Vieux breton, vieux brittonique

De Arbres
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Le vieux breton est l'état de la langue bretonne jusqu’à la fin du XI°, date de la fin de l’occupation normande qui marquera le début du moyen breton.

La date de début du vieux breton n'est pas stable dans le temps, et une indécision terminologique est inévitable. Le vieux breton commence précisément à la date à laquelle des arguments linguistiques existent pour différencier cet état de langue des autres langues brittoniques anciennes, le vieux cornique et le vieux gallois. La date de début d'une langue n'est pas la date de l'apparition d'une langue sans qu'elle ait d'histoire antérieure. Il est important de le souligner afin d'éviter des utilisations politiques incongrues: on n'appellerait pas "vieux breton" des formes proto-celtiques ou indo-européennes, même s'il y a une filiation claire de langues dont une des évolutions a donné les variétés linguistiques bretonnes.

La date de début du vieux breton fluctue au fur et à mesure que des manuscrits sont retrouvés et plus précisément datés, ou que l'on comprend mieux l'évolution des langues brittoniques anciennes. Certains textes communément désignés comme "vieux breton" en littérature du XIX° peuvent se révéler écrits en vieux cornique, dans une variété commune de brittonique ancien ou même, finalement, en vieux gallois. Il peut aussi y avoir des inconsistances ou des contradictions entre les traditions d'analyse anglophones, francophones, brittophones, gallophone, russophone et germanophone.

Linguistiquement parlant, Schrijver (2011a) considère qu'il n'existe aucun trait de différenciation entre le cornique et le breton avant le XI°. Il considère donc comme scientifiquement équivalents jusqu'au XI° les termes vieux breton, vieux cornique et vieux brittonique du Sud-Ouest. Pour l'étude du vieux cornique, voir Graves (1964), Sims-Williams (2005), Padel (2014). Les traits du gallois avaient émergé dès la fin du VIII°. Pour l'étude du vieux gallois, dont nous est parvenu plus de matériel, se reporter à Falileyev (2008).

De l'état de la langue du vieux brittonique du Sud-Ouest, ancêtre du breton actuel, ne nous est pas parvenu assez de matériel pour étudier sa syntaxe. Morvannou (2004) considère qu'"on ne possède pas la moindre phrase complète. Seuls subsistent des mots ou des bouts de phrase, tel ce fragment d’un traité de médecine bilingue (latin/breton) [le Manuscrit de Leyde, contenant une page seulement de "vieux breton" qui s'avère être plutôt du vieux cornique du X°]; telles encore les gloses contenues dans quelque 150 manuscrits latins provenant des abbayes bretonnes".


Quelques repères d'inscriptions et de manuscrits

Ci-dessous, une liste incomplète des inscriptions et manuscrits du VI° au XI°, qui sont rédigés en vieux brittonique du sud-ouest ou, selon les caractères linguistiques émergents, en vieux breton.


  • début IX°? X°?, Manuscrit de Leyde, qui avait été daté de la fin VIII°, et est maintenant considéré plutôt de branche cornique.
  • 1331, note en marge, Henri Bossec alauar mar car doe me ambezo auantur mat ha quarzr [quaezr]., 'Henri Bossec dit: si Dieu veut, j'aurai aventure bonne et belle.' (Thomas 1922:209)


autres ms. mentionnés dans Schrijver (2011a)

vieux brittonique du Sud-Ouest:
  • Ang OSWBr. & OW gloses des manuscrits d'Angers
  • Bern OSWBr. gloses des manuscrits de Berne
  • BM OSWBr. gloses du British Museum
  • Cam OSWBr. gloses des manuscrits de Cambridge
  • Lux OSWBr. gloses des folios du Luxembourg
  • Om OSWBr. gloses de Saint-Omer
  • Orl OSWBr. gloses dans le manuscrit d'Orleans
  • Ox OSWBr. gloses dans le manuscrit d'Oxford
  • Par OSWBr. & OW gloses dans le manuscrit de Paris
  • Vat OSWBr. gloses dans le manuscrit du Vatican
  • Ven OSWBr. gloses dans le manuscrit de Venise


vieux cornique:
  • Voc OCo. Vocabularium Cornicum, daté de 1100-1200, vocabulaire intermédiaire entre le vieux brittonique du Sud-Ouest et le moyen cornique.
  • Ox2 OW & peut-être OCo. gloses dans le De Raris Fabulis in codex Oxoniensis Posterior
  • Bodm OCo. noms dans le Bodmin Manumissions


Particularités du vieux breton

accentuation

Schrijver (2011a) date du XI°, ou même avant, le passage pour les dialectes du K.L.T. d'une accentuation finale de mot à une accentuation sur la pénultième. Cette évolution n'a pas touché le vannetais.


syntaxe

Schrijver (2011a:section 5) considère que, autant qu'on puisse en juger, la syntaxe nominale ne diffère pas énormément des périodes consécutives.

Schrijver (2011a:section 5) note que le vieux brittonique du Sud-Ouest est VSO. Il illustre avec la donnée gueledint ou nimer, glose dans le manuscrit d'Angers (477A), litt. /vu.a.été sont leur nombre/, 'Leur nombre a été vu'. On note dans le système d'accord une absence d'effet de complémentarité: les traits du sujets sont marqués sur le verbe conjugué.


