Déterminants possessifs

De Arbres
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Ce qu'on appelle communément des pronoms possessifs en breton n'en sont pas, car ils ne remplacent jamais le nom. Ce sont en fait des déterminants possessifs, que l'on trouve devant le nom comme les articles.

Les déterminants possessifs apparaissent en breton devant le nom, ou devant le pronom anaphorique hini / re


ma hini vras, 'ma grande'
ma hini, 'la mienne'
ma merc'h, 'ma fille'


Morphologie

variation dialectale

Les cartes 323, 324 et 325 de l'ALBB documentent le paradigme des possessifs au début du XX°, par la traduction des pronoms possessifs du français le mien, le tien, le sien (à lui), le sien (à elle) et le nôtre, le vôtre, le leur.

La carte 41 concerne le possessif 1SG mon (frère), la carte 172 le possessif 1SG ma (main), la carte 174 sa main (à lui, à elle), carte 175 leurs mains.


2SG en vannetais: ha vs. te

La forme en ha ou a est répandue pour les possessif et les pronoms objets proclitiques en vannetais. Dans la carte 173 de l'ALBB, pour la traduction de dans ta main, on trouve la forme te au point 66 (Saint-Allouestre) avec i te dorn. La forme est ailleurs (h)a dans la plupart du vannetais, à part bien sur la bande Ouest qui ne connaît que le vouvoiement. En vannetais continental, on trouve les formes en a zorn, in a zorn, na zorn. (H)a apparaît aussi, même s'il y provoque une mutation différente avec à Belle-Île-en-mer (82, 83) a torn et à Houat (81) et Damgan (80) avec a rorn.

 Le Goff (1927:198):
 "L'Arvor ne connaît pas te, et se sert constamment de ha; et, aux deux extrémités de l'Arvor, Berric et Groix pratiquent après ha des mutations différentes. 
 Groix (mutation forte): ha pen, ha torn, ha pah; - me ha talhou, mé ha kuélou.
 Berric (mutation douce): ha ben, ha zorn, ha vah; - me ha zalhou, mé ha huélou.  


Pour la traduction de 'le tien', 323, en allant d'Est en Ouest, la forme vannetaise est:

te1 à Ploemeur (70), t ' à Pluméliau (65).
a3 à Groix (72)
a1 à Pluvignier (68), Merlevenez (71), Ploeren (74), Locmariaquer (77), Saint-Pierre-Quiberon (78), Houat (81), et à Belle-ïle-en-Mer ha1 (83) et a1_he (82).
as à Locqueltas (69), Theix (75), Saint-Gildas-de-Rhuys (79) et Damgan (80).


 Le Goff (1927:198):
 "...dans les cantons de Locminé et de Saint-Jean, le tutoiement est tellement habituel qu'on l'emploie même en parlant à des vieillards et à des ecclésiastiques. Mais ici, le tutoiement n'admet que la forme te, jamais ha, même comme pronom régime te benn, te zorn..."


Guérande obtient des résultats différents pour la traduction de 'le tien', a anè hè et de 'dans ta main', abar zorn.


A noter pour comparaison qu'en vannetais, les pronoms forts indépendants ne sont presque jamais réalisées en ha (seul un homme à Belle-Île-en-mer (82) donne la forme ha, carte 70 '(toi) tu étais (malade)' - les autres formes sur ce domaine vannetais sont te ou ti, ou i).

accentuation

Les déterminants possessifs ne portent pas l'accent et Le Gléau (1973:17) les appelle les 'pronoms simples atones'.


formes porte-manteaux d'am, ez...

Précédés de la préposition da ou e, les pronoms possessifs apparaissent dans des morphèmes porte-manteaux (d'am X, d'az X, em X, ez X).


(1) A-benn ma'z-po joget an tamm bara-ze e chomi div eur ez kourvez.
quand que4 2SG-aura froissé le morceau pain-ci R4 resteras deux heure dans.ton3 allongé
'Quand tu auras mangé ce morceau de pain là, tu pourras rester deux heures couché.'
Trégorrois, Gros (1989:'joga')


Cependant, on trouve aussi à travers les dialectes quelques exemples analytiques (cf. ALBB, carte 573: traduction de 'à mon père', ou carte 41 traduction de à mon (frère), carte 173 dans ta main).


