Petites propositions

De Arbres
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SC est l'acronyme de Small Clause, une petite proposition. Les petites propositions sont des structures prédicatives minimales. Soit elles n'ont pas de verbe, soit ce verbe n'est pas conjugué (infinitives, participiales).

En (1), o gwelout 'les voir' est une petite proposition: le verbe n'est pas conjugué, il est à la tête d'une structure qui est elle-même l'objet direct de degouezhout 'arriver'. Ce que le locuteur dit qu'il ne lui n'arrivera jamais plus est réalisé par la structure entière o gwelout 'les voir'.


(1) Biken ken ne zegouezje din [SC o gwelout ].
jamais plus ne1 arriverait à.moi les voir
'Jamais plus je n'aurais l'occasion de les voir.' Trégorrois, Priel (1959)


Horizons comparatifs

Les petites propositions servent canoniquement en français ou en anglais comme objet d'un verbe tensé. Dans les exemples ci-dessous, le temps n'est jamais projeté.


   Robert a peint [SC la maison en bleu].
   Robert painted [SC the house blue ].
   
   Nous considérons [SC Marie intelligente ].    
   We consider [SC Mary intelligent ].
   
   Manger trop de gâteau rend [SC Alain malade ].
   Eating too much cake makes [SC me sick ].


L'usage des petites propositions en breton est assez similaire, mais plus étendu.


(2) Hag e chome e-giz-se div pe deir eur horolaj, ha [SC den ebet war e dro ].
et R4 restait comme.ça 2 ou1 3 heure horloge et personne aucun sur1 son1 tour
'Et il restait deux ou trois heures comme ça sans personne autour (sans que personne ne s'en occupe).'
Léon, Mellouet & Pennec (2004:79).


Inventaire des petites propositions en breton

Est une petite proposition toute proposition qui possède des arguments (sujet, objet) et un prédicat, mais pas de projection tensée. S'il y a un verbe, il n'est pas conjugué.


verbes sélectionnant les petites propositions

Certains verbes sélectionnent des petites propositions comme leur objet, direct ou indirect.

En (2), le verbe sellout diouzh 'regarder' sélectionne la petite proposition ar yér é tiskrabellat al leurenn. Le complément de la préposition diouzh est la petite proposition en entier, et non ar yér, le sujet de celle-ci. S'il en était autrement, la traduction française serait Regarde les poules en grattant l'aire.


(2) Sell doc'h [SC ar yér é tiskrabellat al leurenn ].
regarde à le poule à4 gratter le sol
'Regarde les poules qui grattent l'aire.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:57)


Ce ne sont pas toujours les mêmes verbes à travers les langues qui sélectionnent des petites propositions: les petites propositions ne sont pas sélectionnées en breton, français et anglais par les mêmes verbes ou tournures. Kerrain (2010:75) note par exemple chez les apprenant.e.s francophones du breton une surutilisation des petites propositions « à l’anglaise ». En breton, une phrase comme I want [SC you to stay ] nécessite, comme en français, une complétive tensée.


(3) C'hoant am eus [CP e chomfes ganin ].
envie R.1SG a R4 resterais avec.moi
'Je veux que tu restes avec moi.' Standard, Kerrain (2010:75)


temps anaphorique

En breton, l'usage des petites propositions est plus répandu qu'en français, car en breton le temps peut être calculé sans nécessiter de morphème morphologique, même en matrices (cf. Temps anaphorique).


petites propositions prédicatives

Les petites propositions prédicatives n'ont pas de verbe réalisé du tout. Sémantiquement, elles sont équivalentes à une copule prédicative de type eo.


ha(g) prédicat-sujet

Cet ordre de mots semble réservé aux sujets non-pronominaux.


