Genre

De Arbres
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Le genre est une propriété grammaticale par laquelle les mots sont répartis dans différentes classes.

Le système de traits de genre en breton comporte en tout le masculin, le féminin, l'inanimé (ze 'ça') et l'humain (Ne ouier ket 'On ne sait pas').

Ce système de genre comprend aussi des vestiges d'un ancien neutre, beaucoup moins répandu, qui est confondu avec le féminin dans la langue moderne.


Traits marqués morphologiquement

pronoms

Les pronoms forts indépendants comme les pronoms faibles marquent à la troisième personne les genres masculin et féminin.

On retrouve donc la distinction genrée dans tous les paradigmes formés par incorporation: les paradigmes des pronoms objet proclitiques (d'he gwelout, 'pour la voir'), les pronoms post-verbaux de désambiguïsation genrée (emañ-hi o tont, 'elle vient') ou des prépositions fléchies (ganti, 'avec elle').

Les pronoms écho montrent aussi la distinction genrée.


déterminants

Les déterminants possessifs sont marqués pour le genre à la troisième personne du singulier. Ils y covarient, comme en anglais, avec le genre du possesseur et non du possédé.


adjectifs

Les adjectifs, à de rares exceptions près, sont invariables et ne portent normalement pas de morphème dédié aux marques de genre ou de nombre.

Le genre peut cependant apparaître marqué sur les adjectifs non par un morphème dédié, mais par le biais des mutations consonantiques.


numéraux cardinaux

Les numéraux cardinaux 2, 3 et 4 marquent en breton une distinction masculin/féminin (Kervella 1995:§438).


verbes

Les verbes, fléchis ou non, ne s'accordent normalement pas en genre (contrairement au français qui montre un accord en genre sur les participes).

Seul le verbe kaout, 'avoir', montre une dictinction de genre dans sa morphologie dans certains dialectes. Il ne s'agit alors pas d'un morphème d'accord, mais d'un vrai pronom oblique ('avoir' = 'être à moi, cf. Jouitteau & Rezac 2006).

Le verbe conjugué à l'impersonnel peut avoir un sujet qui coréfère avec un référent masculin ou féminin, et même pluriel, mais pas inanimé ou non-humain. C'est un pronom incorporé portant le trait [+ humain].


Traits abstraits

Certains mots portent des traits abstraits de genre. Le genre n'est alors pas décelable sur leur morphologie propre, mais sur leur effet sur leur environnement. Le genre masculin vs. féminin peut être marqué morphologiquement par un morphème dédié, mais il peut aussi être décelable dans la mutation consonantique déclenchée par cet élément sur un autre. On parle alors de système de traits abstraits.

En (1), le nom propre sujet Jañn-Mari n'est pas marqué morphologiquement pour le genre. Il déclenche cependant un morphème d'accord féminin sur l'auxiliaire kaout, 'avoir', révélant un trait abstrait de genre. Les déterminants ne sont pas marqués pour le genre, mais déclenchent une lénition sur le nom adjacent féminin et son adjectif. L'absence de lénition est donc un marquage du masculin. Les démonstratifs synthétiques comme hounnezh sont aussi marqués pour le genre par un morphème lié dédié.


(1) Jañn-Mari he-devoa prenet eur bufed koz digand honnez.
Jeanne-Marie 3SGF avait acheté un buffet vieux d'avec celle.là
'Jeanne-Marie avait acheté un vieux buffet d'avec [à] celle-là.' Trégorrois, (Gros 1970:163).


les anaphores comme hini ou unan portent des traits abstraits de genre. Un adjectif après unan révèle son trait abstrait de genre en déclenchant une lénition s'il est féminin.


(5) Me m'bo unan vraz
moi 1SG aurai un grand
'J'en aurai une grande.', 'Je prendrai une grande.' Trégorrois, (Gros 1984:215).


Morphologie

affixes

Certains suffixes sont spécifiés pour le genre. Sont féminins les suffixes -ded, -enn, -enti, -ez, -iri, -idigezh, -ijenn,-ien, -oni, et les finales -egezh, -adegezh, -elezh, -adelezh.

Les préfixes sont endocentriques et n'ont pas eux-même de trait de genre qu'ils imposeraient à leur racine. Cependant, certains préfixes peuvent porter eux-mêmes des marques morphologiques de genre. Le cardinal 2, lorsqu'il apparaît comme un morphème suffixal du duel, varie ainsi selon le genre de la racine sur laquelle il s'affixe.


genre des explétifs météorologiques

Les explétifs météorologiques en breton sont massivement de genre féminin. Ceci est dû à une absorption par le paradigme morphologique du féminin des marques d’un ancien neutre.


genre par défaut

Le genre par défaut en breton n’est pas le féminin, mais le masculin. En effet, les formations de noms nouveaux à partir de catégories grammaticales non-genrées obtiennent toujours un masculin : les substantivisations d’adjectifs, d’adverbes, de propositions ou de verbes infinitifs.


