Ober : Différence entre versions

De Arbres
Aller à : Navigation, rechercher
(l'auxiliaire sélectionnant une proposition infinitive)
(l'auxiliaire sélectionnant une proposition infinitive)
Ligne 85 : Ligne 85 :
 
| || ||dire oui ou non ||carrément || DET N || R est|| || à faire || ([[VP]])
 
| || ||dire oui ou non ||carrément || DET N || R est|| || à faire || ([[VP]])
 
|-
 
|-
| || colspan="4" | 'Dire carrément oui ou non, c'est ce qu'il faut faire.' ||||||||||||''trégorrois'', [[Gros (1984)|Gros (1984:82)]]
+
| || colspan="4" | 'Dire carrément oui ou non, c'est ce qu'il faut faire.' ||||||||||||||||||||''trégorrois'', [[Gros (1984)|Gros (1984:82)]]
 
|}
 
|}
  

Version du 14 décembre 2009 à 21:19

L'auxiliaire ober, 'faire', existe en trois sortes:

 (i) une forme sémantiquement vide qui suit une tête verbal infinitive, 
 (ii) une forme anaphorique qui sélectionne une petite proposition comme argument interne, 
 (iii) un semi-auxiliaire causatif.




l'auxiliaire sémantiquement vide

Son usage est restreint aux infinitifs antéposés. Sémantiquement, cette structure analytique est totalement équivalente à sa contrepartie synthétique:


(1) Anavezout a ran katwoman. Katwoman a anavezan.
connaitre R fais.1SG Catwoman Catwoman R connais.1SG
'Je connais Catwoman.'


La structure auxiliée avec ober est attestée dans de multiples écrits, et dans tous les dialectes. L'exemple ci-dessous date de 1398.


(4) ferwet, ferwet, ferwet donet a rant.
fermez, fermez, fermez venir R font.3PL
'Fermez, fermez, fermez, ils viennent.'
Vannes 1398, noté dans Fleuriot (1997:26),(EC,t.11:146)


Cet auxiliaire sémantiquement vide apparaît uniquement dans les constructions à infinitif préverbal.


Restrictions sur le verbe infinitif

Tous les verbes infinitifs ne peuvent pas se conjuguer avec l'auxiliaire ober.

En breton moderne, dans la plupart des dialectes, les verbes infinitifs peuvent s'auxilier avec le verbe ober, y compris lui-même (ober a ran X, /faire je fais X/ = 'je fais X'),

sauf les verbes bezañ, 'être' (*Bez(añ) a ran X) pour 'je suis X'
et kaout/kavout, 'avoir' (*ka(v)out a ran X) pour 'je possède X'.


Cependant, le verbe 'avoir', basé sur le verbe 'être', peut se conjuguer avec l'auxiliaire ober (litt. /faire être Y à quelqu'un/ = 'quelqu'un avoir Y'), sous sa forme analytique en vannetais.


(3) hur bout a ramb nous avons
hé dout e ré elle avait
hag en devout e rehè m'anemisèd? est-ce que mes ennemis auraient...?
hou poud a ra vous avez (impersonnel)
Le Roux (1957) citant la Revue Celtique VIII:43, IX:265, XI:473.

l'auxiliaire sélectionnant une proposition infinitive

Cet auxiliaire ober peut apparaître dans des domaines infinitifs. Typiquement, son argument interne est focalisé d'une manière ou d'une autre.


(7) Eno a zo kokouz penegwir ne vez ken med [ VP kargañ ar voz ] [ SC d'ober tVP ]
là R est coques C NEG est plus mais charger det poignée P faire (VP)
'Là, il y a des coques, puisqu'il n'y a quà charger (ramasser) avec les mains jointes (à pleines mains).' trégorrois, Gros (1984:13)


(8) [ VP Lavared ya pe nann krak ] 'n hini a vez [ SC d'ober tVP ]
dire oui ou non carrément DET N R est à faire (VP)
'Dire carrément oui ou non, c'est ce qu'il faut faire.' trégorrois, Gros (1984:82)


(9) Ar vrumenn-ze na [ VP glebiañ ] na [ VP sehañ ] ne ra tVP
DET brume-là ni mouiller ni sécher NEG fait ( ni VP ni VP )
'Cette brume-là ni ne mouille ni ne sèche (elle ne sert à rien).' trégorrois, Gros (1984:79)


C'est aussi cet auxiliaire qui apparait avec des ellipses de verbes infinitifs, comme avec les tournures d'intensification ken e ra ø, hag e ra ø. Il est plausiblement suivi d'une ellipse non-tensée du verbe qu'il modifie.