(2) ur breur da va zad.
un frère à1 mon2 père
'un frère de mon père.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:79).


(3) Keuz am eus mand eo ret da ma mab monet.
regret 1SG a que est nécessaire à1 mon2 fils aller
'J'ai du regret que mon fils doive partir.' Haut-vannetais, Louis (2015:110)


(4) E ma goûg ha rac’h 'm eus bet unan. O ! Na droug !
dans mon2 gorge et tout 1SG a eu un Oh que mal
'J'en ai eu aussi un [furoncle] à la gorge. Oh ! Comme ça fait mal!' Haut-vannetais (JMh), Louis (2015:218)

Syntaxe

distribution

Le déterminant possessif est toujours situé directement devant le nom de l'entité possédée. Il n'est pas compatible avec un autre déterminant, comme dans le cas d'un démonstratif analytique ar ... -mañ (* ma an eontr-se, * an ma eontr-se).


(5) an eontr-se din Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:9)
le oncle-ci à.moi
'cet oncle à moi'


traits de genre et de nombre

Le déterminant possessif breton s'accorde en genre et en nombre avec les traits du possesseur (contra Hingant 1995:§60).

(1) he bolenn, 'son bol à elle (* à lui)', vs. e volenn, 'son bol à lui (* à elle)'.


horizons comparatifs

C'est le même système que ce que l'on peut observer dans la langue anglaise.

(2) her mug, 'son mug à elle (* à lui)', vs. his mug, 'son mug à lui (* à elle)'.


En contraste, dans le système français, le déterminant possessif s'accorde avec les traits du possédé (3).

(3) sa tasse (elle est à lui ou à elle), son chapeau (il est à lui ou à elle)


inanimé

Il n'y a pas dans le paradigme des déterminants possessifs de pronom marquant l'inanimé. Les inanimés ont les mêmes possesseurs que les animés.


impersonel

Il n'y a pas dans le paradigme des déterminants possessifs de marque de l'impersonnel. Pour co-référer avec un impersonnel, c'est la marque 3SGM ou 2PL qui est choisie (Kervella 1995:§431).

Dans la construction réfléchie en unan, lorsque le pronom est impersonnel, à, l'endroit où apparaît normalement le déterminant possessif, c'est un article défini qui apparaît.


(2) Goulenn a reer ouzor an-unan ha n'eo ket an anv-ze eun distresadur [...]
demander R fait.IMP à.IMP le-1 si ne'est pas le nom-ci un transformation
‘On se demande si ce nom n'est pas une transformation.’
Léonard (Cléder), Seite (1998:88)


Le Clerc (1986:135) souligne quelques tournures qui utilisent un pronom possessif en français mais pas en breton (an nesan pour 'son prochain'). C'est encore l'article défini qui apparaît.


possessif vs. article défini

Contrairement aux structures similaires en français, un déterminant est possessif même lorsque le sujet de la phrase ou l'expérienceur co-réfèrent avec le possesseur.


(1) Droug am eus d'am gar.

'J'ai mal à la jambe', Tréguier, Le Clerc (1986:135)

(2) Torret ez-peus da har.

'Tu t'es cassé la jambe.', Léon, Seite (1975:75)


(3) Serri a eure d'ei he daoulagad.
fermer R fit à.elle son 2.oeil
'Elle lui ferma les yeux.' Bas-Trégor, Al Lay (1925:13)


Rarement, le français permet un possessif comme en breton.

(4) Pêr a ra e zod.

'Pierre fait le fou.', Tréguier, Le Clerc (1986:135)
'Pierre fait son fou.'


focalisation

La focalisation d'un déterminant possessif est marquée par la présence d'un pronom écho, ou d'une formule redondante d'attribution avec la préposition da.


(1) da di bras-te
2SG1 maison grand-2SG Standard, Kervella (1995:§432)


(2) Fedamdoustek! Da goef te a zo joget 'vat!
interjection ton1 coiffe toi R est chiffonnée donc
'Nom d'un chien, comme ta coiffe est chiffonée!' Trégorrois, Gros (1989:'joga')


(3) evid kornia he hoefou dei. L'Hôpital-Camfrout, Le Gall (1957:'kornia')
pour corner son2 coiffes à.elle
'(Elle n'avait besoin de l'aide d'aucune autre femme) pour monter sa coiffe.'


