Verbes infinitifs

De Arbres
Aller à : Navigation, rechercher

La forme infinitive d'un verbe, ou le mode infinitif d'un verbe est la forme non-fléchie. C'est la forme qui est utilisée lorsque les informations sur le temps de la phrase sont portées par un auxiliaire ou uns structure modale.


Il existe de nombreux travaux sur les propriétés nominales des verbes infinitifs en breton (Timm 1990, Jouitteau 2005/2010, 2005b...), ainsi que dans les langues celtiques en général (v. Le Roux 1957:44).


Morphologie

radical

En breton, ce n'est pas l'infinitif du verbe qui fournit son radical, mais son participe passé.

Par exemple, le verbe infinitif skeiñ, 'frapper', au participe passé sko-et, 'frappé', se conjugue en utilisant le radical /sko/.


désinences de l'infinitif

Il existe une grande variété de suffixes de l'infinitif.

Propriétés nominales

Comme en français, un verbe infinitif peuvent être substantivé précédé d'un article défini (le boire, le manger). C'est alors un nom masculin (ar pesketa, 'la pêche', Merser 2011:13).


(1) Ez-yaouank e oa bet dedennet gant al luc'hskeudenniñ.
jeune R était été attiré par le photographier
'Jeune, il avait été attiré par la photographie.'
Standard, Denez (1993:21)


En breton cependant, la substantivisation des verbes infinitifs est beaucoup plus productive. Les structures verbales apparaissent à l'infinitif dans toutes sortes de constructions prototypiquement nominales.


Le verbe infinitif entre dans la structure d'état construit:


(2) Ar gouzout lenn eo an alc'hwez da vont e ti an deskadurezh.
le savoir lire est le clef pour aller dans maison le éducation
'Savoir lire est la clef d'entrée dans le monde de l'éducation.'
FHAB. (1907:83), cité dans Le Gléau (1973:44)


Le verbe infinitif peut être modifié par un préfixe intensificateur:


(3) Skuizh on. Ur gwall eostiñ zo bet.
fatigué suis un INT moisson R y.a été
'Je suis fatigué. On a eu une sacrée moisson.'
FHAB. (1908:285), cité dans Le Gléau (1973:44)


Le verbe infinitif peut enfin apparaître comme argument d'une préposition qui sélectionne canoniquement des noms, comme la préposition etre:


(4) Etre veui ha neui ema.
entre noyer et nager est
litt. 'Il est entre noyer et nager.' > 'Il est entre la vie et la mort.'
Le Berre & Le Dû (1999:80)


DP nemet VP

'nemet' sélectionne deux termes de catégorie grammaticale égale. Or, il est possible de le trouver sélectionnant un DP comme son terme de gauche, et un verbe infinitif comme son terme de droite. C'est un indice lourd qu'ils sont de même catégorie.


(2) Ar bugel-se ne ra ken [DP tra ] nemet [VP gouelañ ]
le enfant- ne fait plus chose seulement pleurer dico an Here (1995nemet)
'Cet enfant ne fait plus que pleurer.'


Syntaxe

dérivation

Il existe des indices que le verbe, même à l'infinitif, ne reste pas in-situ dans le VP. Par exemple, en (3), l'auxiliaire gouzout sélectionne une structure verbale étendue dont le verbe infinitif est dont, 'venir'. Ce verbe infinitif apparaît manifestement plus haut que le site d'origine de son sujet tout an dud, car le quantifieur flottant tout apparaît à droite du verbe infinitif.


(3) An dud a ouie dont tout _ da di Mémère neuze.
le gens R savait venir tous à maison Mémère alors
'Les gens venaient alors tous chez Mémère.'
Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:75-76)


Infinitives narratives

En breton, un verbe infinitif peut apparaître en phrase matrice. C'est le paradigme des infinitives narratives, qui apparaissent surtout dans les contextes de narration.


Impératives

Un verbe infinitif en matrice peut aussi être la marque d'un ordre, dans une phrase impérative.

(4) Reiñ peoc'h !
donner paix
‘On est prié de se taire!’ Léon, Madeg (2013:9)


Infinitif passé

Le passé de l'infinitif se forme en plaçant bezañ, 'être' devant un participe passé (Gros 1984:316,7).


(1) N'heller ket bezañ ha bezañ bet.
ne peut.IMP pas être et être été
'On ne peut pas être et avoir été.' Trégorrois, Gros (1984:316)


(2) N'heller ket kaoud goude bezañ bet c'hoaz.
ne peut.IMP pas avoir après être eu encore
'On ne peut pas recevoir après avoir déjà reçu.' Trégorrois, Gros (1984:317)


 Gros (1984:317)
 "[...] L'infinitif passé s'emploie, en breton parlé, après les verbes exprimant la volonté, l'intention, la pensée, l'espoir, le devoir, la nécessité, là où le français emploie, en général, l'infinitif présent."


(3) Dimeurzh e oan o soñjal bezañ deut.
mardi R étais à penser être venu
'Mardi je pensais être venu (je pensais venir).' Trégorrois, Gros (1984:317)


A Plozévet, Goyat (2012:276) note lui un emploi dans les constructions modales. Il souligne un parallèle avec l'anglais.


(4) /'drefiɲ be la'var ˌdɛ /
Drefen beza lavaret dezañ.
aurais.du être dit à.lui
'J’aurais dû le lui dire.' Plozévet, Goyat (2012:276)


(5) /va ke 'dɛ be ˌɡɥɛd ãn 'dra hɛ/
Ne oa ket dezañ beza greet an dra-ze.
ne était pas ø à.lui être fait le chose-
'Il n’aurait pas dû faire cela.' Plozévet, Goyat (2012:276)


Bibliographie

  • Châtelier, Anton. 2015b. 'an anvioù-verb "doubl": stummoù disheñvel an anvioù-verb hervez o flas er frazennoù e lennegezh brezhoneg gwened adal fin an XVIIIvet betek deroù an XXvet', Hor Yezh 283.
  • Timm, L. 1990. 'Some observations on the syntax of the Breton verbal noun', Ball, Fife, Poppe, Rowland, Celtic Linguistics: Readings in the Brythonic Languages Festschrift for T. Arwyn Watkins, Current Issues in Linguistic Theory 68, Benjamins, 189-208.

horizons comparatifs