Quantifieur

De Arbres
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Les quantifieurs sont les éléments fonctionnels qui opèrent une quantification.

Les quantifieurs calculent sur des domaines de tailles différentes. On dit qu'il sont portée sur ce domaine. Ils peuvent avoir portée sur un groupe nominal (pep den, 'chaque personne', kalz tud, beaucoup de gens', an darn vuiañ deus an dud 'la plupart des gens', etc.). Ils peuvent aussi avoir portée sur la phrase entière, comme les adverbes biskoazh 'jamais', atav 'toujours', etc.).


Syntaxe

SG / PL

Les quantifieurs diffèrent selon qu'ils imposent le singulier ou le pluriel sur leur argument interne.

Le singulier est utilisé après meur et lies, et le pluriel après kalz (Fave 1998:134), ou frapad.


(2) meur a hini / meur a baotrig / meur a wech / lies gwech
plus de1 N moult de1 garçon.DIM plus de1 fois plusieurs fois
'plus d'un, plus d'un garçon, plus d'une fois, plusieurs fois.' Léon, Fave (1998:134)


(5) kalz tud (*den) / kalz a dud (*zen)
beaucoup gens (*gens.SG) beaucoup de1 gens (*gens.SG)
'beaucoup de gens.' Léon, Fave (1998:134)


(6) ur frapad tud (*den)
un beaucoup gens (*gens.SG)
'beaucoup de gens.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:26)


catégorie adverbiale vs. nominale

quantifieur-A, quantifieur-D

Un quantifieur-A est prototypiquement un adverbe, qui a portée sur toute la phrase.

Un quantifieur-D est un type de déterminant indéfini. Comme un cardinal, le quantifieur agit sur la quantité du nom référent.

Le quantifieur se distingue d'un numéral cardinal en ce qu'il peut opérer en plus un calcul sur un ensemble de référence.

cinq pingouins, vs. quelques pingouins, la plupart des pingouins, plus d'un pingouin...


Les quantifieurs qui ont portée sur le groupe nominal peuvent eux-même être de catégorie nominale ou adverbiale.

Les quantifieurs adverbiaux sont invariables. Ils sont formés à partir d'un adverbe de quantité et, parfois, de la préposition a/eus :

awalc'h a X ; kement a X ; kalz (a) X ; muioc'h a X ; re a X...; nebeut a X

Les quantifieurs nominaux sont formés à partir d'un syntagme nominal. Ils peuvent être précédés d'un déterminant, et peuvent fonctionner sans la préposition a/eus :

un tamm X; an holl X; ur frapad X; un toullad X; ur c'houplad X; ur stropad X; un nebeut X; ur bern X; ur yoc'h X...


Sémantique

Quantifieur positif vs. négatif

Certains quantifieurs sont positifs:

pep, kement, lod, darn, bern, frapad, e-leizh, holl, tout, bennak, estreget unan, lies, kalz (a), meur (a)

D'autres sont des quantifieurs négatifs:

ebet, nep et les mots composés de ne(p)- comme netra, nikun...


Quantifieur existentiel vs. universel

Les quantifieurs peuvent être de type existentiel, comme en (1) Il existe un x, x un homme, tel que x est venu, ce qui donne avec le signe lu "il existe"; '∃ x, x un homme tel que x est venu'.


(1) Deuet ez eus un den.

venu R est un homme
'Un homme est venu.'


Les quantifieurs qui peuvent apparaître dans les contextes existentiels sont aussi appelés les quantifieurs faibles (Il y a un peu de pain / Il y a beaucoup de pain).

lod, frapad, darn, bern, e-leizh, X bennak, estreget unan, lies, kalz (a), meur (a), muioc'h a X, re a X...


Les quantifieurs peuvent aussi être de type universel, comme en (2) Quel que soit x, x un homme, x est venu, ce qui donne avec le signe lu "quel que soit"); '∀ x, x un homme, x est venu'.

(2) Deuet eo pep den.

venu est chaque homme
'Chaque homme est venu.'


Les quantifieurs universels ne sont pas compatibles avec des continuations de type met unan nemetken, 'mais un seulement'.

Les quantifieurs qui ne peuvent pas apparaître dans les contextes existentiels sont aussi appelés les quantifieurs forts (*Il y a chaque pain / Il y a tout pain.).

pep, kement, holl, tout, rac'h et ioc'h


ambiguïté de portée

Lorsque deux quantifieurs sont présents dans la même phrase, on peut observer des ambiguïtés de portée. En (1), le quantifieur temporel alies, 'souvent' a une portée ambigüe par rapport au quantifieur qu'est l'article indéfini un. Dans un autre contexte, cette même phrase pourrait vouloir dire 'Un pou n'est pas tué souvent (!)'.