(4) [ˈʁo mo me ˈʁasɛl dɪɲ, ˈneːb dɪɲ].
Roet em boa ma rastell din, enep din.
donné R.1SG avait mon2 rateau à.moi contre à.moi
'J’avais donné mon râteau à moi, malgré moi.'
Laz, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Laz,'enep din')

en composé

dans le réfléchi

Le déterminant possessif apparaît à l'intérieur du composé formant le réflexif.

On le trouve aussi dans différents composés, tel qu'en (2) et (3), ou dans des prépositions fléchies complexes.


(2) o-unan-penn e oant chomet eno.
leur-1-tête R étaient resté y Standard, Kervella (1995:§436)
'Ils/elles y étaient resté.e.s seul.e.s.'


(3) hag int o-daou d'en herzel ag er Baradoez.
et eux leur-deux de1'le chasser de le paradis
'... et ils le chassent (Mathurin) hors du paradis.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:175)


expressions

Des expressions où le possessif n'apparaît pas en français ont usage d'un possessif en breton (voir Le Dû 2012:49 pour des exemples en trégorrois de Plougrescant).

bezañ en e sav 'être debout', bezañ en e gourvez 'être couché', bezañ en e gluch 'être accroupi'; etc.

Dans ces expressions, le possessif coréfère obligatoirement avec le sujet de la phrase.

analyse

Selon Hendrick (1990:124), le possessif est un morphème d'accord avec le pronom possesseur vide, sur le modèle de l'état construit.


(1) ti Yann
e di <pronom videYann>
son1 maison <pronom videYann>
'la maison de Yann, sa maison', Standard


Sémantique

Le déterminant possessif de première et seconde personne est un déictique. Il peut référer au locuteur ou à l'interlocuteur, auquel cas il trouve son référent directement dans le contexte d'énonciation.

Dans le cas des possessifs de troisième personne, le déterminant possessif est une anaphore qui co-réfère avec un antécédent.

En (1), le déterminant possessif est lié par un quantifieur. Sa référence est donc une variable (ci-dessous, pour chaque valeur de pep hini, le déterminant possessif prend cette même valeur).


(1) Pep hini e-neus e si.
chaque N 3SGM a son1 défaut trégorrois, (Gros 1984:219)
'à chacun son défaut.'


possession inaliénable

Le déterminant possessif apparaît dans les cas de possession inaliénable, là où le français utiliserait un article défini (Yann lave la tête à Pierre).


(2) Yann a walc’h e benn da Bier.
Yann R1 lave son1 tête à1 Pierre
littéralement 'Yann lave sa tête à Pierre.' Haut-vannetais, Louis (2015:50)


possessif sans possession

La sémantique de la possession n'est pas en jeu dans les tournures suivantes, parallèles au français faire son malin, jouer sa princesse:


(3) Ne ra ket biskoaz e vestr-kelenner dirag an dud...
ne1 fait pas jamais son1 maitre-enseignant devant le 1gens
'Il ne fait jamais son professeur devant les gens.' Léon, Miossec (1980:69)


(4) breman eh-in... da hoary ma serpand, (XVIII°,EN.:1401)

(3) ha me araok da c'hoari ma faotr, (XIX°, SVE.:RC3:212)

(4) mar grit ho tanvad e viot touzet, (XIX°, SVE.:RC2:366)


Paradigme interdialectes

L'ALBB fournit de nombreuses indications de la variation de réalisation des déterminants possessifs selon les dialectes.

 1SG:
   carte 172: 'ma main' 
   carte 572: 'mon père'
   carte 573: 'à mon père' 
   carte 41: 'mon frère' 
 2SG: 
   carte 173: 'dans ta main' (avec des fluctuations de vouvoiements)
   carte 219: 'tes chèvres' (avec des fluctuations de vouvoiements)
 3SG:
   carte 174: 'sa main (à lui, à elle)'
   carte 324: 'le sien (à lui)', 'le sien (à elle)'
 1PL:
   carte 325: 'le nôtre'
   carte 584: 'notre maison'
 2PL
   carte 325: 'le vôtre' (voir aussi les vouvoiements de 2SG)
 3PL
   carte 325: 'le leur'
   carte 175: 'leurs mains'
 

Dans le tableau ci-dessous sont rassemblées indifféremment toutes les formes possibles à travers les dialectes.