(1) Gweled a ran ma c'hoar arru du-hont ha [SC du barlenn he broz] .
voir R fais mon soeur arriver/ée là-bas et noir devant son2 jupe
'Je vois venir là-bas ma sœur avec le devant de sa jupe noir.'
'(Je vois s'approcher un nuage noir.)', Trégorrois, Gros (1970b: 'choar')


ha(g) sujet-prédicat

Cet ordre de mots est observable en appositives comme en matrices.


en apposition à un nom

Hemon (2000:§51,(2)) donne, précédé de ha ou de la disjonction pe:

Iesu... hac enff Roue'n sent, en paurentez. Nl.:n.154.
an merch man ha hy leanez, N.:707.
an heol, hac eff chanchet meurbet, BD.:4389.
henont, a velet en-crais, hac enf gurunet, hac enf a liue er gouet., NG.:684.
hoc'holl actionou pe ii bian pe ii bras., IN.:202.

Dans les appositives, cet ordre de mots semble réservé aux sujets pronominaux.


en matrices

Hemon (2000:§51,(3)) donne, précédé de ha:

ha ni enn hent., (1878, EKG.II.:16)
ha me diaez va fenn o velet n'oa ket hir avoalac'h va skeul., (1878, EKG.II.:50)
ha ean d'er gér., (1925, SFKH.:9)


propositions infinitives

Selon la définition ci-dessus, assez large, les propositions infinitives sont aussi des petites propositions, puisqu'elles possèdent des arguments et un prédicat, mais pas de projection tensée.


(1) kent d'in [SC _ kloza ].
après de.moi fermer
'Après que je ferme.' Standard, Académie bretonne (1922:153)


concessives

Les subordonnées concessives utilisent de nombreuses petites propositions.


(2) goude d'ezan [SC _ eva ].
après de.lui boire
'Bien qu'il boive.’ Standard, Académie bretonne (1922:153)


(3) Ar re-he n'int ket fall evit deo [SC _ be(z)a(ñ) flastret un tammig.].
le ceux-ci ne sont pas mauvais pour de.eux être écrasé un morceau.DIM
'Ceux-ci ne sont pas mauvais bien qu'un peu écrasés.' Bas-Cornouaillais (Saint-Coulitz), Kedez (2015b:10)


(4) hag [SC hen beza pinvidik ].
et lui être riche
'Bien qu'il soit riche.’ Standard, Académie bretonne (1922:153)


causatives

Les petites propositions sont courantes dans les structures causatives.


(1) ... atav e tae geti ur ger fentus bennak a lakae [SC hon daeroù da sec'hiñ ].
toujours R4 venait avec.elle un mot drôle quelconque que R1 mettait notre larmes à1 sécher
'Elle avait toujours quelque mot drôle qui (nous) faisait sécher nos larmes.’
Vannetais, Meriadeg, introduction ar Meliner (2009:7)


(2) O droug-ifornañ, e reer [SC kornek ar bara ].
à mal-.enfourner R fait.IMP cornu le pain
'A mal enfourner, on fait des pains biscornus.', proverbe, Abalain (2001:120)


constructions à marquage exceptionnel de Cas

Les verbes à marquage exceptionnel de Cas (construction ECM) comme gortoz, 'attendre', assignent exceptionnellement le Cas de l'objet à l'élément sujet d'une petite proposition.


(1) Gortoz [SC anezan da zont ].
attends P.lui de1 venir
'Attends qu'il vienne.’ Standard, Académie bretonne (1922:153)


C'est le cas aussi dans ces constructions ECM en français ou en anglais.


(2) Abby a vu [SC Patrick manger le gâteau ]. (3) Abby saw [SC Patrick eat the cake ].


propositions participiales

Une petite proposition peut aussi avoir pour tête un participe. On l'appelle alors une proposition participiale.


(1) N'eo ket possupl, plac'h-kaezh-me! eme Seza, [SC darbet dezhi lezel da gouezhañ war grouan ar vali al liñser edo o spegañ ].

'Ce n'est pas possible, ma pauvre! dit Seza qui faillit laisser tomber le linge qu'elle était en train d'accrocher sur le gravier de l'esplanade.'
Léonard, Abeozen (1969:125)


Le cas du sujet

La projection temporelle est responsable de l'assignation du cas au sujet de la proposition. Le sujet d'une petite proposition ne peut pas recevoir de cas direct du temps de la proposition, puisque justement le temps n'est pas projeté.