Mouvement de populations

Les résultats des études génétiques sont compatibles avec l'hypothèse de Fleuriot (1980) selon laquelle l'Armorique avait accueilli différentes vagues de migrations insulaires, au X° lorsque des soldats ont été envoyés sur le continent et ensuite lors des invasions anglo-saxonnes sur l'île.

Karakachoff & al. (2015) ont montré que, pour la région du génome de la lactase et du complexe HLA, ainsi qu'au niveau génomique global, les habitants de la Bretagne actuelle ont une différenciation assez basse avec les habitants actuels de l'Irlande. Saint Pierre & al. (2019) ont montré dans une études génétique comparative des populations de l'Etat français qu'il y a une plus grande proximité génétique entre les habitants des îles brittaniques et les habitants de la Bretagne actuelle qu'il n'y a avec les habitants du nord de la France malgré une distance géographique équivalente.


Avant le vieux breton? hypothèses de contacts

Il est établi que le vieux brittonique est un dialecte celtique, qui descend de l'indoeuropéen par le proto-celtique. Les hypothèses sont plus variées en ce qui concerne les langues au contact desquelles ces variétés ont pu évoluer.


la part du gaulois

Le breton actuel descend nettement du brittonique ancien suite à une immigration venue de l'île assez conséquente pour l'époque, mais la part de co-influence linguistique du gaulois, langue celtique parlée sur le continent, est incertaine. Pour ce qu'on en a gardé de traces, le brittonique ancien et le gaulois constituent deux variétés celtiques assez proches. Sous l’empire romain, ces deux langues celtiques partagent aussi un contact important avec le latin vulgaire, même si c'est seulement de 43 à environ 410 pour l'Outre-Manche (Irslinger 2014:83).

Une ligne d'analyse propose que le gaulois était parlé en Armorique aux IV° et V° siècles. Cette langue celtique qui était en contact avec le latin vulgaire aurait été revivifiée par l'immigration brittonique insulaire. Cette analyse s'appuie sur les missions de Saint Magloire, de Saint Germain d'Auxerre, de Saint Loup de Troyes, de Sidoine Apollinaire. Trépos (1963) considère que cette analyse remonte à la préface du dictionnaire de Le Pelletier (1752), suivie par Eloi Johanneau, le "défenseur passionné des Poèmes d'Ossian" (1807), chez La Villemarqué (1847), dans une suite d'articles d'Albert Travers (1910, 1911a, 1911b), repris par Vallaux (1924). L'hypothèse d'une filiation gauloise sans interruption sera ensuite soutenue par Falc'hun (1962, 1963), qui soutiendra sur la base des cartes de l'ALBB que le dialecte vannetais, avec son accentuation finale, descend d'un dialecte du gaulois qui montrait la même accentuation finale.

Aurélien de Courson (1863), dans les Prolégomènes de sa publication du Cartulaire de Redon, Arthur de la Borderie, Georges Dottin et Joseph Loth pensaient plutôt que le gaulois avait déjà disparu au IV°, c'est-à-dire avant l'immigration brittonique.

Les différentes positions tranchées sur ce débat doivent être relativisées. On parle pour l'époque entre le IV° et VI° d'une population très restreinte, et il a pu y avoir des situations d'isolation qui rendraient vraies les deux hypothèses sur des micro-territoires différents. Trépos (1963:508) souligne aussi que l'accentuation est ce qui passe le plus facilement d'une langue à une autre. Les locuteurs Vénètes ont pu parler une langue latine accentuée en finale, et imposer cette accentuation finale sur un parler celtique nouveau.


un substrat hamito-sémitique ?

L'archéologie montre que les îles qui sont maintenant l'Angleterre et l'Irlande étaient peuplées avant l'arrivée de locuteurs des langues indoeuropéennes. La ou les langues de ces habitants ont pu, par contact, laisser un substrat dans les langues celtiques qui les ont ensuite supplantées.

Pour un résumé du débat autour de l'hypothèse que des populations pré-celtiques auraient parlé une langue hamito-sémitique, voir Broderick (2013). Cette hypothèse a été développée à partir d'arguments archéologiques, mais aussi phonologiques et syntaxiques, et de l'étude des noms de lieux. Cette hypothèse n'implique nullement que les langues celtiques résultent d'une évolution de langues hamito-sémitiques anciennes. Il s'agit de comprendre si, et dans quelle mesure, il y a eu une influence des langues hamito-sémitiques sur les langues celtiques insulaires.


Bibliographie

Sur ce site, les références bibliographiques sont catégorisées - les références de brittonique, de vieux gallois et de vieux breton sont regroupées dans la même catégorie "vieux breton" afin de s'assurer que des références bibliographiques ne seraient pas oubliées par des traditions différentes.


vieux breton, vieux brittonique

  • Entee, Máire Mac. 'Deux poèmes du manuscrit de Paris', Études Celtiques 4, 379-387.
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vieux brittonique

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vieux cornique

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vieux gallois

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