Lorsque la mutation associée à un possessif a été vérifiée, elle apparaît en exposant. Lorsque la mutation déclenchée n'a pas encore été vérifiée, il n'apparaît pas d'exposant (cela ne signifie pas qu'il n'y a aucune mutation associée).


(1) 1SG ma2 / va2 / vè2 / mè2 / mèn
2SG da1 / ha / te / ta
3SGM e1 , hen, her, hel
3SGF he2, hec'h+C
1PL neu / hom / hon, hol, hor5, /oñm2
2PL ho3, hoc'h+C, hos
3PL o2


homophonie?

Les possessifs 3SG sont marqués pour le genre, mais ils se prononcent parfois pareils. Cependant, la marque de genre est décelable dans :

(i) la mutation particulière provoquée sur le mot qui suit
la lénition notée '1', vs. la spirantisation notée '2'
(ii) le sandhi provoqué par une préposition gant ('avec') préposée
gant e vab : 'avec son fils (à lui)'
vs. gant he mhap: 'avec son fils (à elle)'


La marque de nombre entre 2PL et 3PL est, elle, décelable avec le même sandhi, ou bien par la différence entre la mutation durcissante notée '3' et la spirantisation, notée '2'.


paradigmes dialectaux

hon / hol / hor , marqueur dialectal

Comme dans le système phonologique des articles, la consonne finale de hon 'notre, nos' peut varier selon la consonne initiale du mot qui suit selon l'alternance phonologique -n, -r, -l. L'Académie bretonne (1922:150) considère que l'alternance n, l, r n'est pas faite en trégorrois mais est obligatoire en Léon. Cette alternance est aussi documentée en vannetais.


(1) Va c’henderv ha me a yoa war gorf hor rochedoù. Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:21)
mon2 cousin et moi R1 était sur1 corps notre chemises
'Mon cousin et moi étions en chemise.'


L'Académie bretonne (1922:150) considère que la forme hon sans alternance est la plus ancienne. On trouve cependant de nos jours cette forme sans alternance dans les dialectes centraux qui sont par ailleurs les plus novateurs (pour le trégorrois, voir Konan 2017:264; hon c'hi, hon flankenn, hon zad).

Léon

(2) 1SG va
2SG da1
3SGM e1
3SGF he2
1PL hon, hol, hor5
2PL ho3
3PL o2


(3) An amzer eo ar mone a dalv da brenan hon c’hador hag hon c’hurunen er baradoz.
le temps est le monnaie R1 compte à1 acheter notre5 chaise et notre5 auréole à.le paradis
'Le temps est la monnaie qui permet de payer notre place et notre auréole a paradis.'
Perrot (1912:855), texte


Burel en 1905 utilise manifestement la même voyelle /e/ pour la troisième personne au masculin et féminin. La différence est marquée par la mutation.


(4) gant vreur anter sot / eur guiès ep hé far
avec son.M1 frère moitié idiot un chien.ne sans son.F2 pareil
'avec son frère moitié idiot' / 'une chienne sans pareille' Breton 1905 (Plouider), Burel (2012:194)


Falc'hun (1951:66, 92), cité dans Jackson (1961), rapporte un système de marquage différentiel de genre sur la modification de l'initiale du nom avec :

baz > he bbaz 'son bâton (à elle)' et gar > he ggar 'sa jambe (à elle)',
paz > e baz 'sa toux (à lui)' et karr > e garr 'sa voiture (à lui)'
an hini nneta 'le plus propre', an hini llousa 'le plus sale', an hini rruz 'le rouge'
an hini neta 'la plus propre', an hini lousa 'la plus sale', an hini ruz 'la rouge'
he lleur 'sa aire de battage (à elle)' vs. e leur 'son aire de battage (à lui)'


Ouessant

A Ouessant, la forme de la première personne est la même au pluriel et au singulier.