(1) Lies ne vez ket lazhet ul laouenn.
souvent ne1 est pas tué un pou.singulatif
'Souvent, ça ne tue même pas un pou.' Vannetais, Herrieu (1994:147)

Acquisition

Katsos & al. (2016) montrent que la compréhension des quantifiers de totalité ('aucun', 'tous') précède la compréhension des autres quantifieurs ('quelques', 'la plupart'), et ce dans au moins 31 langues issues de 11 familles linguistiques différentes. Pour ce faire, ils ont soumis à 768 enfants de cinq ans et à 536 adultes des images de cinq objects placés totalement, partiellement ou pas du tout dans cinq boites. Une phrase décrivant la situation avec un quantifieur devait être jugée correcte ('aucune pomme n'est dans les boites', 'quelques pommes sont dans les boites', etc.). L'étude révèle un ordre universel pour l'acquisition des quantifieurs, indépendamment de la structure particulière de la langue acquise.

Traduire

la plupart de..., la majorité de

(2) ar c'halz deus ar gristenien Breton 1906, KPSA:63
le 5beaucoup de le 1chrétiens
'la plupart, la majorité des chrétiens'


  • Ar c’halz anezho ' zo troet kaer ha livet brao., SAQ.:'eur ger araog'
'la plupart d'entre eux sont bien traduits et bien dépeints.'


(3) Martoloded Douarnenez a dremene var vor ar braz euz ar bloaz. Breton 1879, BMN.
marins Douarnenez R1 passait sur1 mer le grand de le an
'Les marins de Douarnenez passaient la plupart de l'année en mer.'

Terminologie

Le terme de quantifieur n'est pas encore largement usité dans les grammaires bretonnes.


  • en français

de Rostrenen (1738:71) les appelle les pronoms impropres ("Les Pronoms impropres sont appelez tels , parce qu'ils ne sont pas proprement des pronoms, mais parce qu'ils y ont beaucoup de rapport, aussi bien qu'aux noms adjectifs. Ils sont de tous genres, & de tous nombres...").

Favereau (1997:§298) les appelle des "mots au statut indéfini ou mal défini, car peu définissables, du fait de leur statut hybride (adverbial ou autre), dont les emplois méritent cependant bien d'être étudiés à part".


  • en breton

Kervella (1947:§402) utilise le terme ger amresisaat; raganv amresisaat, adverb amresisaat, ou anv-gwan amresisaat. Kervella (1947:§359) utilise le terme anv-gwan amresis.

Press (1986:229-42) traduit anv-gwan-amresisaat par l'anglais 'indefinite adjective', pour lequel il cite holl 'tout', ebet 'aucun' et kalz 'beaucoup'. Il donne aussi le terme raganv-amresisaat, 'indefinite pronoun', pour an holl, et kalz, ainsi que pour netra 'rien'. Il donne le terme anv-niver, 'a noun denoting a number', pour bern 'tas (de)', et (an) damziskouezhañ pour 'indefinite demonstrative' avec bennak 'quelque X, un X quelconque', pep 'chaque' et neblec'h 'nulle part'.

Chalm (2008) les appelle des quantifiants.

  • en anglais

Le terme anglais est quantifier.

Bibliographie

  • Bach, Emmon, E. Jelinek, A. Kratzer, et B. Partee. 1995. Quantification in natural languages, Dordrecht: Kluwer Academic Publishers.
  • Cardinaletti, Anna & Giuliana Giusti. 2005. 'The Syntax of Quantified Phrases and Quantitative Clitics', Martin Everaert And Henk Van Riemsdijk (éds.), The Blackwell companion to Syntax, Blackwell Publishing, vol V, chap.71.
  • Katsos & al. 2016. 'Cross-linguistic patterns in the acquisition of quantifiers', Proceedings of the National Academy of Sciences 113 (33): 9244.
  • Keenan, Edward L., et Dag Westerstahl. 1997. 'Generalized quantifiers in linguistics and logic', J. van Benthem et A. ter Meulen, The handbook of language and logic, Amsterdam: Elsevier.
  • Keenan, Edward L. et D. Paperno (éds.) 2012. The Handbook of Quantifiers in Natural Languages, Springer.
  • Kleiber, Georges. 2011. 'La quantification universelle en trio: tous les, chaque et tout', Studii de lingvistică 1:139-157. texte en pdf.
  • Matthewson, Lisa (éd.) 2008. Quantification, North Holland Linguistic Series, Vol. 64. Bingley, UK: Emerald Group Publishing Limited.
  • May, Robert, 1977. The Grammar of Quantification, PhD dissertation, MIT.
  • Partee, Barbara. 1995. 'Quantificational structures and compositionality', E. Bach, E. Jelinek, A. Kratzer, et B.H. Partee (éds.), Quantification in natural languages, Dordrecht: Kluwer Academic Publishers, 541–601.
  • Peters, Stanley, et Dag Westerstahl. 2006. Quantifiers in language and logic, Oxford: Clarendon Press.