit mine de s'éloigner.'


La présence du suffixe ad- en haut-cornouaillais demanderait à être documentée. Bouzec & al. 2017:17) rapporte que ce suffixe n'est ni utilisé ni compris en cornouaillais de l'Est, où "il n'existe qu'à l'état de trace dans halein (adlein) par exemple ou dans 'n dro adar' (en-dro adarre)". A la place, c'est en-dro qui est utilisé.


dérivation

Selon Kervella (1947:§879,880), le préfixe das- est un composé des morphèmes de- et as-, az-.

Syntaxe

Le préfixe ad- apparaît avec des racines verbales (adober) comme nominales (adkoan).

Kervella (1947:§882) donne les verbes adlivañ, adkregiñ, adsevel, astinvañ, astommañ, et les noms adti, advab, adyezh, azginivelezh


Ce préfixe apparaît dans les noms géographiques tels que Adkaokaz, Adliban, Adatlas (Kervella 1947:§874).


Horizons comparatifs

Selon Even (1978:35), le breton ad- descend du gaulois ate-, qui correspond au vieux breton at- et à l'irlandais aith-. Le sens aurait d'abord été celui d'intensification, puis celui de répétition.

  Deshayes (2003:36) :
 "ad- indique la répétition et présente la même valeur que le français re-. D’un emploi peu fréquent jusqu’au début du XX°, il a servi à créer un certain nombre de verbes. Ce préfixe, qui correspond au gallois ad-, procède du vieux breton at-, attesté dans quelques mots avec l’idée de renouvellement ou de retour. Il répond également au vieil irlandais aith- et au gaulois ate-, ati-."

Sémantique

Avec les prédicats, le préfixe dénote la répétition du procès ou de l’état.

La forme advezv signifie selon Favereau (1997:§230) 'soûl (à nouveau), qui ne désoûle pas'.


(1) ‘M-eus aon out mezo ! – Ya, advezo !
je.crois es saoûl -oui sfx1saoûl
'Je crois que tu es saoûl ! Oui, re-saoûl ! (ce n’est pas la première fois).' Trégorrois, Gros (1984:371)


Avec les noms, le préfixe force le doublement du référent. Il dénote alors la seconde entité obtenue. Gros (1984:370-1) donne:

an adhoro : 'la seconde traite, lait qui vient après ar vegenn'
an adfoenn : 'la seconde coupe de foin', 'le regain'
addijuni : 'second déjeuner'
adkoan : 'second souper'
e adgroñj : 'son double-menton'


as-/az- vs. ad-

Kervella (1947:§874) note que la langue moderne tend à assigner aux formes az- et as- des nuances plus fortes qu'à sa variante ad-.


Cet effet d'intensification est possiblement dû au fait que la forme az est préférée dans les coordinations:

  • pediñ hag aspediñ,
moulañ hag asvoulañ,
lennet hag aslennet, Kervella (1947:§874)

Bibliographie

  • Yann Gerven. 2014. 'ar rakgerioù: 're-' galleg, ad- brezhoneg', Yezhadur!, Alioù fur evit ar vrezhonegerien diasur, Keit Vimp Bev, 153-154.
édition de: Gerven, Yann. 2014. 'Ar rakgerioù : re- galleg, ad- brezhoneg', Ya, [10/01/2014], texte.