(5) Me yoa on-unan. Ouessant, Gouedig (1982)
moi était POSS.1-un
'J'étais seule.'


(6) N'on ket kapab, krena ra on divesker niennon. Ouessant, Gouedig (1982)
na1'suis capable trembler fait POSS.1 deux.F.jambe sous.moi
'Je n'en suis pas capable, mes jambes tremblent sous moi.'

Goëlo

En Goëlo, les possessifs déclenchent des mutations sensiblement différentes du standard (Koadig (2010:43).


(7) vènn, dowlin, i dowlin Goëlo
ma fènn, da zaoulin, e zaoulin Standard
POSS.1SG tête POSS.2SG 2.genou POSS.3SG 2.genou
'ma tête, tes genoux, ses genoux (à lui).' Goëlo, Koadig (2010:43)


(8) oñm zadou, oñm varkou, oñm c'hadoar Goëlo
hon tadou, hor parkou, hor c'hador Standard
POSS.1PL2 pères POSS.1PL2 champs POSS.1PL2 chaise
'nos pères, nos champs, notre chaise.' Goëlo, Koadig (2010:43)


Trégor

En trégorrois, les formes he, hom, ho, o (et parfois ma) provoquent toutes l'apparition d'un / h / épenthétique devant voyelle: (ma) / he / hom / ho / o h-arc'hant (Hewitt 2001:6). Le Dû (2012:47) signale pour le dialecte de Tréguier une mutation par spirantisation sur la 1PL ('notre, nos').


(1) 1SG me2
2SG de1
3SGM i1
3SGF i2
1PL õm2
2PL ó3
3PL ó2 Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:47)


On relève aussi des formes en va au 1SG.


(2) Ma ne vefe ket bet va breur, em befe faoutet ho kokenn deoc'h ho-taou.
si ne serait pas été mon2 frère R.1SG aurait fendu votre3 cafetière à.vous votre-2
'Si ce n'avait pas été mon frère, je vous aurais fendu la cafetière à tous deux.'
Trégorrois (Kaouenneg)/Standard, ar Barzhig (1976:48)


(3) Mar deus ul loen ganin karet me lavar eo sur va c'hazeg.
si y.a un animal avec.moi aimé moi dis est surement mon2 jument
'S'il y a un animal que j'aime, c'est surement mon cheval.'
Trégorrois, Duval (1982:51), cité dans Press (1986:258)


Selon Konan (2017:264), la forme 1PL hon provoque une spirantisation, et touche donc les consonnes K, T, P, au lieu de seulement la mutation réduite K>C'H.

Breton central et Poher

Les possessifs 1SG ou 3PL ne provoquent pas une spirantisation mais une lénition.


(3) /pwan møs ba me benn/ Poher (Carhaix), Timm (1989:367)
Poan meus barzh me benn.
douleur ai dans mon1 tête
'J'ai mal à la tête.'


(4) Koulz oa d'ar bobl gweled bleizi ba o blass.
autant était à'le 1peuple voir loups dans leur1 place
'La population aurait préféré avoir des loups plutôt qu'eux.' Breton central, Favereau (1984:299)

cornouaillais de l'Est

Le possessif hon n'est pas employé en Cornouaillais de l'Est, qui utilise la forme analytique (Bouzeg 1986:30).


(5) an ti-ni

le maison-nous
'notre maison'


(6) Chi cher-ni 'n eus taget chi chemener bras chiou.
chien village-nous a attaqué chien tailleur grand aujourd'hui
'Le chien de notre village a étranglé le chien du grand tailleur aujourd'hui.'
Cornouaillais de l'Est (Bannalec), Martin (1929:182)


(7) Hag e lar-eoñ eo bet diaouled ar vugale dom-ni.
et R4 dit-3SG est été diables le 1enfants à.nous.nous
'Et il dit que nos enfants ont été des diables' Cornouaillais de l'Est, Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(8) war ar c'hon dom-ni (war hor c'hont identifié comme breton standard)
sur le 5compte à.nous.nous
'sur notre compte...' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Le reste du paradigme est standard, avec une forme /i/ pour le 3SGM.


