Ad-, as-, az- : Différence entre versions

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(productivité et variation dialectale)
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Avec les noms, le préfixe force le doublement du référent. Il dénote alors la seconde entité obtenue. [[Gros (1984)|Gros (1984]]:370-1) donne:

Version du 8 avril 2014 à 13:54

Le préfixe ad-, as- ou az- marque la répétition (unique) d'une action ou d'une entité. Ce morphème est productif.


(2) Pa adtaol eun den da gousket e chom diwezad.
quand re.jette un homme à1 dormir R reste tard
'Quand on recommence à dormir (après être resté longtemps réveillé),
on reste tard au lit.' Gros (1970b:§'adteurel')


(2) kouez, 'chute' > adkouez, 'rechute', Trépos (2001:§121)

devezh, 'journée' > addevezh, 'jour supplémentaire', Favereau (1997:§193)
gwech, 'fois' > adwech, 'coup à refaire aux boules', Favereau (1997:§193)


Morphologie

Kervella (1947:§874) traite ad-, as- et az- comme les formes d'un même morphèmes. Selon Deshayes (2003:36), le préfixe az- est le préfixe ad- qui a subi une lénition.

D'autres auteurs classent ad- et az-/as- comme distincts. Merser (2009:482) note seulement que les préfixes ad- et az-, as- sont synonymes.


Certains mots existent avec deux formes concurrentes du préfixe sans que leur sens soit impacté.


(3) 'redemander, demander de nouveau': azgoulenn (Kervella 1947:§874) et adhoulenn (Merser 2009:482)

'repas après souper, réveillon': azkoan (Kervella 1947:§874) et adkoan (Merser 2009)
'œuf factice': azdov / addov (Kervella 1947:§874)


La forme en as/az est moins productive que ad-. Selon Deshayes (2003:36), la forme en as/az n'était même quasiment plus productive avant d'être revivifiée dans des néologismes.

  Deshayes (2003:36) :
 « D’un emploi fort rare, il a été repris par Emile Ernault, puis par François Vallée 
 pour créer de nouveaux mots. Ce préfixe se renforce en as- devant les consonnes
 /f, k, p, s, t/, d’où la variante as- en [orthographe] peurunvan et en interdialectal.


sandhi

Le préfixe ad- peut subir un sandhi devant une consonne non-voisée:


(4) ['ato] ['atonnt]
addov addont
'œuf factice' 'revenir' Kervella (1947:§874)


(5) ober > adober; deski > atteski; kemer > atkemer
'faire' 'refaire' ; 'apprendre' 'réapprendre' ; 'prendre' 'reprendre' Merser (2009)


mutations

Le préfixe ad- provoque une lénition sur les initiales /g, gw, b, m/ (Kervella 1947:§874, Chalm 2008:w-217, Merser 2009:482).


(2) goulenn, 'demander' > adc’houlenn, 'redemander'

gwelet, 'voir' > adwelet, 'revoir'
bevañ, 'vivre' > advevañ, 'revivre'
merenn, 'repas de midi' > adverenn, 'collation'


as- provoque les mutations par adoucissement devant /gw, b, m/ (Kervella 1947:§874).


Chalm (2008:w-217) considère que ni as- ni az- ne provoquent de mutation.

productivité et variation dialectale

Gros (1984:369) considère que le suffixe ad- est productif en breton trégorrois.

Syntaxe

Le préfixe ad- apparaît avec des racines verbales (adober) comme nominales (adkoan).

Kervella (1947:§882) donne les verbes adlivañ, adkregiñ, adsevel, astinvañ, astommañ, et les noms adti, advab, adyezh, azginivelezh


Ce préfixe apparaît dans les noms géographiques tels que Adkaokaz, Adliban, Adatlas (Kervella 1947:§874).


Horizons comparatifs

Selon Even (1978:35), le breton ad- descend du gaulois ate-, qui correspond au vieux breton at- et à l'irlandais aith-. Le sens aurait d'abord été celui d'intensification, puis celui de répétition.


  Deshayes (2003:36) :
 «ad- indique la répétition et présente la même valeur que le français re-. 
 D’un emploi peu fréquent jusqu’au début du XX°, il a servi à créer un certain
 nombre de verbes. Ce préfixe, qui correspond au gallois ad-, procède du vieux 
 breton at-, attesté dans quelques mots avec l’idée de renouvellement ou de retour.
 Il répond également au vieil irlandais aith- et au gaulois ate-, ati-

Sémantique

Avec les prédicats, le préfixe dénote la répétition du procès ou de l’état.

(1) ‘M-eus aon out mezo ! – Ya, advezo !
je.crois es saoûl -oui sfx1saoûl
'Je crois que tu es saoûl ! Oui, re-saoûl ! (ce n’est pas la première fois).' Trégorrois, Gros (1984:371)

Avec les noms, le préfixe force le doublement du référent. Il dénote alors la seconde entité obtenue. Gros (1984:370-1) donne:

an adhoro : 'la seconde traite, lait qui vient après ar vegenn'
an adfoenn : 'la seconde coupe de foin'
addijuni : 'second déjeuner'
adkoan : 'second souper'
e adgroñj : 'son double-menton'


as-/az- vs ad-

Kervella (1947:§874) note que la langue moderne tend à assigner aux formes az- et as- des nuances plus fortes qu'à sa variante ad-.

  • pediñ, 'prier' > aspediñ, 'prier fort et souvent'

Ceci peut être dû au fait que c'est la forme préférée dans les coordinations:

  • pediñ hag aspediñ,
moulañ hag asvoulañ,
lennet hag aslennet, Kervella (1947:§874)