En breton, on le voit bien puisque lorsque le sujet de la petite proposition est un pronom, car il apparaît incorporé dans une préposition assignatrice de Cas (a, ou da).


(2) Hiraezh a veze [SC dezhi da zegouezh ].
nostalgie R1 y.avait de.elle de arriver
'On avait hâte de la voir revenir.' Vannetais, Ar Meliner (2009:44)


Lorsque le sujet de la petite proposition n'est pas un pronom, il peut apparaître sans préposition. Il est probable alors que le sujet de la petite proposition reçoive son Cas du verbe tensé au-dessus de lui, dans la configuration de l'état construit. Comme dans l'état construit, la construction génitive des syntagme nominaux, le cas direct n'est alors pas disponible pour les pronoms (Jouitteau 2005b, 2005/2010:chap 4, Jouitteau & Rezac 2006).


horizons comparatifs

En français, c'est aussi le cas prototypique de l'objet qui apparaît sur le sujet de la petite proposition. Ce cas est révélé par le marquage casuel sur un sujet pronominal (clitique le). La différence avec le breton est qu'en français, le cas prototypique de l'objet est l'accusatif, un cas qui n'existe pas en breton.


(2) Petra 'peus graet evit ampech [SC anezhañ da evañ ] ?
quoi as fait pour empêcher P.lui de1 boire
'Qu'est-ce que tu as fait pour l'empêcher de boire?' Plonevez du Faou, Dastum, Fer, informateur SAY 001/2003.
'Qu'est-ce que tu as fait pour empêcher Yann/*(à).lui de boire?'


Sémantique

On voit souvent clairement que le temps de la petite proposition, même s'il n'est pas réalisé, est distinct sémantiquement du temps de la matrice.

La phras en (1) est une structure ECM. Le temps du verbe de la phrase matrice (le temps de l'attente), est clairement différent du temps sémantique de la petite proposition (le temps de sa mort). Cependant, aucune morphologie temporelle ne nous le dit dans cette petite proposition. C'est toute la petite proposition qui est l'objet du verbe gortoz, 'attendre', puisqu'il ne s'agit pas de l'attendre, lui, mais d'attendre le temps de sa mort.


(1) Emeur o c’hortoz [SC anezhañ da vervel ].
est.IMP à4 attendre P.lui de1 mourir
'On s’attend à ce qu’il meure.' Standard, Kerrain (2010:75)


Ordre des mots

L'ordre des mots à l'intérieur de la petite proposition est prototypiquement [SC sujet (da) prédicat ].

L'ordre des mots diffère parfois, comme en (3). Une étude plus approfondie serait nécessaire pour comprendre, s'il s'avère qu'il s'agit bien de petites propositions, ce qui se passe dans ces structures.


(3) Mont a rae [DP e sonjoù ] da vale bro, [SC dispak-bras o eskell ].
aller R1 faisait son1 pensées à1 marcher pays ouvert-grand leur2 ailes Standard, Drezen (1990:34)
'Ses pensées s'envolaient, les ailes grandes ouvertes (à tire d'aile).'


(4) N'ouzon ket penaoz eo chomet [SC beo ar chatal ].
N'ouzon ket penaoz eo [PredP chomet beo ] [SC ar chatal <PredP> ].
ne'sais pas comment est resté vivant le bétail
'Je ne sais pas comment le bétail est resté vivant.'
(*... est resté le bétail vivant) Léon, (Cléder) Seite (1998:141)

Terminologie

Kervella (1947:§725) utilise le terme de islavarenn diglok pour les participiales, lavarennoù anv-gwan-verb.

Les phrases prédicatives sans verbe de type hag hi kuit sont référencées dans TES (1990) sous le terme lavarennoù diverb.


Références

Chomsky, Noam (1981). Lectures on Government and Binding. Dordrecht: Foris.