Ober

De Arbres
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L'auxiliaire ober, 'faire', peut prendre comme argument une structure verbale lexicale.

(1) Anavezout a ran katwoman.
connaitre R fais.1SG Catwoman
'Je connais Catwoman.'

Description

Dès le moyen breton, l'infinitif est au commencement de la phrase et précède "presque toujours" l'auxiliaire (Leroux 1957:410). Cette tournure est restreinte aux phrases simples ("matrices") car dans les subordonnées, l'espace préverbal est occupé par le complémenteur.

En breton moderne, tous les verbes infinitifs peuvent s'auxilier avec le verbe ober, y compris lui-même (ober a ran X, /faire je fais X/ = 'je fais X'), sauf les verbes bezañ, 'être' et kaout/kavout, 'avoir' (*Bez(añ) a ran X pour 'je suis X' et *ka(v)out a ran X pour 'je possède X'.

Leroux (1957:413) relève dans la Revue Celtique des occurences du verbe 'avoir' analytique en vannetais conjugué avec l'auxiliaire ober.

(2) hur bout a ramb nous avons
hé dout e ré elle avait
hag en devout e rehè m'anemisèd? est-ce que mes ennemis auraient...?
hou poud a ra vous avez (impersonnel)
Le Roux (1957) citant la Revue Celtique VIII:43, IX:265, XI:473.


Etymologie

Cette structure est attestée dans de multiples écrits, et dans tous les dialectes.

(2) ferwet, ferwet, ferwet donet a rant.
fermez, fermez, fermez venir R font.3PL
'Fermez, fermez, fermez, ils viennent.'
Vannes 1398, noté dans Fleuriot (1997:26),(EC,t.11:146)


Leroux (1957:48) note que les trois langues brittoniques présentent une telle conjugaison formée au moyen de l'infinitif et de l'auxiliaire 'faire', et propose d'en faire remonter l'origine au brittonique commun. Comme, dans les langues celtiques, seules les langues brittoniques ont cette construction, Leroux interroge une influence brittonique-latine pour la naissance de cette construction.


Horizons comparatifs

La construction périphrastique avec l'auxiliaire 'faire' est productive en cornique et en moyen gallois (Leroux 1957:408). Elle n'apparait que dans des tournures restreintes en gallois moderne: au prétérit, au futur et à l'impératif (Leroux 1957, citant Anwyll).

Leroux (1957:48): "l'irlandais ignore cette construction, qui existe aussi, plus ou moins développée, dans d'autres langues, en particulier en français, en anglais et en allemand." Un auxiliaire 'faire' se trouve aussi en russe.

Ancien Français

Leroux (1957:48) fait remonter l'apparition de cette construction en français aux Formulaires et Capitulaires de Charlemagne. La construction viendrait d'un glissement en latin de:

domum aedificare facio, 'j'ai fait construire.[agentif] une maison'
à
domum aedificari facio, 'j'ai fait construire.[passif] une maison > j'ai fait qu'une maison soit construite > j'ai construit une maison.'

Fleuriot (1997:99-103) note aussi l'usage d'une structure à auxiliaire 'faire' en ancien français: "Dans certains cas, en ancien français, 'faire' suivi d'un infinitif n'a pas de sens factitif. "La périphrase équivaut alors à un verbe simple" (Ménard 1970:60§72). Il cite, entre autres: Or faites prendre cette épée pour 'Prenez donc cette épée'; ou Faites moi écouter pour l'impératif moderne 'Ecoutez'.

Bibliographie

  • Fleuriot, L. 1997. Notes lexicographiques et philologiques (langues celtiques), rééd. d'articles parus dans les Etudes Celtiques avec un index général établi par Gwennole Le Menn, Skol.
  • Ménard, P. 1970. Syntaxe de l'ancien français (Manuel de l'ancien français t.3), publié sous la direction d'Yves Lefêvre, Bordeaux, Sobodi.
  • Le Roux, P. 1957. Le Verbe breton (Morphologie, syntaxe), Rennes, Librairie Plihon / Paris, Librairie Champion.