(9) Wéch échu i labour gatoñ, yoñ zo waet kuit duchtu. Cornouaillais de l'Est
(un) 1 fois fini son1 travail avec.lui lui est allé parti tout.de.suite
'Une fois son travail terminé, il est parti immédiatement.' Bouzec & al. (2017:134)


Bigouden

Le déterminant possessif 2PL est réalisé [u] à Plozévet.


(1) /'tɛna divar u 'kọf vi ˌlaka var u 'kɛjn/
Tenna diwar ho kov evid lakad war ho kein.
prendre de votre3 ventre pour mettre sur votre3 dos
'Déshabiller Pierre pour habiller Paul.' Plozévet, Goyat (2012:275)


Vannetais

(2) 1SG ma2, man, mam, mem
2SG da1 / ha / te, ta
3SGM e1 , hen, her, hel
3SGF he2
1PL neu / hom / hon, hol, hor5
2PL ho3, hoc'h+C, hou, hos
3PL o2


(3) mam boufam ha me
mon femme et moi
'ma femme et moi.' Vannetais, Ar Meliner (2009:178)


(4) 'Dait Marivonn, dait du-mañ, pandeogwir n'am doug ket mui man divhar betagoc'h-c'hwi.'
venez Maryvonne, venez P-ici, puisque ne'me porte pas plus mon 2.jambe jusqu'à.vous-vous
'Viens Maryvonne, viens ici puisque mes jambes ne me portent plus jusqu'à toi.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:113)


(5) Me zo bet ouezan ket 'ta marse... marse me teir gwezh
moi est été sais pas donc peut-être peut-être moi 3 fois
ged man den é weled er Point du jour ase...
avec mon homme à1 voir dans.le (nom de café)
'Moi, je suis peut-être allée trois fois avec mon mari les voir au "Point du jour" ici...'
Vannetais (Arradon), Audic (2011:15)


(6) me zou milén mem bléu.
moi est jaune mon2 chevelure
'J'ai les cheveux blonds'.
Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


(7) Chetu petra en des laret hou mam.
voici quoi 3SG.M a dit votre3 mère
'Voici ce qu'a dit votre mère.' Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:90)


Hemon (1956:xlviii) signale la forme moyen vannetais hous, venant du moyen breton hoz. Il relève, dans les Noueloù Gwened fin XVI°, début XVII°, l. 1300 hou s-ent 'votre chemin'. Il considère que le forme hous est vivante en vannetais au XX°. Les formes ta et hos sont signalées dans Pennaod (1969:32).

Proclitiques objets?

Les déterminants possessifs et les pronoms objets proclitiques sont souvent dits semblables (cf. Le Roux 1957:44, Kervella 1995:§430).

Il existe en fait des différences syntaxiques entre les deux paradigmes.


Horizons comparatifs

Les déterminants possessifs bretons ressemblent beaucoup à ceux de l'anglais. Si on met de côté l'accord avec le possesseur, ils ressemblent aussi beaucoup à ceux du français.

En italien, grec ou espagnol, le déterminant et le possessif peuvent être réalisés par deux entités séparées.


(1) Le lunghe sue trecce bionde
le longues son tresses blondes
'Ses longues tresses blondes' Italien, Poletto (2012:174)


Des stratégies différentes existent à travers les langues du monde pour former des possessifs. Dans l'exemple de Dholuo en (1), le possessif est cliticisé sur la tête nominale.


(2) Pamba ohero guoge
Pamba aime chien.POSS.3SG
'Pamba aime son chien.' Dholuo, Cable (2010:8)

Terminologie

C'est sous le terme de 'pronoms possessifs' qu'ils sont référencés dans Trépos (2001:§220).

On les trouve sous le terme 'd'adjectifs possessifs' dans Hingant (1995:§60), Favereau (1997:§249) ou Chalm (2008) (anv-gwan perc'hennañ).

En breton, Kervella (1947) utilise le terme raganv perc'hennañ.

Bibliographie


horizons théoriques

  • Poletto, Cecilia. 2012. 'Word Orders in the Old Italian DP', Atti della XVII Giornata di Dialettologia, Quaderni di Lavoro ASlt n.14:169-189.