Sémantique

genre et classes sémantiques

Certaines classes syntaxico-sémantiques de noms sont systématiquement de genre féminin : les noms de pays, les noms de rivières, les noms de villes sauf si ils sont dérivés de noms masculins productifs, et quelques expressions de temps (Press 1986:61).

Certaines classes syntaxico-sémantiques de noms sont systématiquement de genre masculin : les noms de fêtes, les noms de vents, les noms des lettres de l’alphabet, les noms massiques ou collectifs (Press 1986:63).


genre et paires minimales

Press (1986:63) note que le genre peut être l'élément d'opposition dans une paire minimale avec gouel, qui dénote une 'fête' au féminin et un 'voile' au masculin.


Variations

Les hésitations de genre sur les noms marquent les locuteurs non-natifs de la langue. Il existe aussi chez les natifs des variations réelles dans le genre des noms à travers les dialectes.


variations dialectales

On note des variations, sans doute dialectales, chez les locuteurs natifs (Kervella 1947:§298, Bihan 2015:4).

  • kandvet, 'siècle'
ar gañved-mañ, 'ce siècle', Ar Go (1950 :6-7) :
ur gañved, 'un siècle', Plozévet, Goyat (2012:158)
  • blaz, 'goût'
blaz est nettement féminin pour Kervella (1972). Preder (1972a) affirme qu'à sa connaissance, ce nom est partout masculin sauf en vannetais.
  • bruched, 'poitrail, poitrine'
bruched est féminin pour Kervella (1972). Preder (1972a) relève des exemples masculins.

Fleuriot (1964:): "rann est masculin en vannetais, féminin ailleurs".


noms de genre fluctuants

Il existe même une classe de noms connus pour leurs utilisations dans les deux genres, tels que amzer, 'temps, saison', dantelezh, 'dentelle', reizh, 'genre' ou souezh, 'étonnement' (Press 1986:63, voir aussi Bihan 2015:4).

  • div pe deir amzer, ou daou pe dri amzer
'deux ou trois moments', Plozévet, Goyat (2012:158)
  • ur bida, daou vida et ur vida, div vida
'une chèvre, deux chèvres', Plozévet, Goyat (2012:158)
  • ar brezel, div vrezel
'la guerre, deux guerres', Plozévet, Goyat (2012:158)
  • ur c'had, ur gad
'un lièvre', Plozévet, Goyat (2012:158)


Diachronie

La forme non-genrée des adjectifs en breton provient d'une conflation historique entre les /i/ et /e/ brefs d'une part, et les /u/ et /o/ brefs d'autre part après le IX° siècle (Loth 1887).

Selon Bihan (2015:3), le neutre productif a disparu de la langue bretonne dès le VI° siècle, alors qu'elle était encore vivante en vieil irlandais qui l'a aussi perdu en moyen irlandais.


Horizons comparatifs

Dans d'autres langues, le genre peut être marqué morphologiquement sur des éléments qui n'en portent pas en breton ou en français. En hébreu, le pronom d'adresse 'toi' est différent au masculin et au féminin.


(1) אני מדברת ברטונית, ומה אתך?
ani medaberet bretonit, ve-ma itax/itxa
Je parle.fem breton et-quoi toi.fem/toi.masc
'Je parle breton, et toi?' (une femme s'adresse à un homme ou à une femme)
Hébreu, Boneh 12/2013


Terminologie

Kervella (1947) utilise le terme reizh, 'genre', gourel, 'masculin' et gwregel, 'féminin'. Il utilise dans l'index le terme nepreizh, 'neutre', mais celui-ci renvoie au paragraphe §299 sur le genre des noms composés.

Bihan (2015:3) recommande l'usage de jener pour 'genre', car il considère que le terme reizh a trop de sens différents. Cependant, lui-même utilise ce terme en composé dans nepreizh, 'neutre'.

On trouve comme termes bretons pour le neutre neutrel, nepreizh ou nebreizh.

Dans les traités bardiques irlandais créés au XIII°, le terme inscne réfère en une même entité ambigue au 'genre' et au 'pronom personnel' (Lambert 1987:21).


Bibliographie

breton

  • Loth, J. 1894. 'Restes du neutre en britonnique', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d'Emile Ernault , Revue Celtique XV.
  • Loth, J. 1887. 'Le genre dans les adjectifs en vieil armoricain', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d'Emile Ernault , Revue Celtique VIII:168, texte.

typologie celtique

  • McKenna, M. 2003. 'Grammatical gender in a nineteenth-century Ulster text', Celtica 24, 182-204.

horizons comparatifs

  • Baider, Fabienne, Edwige Khaznadar et Thérèse Moreau, 2007. 'Les enjeux de la parité linguistique', Nouvelles Questions Féministes, 26 :3, 4-13.
  • Barasc, Katy & Michèle Causse. 2014. Requiem pour il et elle, Éditions Ixe.
  • Khaznadar, Edwige. 2007. 'Le non-genre académique: doctrine de la domination masculine en France', Nouvelles Questions Féministes, 26 :3, 25-38.
  • Valelia Muni Toke (dir.) 2013. Féminin, masculin :la langue et le genre, Langues et cité, Bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques, pdf.