(8) Ar bugel-ze a labour ken e ra _[ø]_
DET enfant-là R travaille autant R fait
'Cet enfant travaille énormément.' trégorrois, Gros (1984:50)


(9) Harz, ma faotr, ha gra _[ø]_ !
Aboie, POSS.1SG garçon et fais
'Aboie, mon garçon, allez vas-y.' trégorrois, Gros (1984:64)

semi-auxiliaire causatif

Ober est aussi un semi-auxiliaire causatif. Il peut alors sélectionner une petite proposition comme en (10). C'est un des rares cas où l'argument interne de ober est réalisé après lui dans un domaine tensé.


(10) [ DP Ar berradou dour [...] ] a rae [ SC d'an aer beza yen-sklas]
det goutte eau R faisait P det air être froid-intensifieur
'les gouttes d'eau [...] rendaient l'air glacial.' breton Léon, Kerrien (2000:8)

Horizons comparatifs

Leroux (1957:48), note que les trois langues brittoniques présentent la conjugaison formée au moyen de l'infinitif et de l'auxiliaire 'faire', et propose d'en faire remonter l'origine au brittonique commun. La construction périphrastique avec l'auxiliaire 'faire' est productive en cornique et en moyen gallois (Leroux 1957:408). Elle n'apparait que dans des tournures restreintes en gallois moderne: au prétérit, au futur et à l'impératif (Leroux 1957, citant Anwyll).

Leroux (1957:48): "l'irlandais ignore cette construction, qui existe aussi, plus ou moins développée, dans d'autres langues, en particulier en français, en anglais et en allemand." Comme les langues celtiques gaéliques n'ont pas cette construction, Leroux interroge une influence brittonique-latine pour la naissance de cette construction (cf. structure périphrastique en 'faire' en ancien français et latin). A noter cependant que l'auxiliaire 'faire' se trouve régulièrement dans des langues tout à fait indépendamment de l'influence du latin (par exemple en russe).


Ancien Français

Leroux (1957:48) fait remonter l'apparition de cette construction en français aux Formulaires et Capitulaires de Charlemagne. La construction viendrait d'un glissement en latin de:

domum aedificare facio, 'j'ai fait construire.[agentif] une maison'
à
domum aedificari facio, 'j'ai fait construire.[passif] une maison > j'ai fait qu'une maison soit construite > j'ai construit une maison.'


Fleuriot (1997:99-103) note aussi l'usage d'une structure à auxiliaire 'faire' en ancien français: "Dans certains cas, en ancien français, 'faire' suivi d'un infinitif n'a pas de sens factitif. "La périphrase équivaut alors à un verbe simple" (Ménard 1970:60§72). Il cite, entre autres: Or faites prendre cette épée pour 'Prenez donc cette épée'; ou Faites moi écouter pour l'impératif moderne 'Ecoutez'.


Français moderne

Il existe en français une forme du verbe faire où il semble avoir la même transparence sémantique que le verbe ober, 'faire' en breton. C'est la forme (ne) faire que INF, avec une lecture de focus contrastif obligatoire sur le contenu lexical du verbe infinitif. Le sujet de faire et celui du verbe infinitif y sont obligatoirement coréférents.

(9) Elle (ne) fait que dormir de toute la journée!
Je lui fais pas le ménage, je (ne) fais que prendre ses commissions.
Vous (ne) faites que prendre la mouche, aussi!

autres langues

L'auxiliation avec un verbe sémantiquement léger de type ober, 'faire', existe dans de nombreuses langues du monde. Entre autres, le coréen (10) ou le basque (11).


(10) Chelswu–ka chayk-ul ilk-ci ani ha-ess-ta.
Chelsu.NOM livre.ACC lire-ci NEG faire.PASS.DECL
‘Chelsu n’a pas lu le livre.’ coréen, Hagstrom (1996)


(11) Ines etorri egin da.
Ines venir faire AUX
‘Ines est VENUE.’ basque, Haddican (2007 :736)

Bibliographie

  • Corre, E. 2005. 'L’auxiliarité en anglais et en breton : Le cas de do et ober', Cercles, Occasional Papers Series 2, 27-52. PDF
  • Fleuriot, L. 1997. Notes lexicographiques et philologiques (langues celtiques), rééd. d'articles parus dans les Etudes Celtiques avec un index général établi par Gwennole Le Menn, Skol.
  • Haddican, B. 2007, ‘On egin : do-support and VP-focus in Central and Western Basque’, Natural Language and Linguistic Theory 25:735-764.
  • Hagstrom, P. 1996. ‘Do-support in Korean: Evidence for an interpretive morphology’, H.-D. Ahn et al. (eds.), Morphosyntax in generative grammar, Hankuk, Seoul, 169-180.
  • Ménard, P. 1970. Syntaxe de l'ancien français (Manuel de l'ancien français t.3), publié sous la direction d'Yves Lefêvre, Bordeaux, Sobodi.
  • Le Roux, P. 1957. Le Verbe breton (Morphologie, syntaxe), Rennes, Librairie Plihon / Paris, Librairie Champion.


corpus

  • Kerrien 2000. Ar Roc'h Toull (La roche percée), Armorica.