Mots composés

De Arbres
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Plusieurs mots indépendants peuvent s’agréger pour former un mot complexe, ou mot composé selon des propriétés régulières:

  • Chacun des deux éléments existe indépendamment (il ne s'agit pas de préfixes ou suffixes)
  • L'accent tonique est calculé à partir du dernier composant
  • Un des deux composants est la tête du composé: il porte par exemple les marques de pluriel


Le lien créé entre les deux mots est typiquement visibilisé à l'écrit par un trait d'union (Gros 1984:386). Cependant, la décision orthographique peut être variante et arbitraire et le recensement ci-dessous considère des formations trouvées en corpus sans trait d'union.


Morphologie

Les mots composés forment leur pluriel sur la tête du composé.


(1) 'Monet en-dro an taolioù-mouezh e brezhoneg Malgeneg'
aller de-retour le coups-voix dans breton Malgeneg
'Le fonctionnement des accentuations dans le breton de Malgenec' titre de Pipec (2005), Hor Yezh 243.


(2) Al laboused-mor [...] n'en em vagont ken nemet diwar pesked.
le oiseaux-mer ne se1 nourrissent pas seulement de poissons
'Les oiseaux de mer se nourrissent exclusivement de poisson.'
Cornouaille (Bigouden), Bijer (2007:134)


Noms modifiés

par un adjectif

[N-Adj]N

Un adjectif peut modifier un nom sur sa droite comme dans tad-kozh 'grand-père' ou paotr-kozh 'célibataire (homme)'. Gros (1984:388) donne forh-pevarbizeg 'fourche à quatre dents', gwin-ardant 'eau-de-vie', kig-sall 'lard salé', koajou-kamm 'membrures de bateau', leur-nevez 'aire neuve', loar-nevez 'nouvelle lune', louarn-daoudraodeg 'renard à deux pattes'...


(1) He mamm-gaer ha hi na oant ket a-unan.
son2 mère-1belle et elle ne1 étaient pas a-un
'Sa belle-mère et elle n'étaient pas d'accord.' Trégorrois, Gros (1984:188)


Dans les noms composés, cette structure s'étend aux participes.


(2) fornioù pri-livet Standard, Drezen (1932:13)
fours terre-peint
'fours de faiencerie(s)'


[Adj-N]N

Un adjectif peut modifier un nom sur sa gauche. C'est le cas du standard nevez-amzer 'printemps'.


(2) Ar berranal a zo get Yann.
le court-souffle R est avec Yann
'Yann est essouflé.' (d’avoir fait un effort physique important) Haut-vannetais, Louis (2015:113)


Cependant, dans un état ancien de la langue, les adjectifs apparaissaient devant le nom dans le groupe nominal. Il est plausible qu'en breton moderne, les adjectifs antéposés au nom dont la productivité est restreinte soient devenus des préfixes. Il s'agit de:

 arall-, berr-, bihan-, boull-, bras-, brizh-, dister-, dreist-, droch-, drouk-, fall-/fals-, gouez-, gwall-, gwen-, gwir-, heñvel-, hir-, kamm-, kozh-, krak-, krenn-, kreñv-, izel-, nevez-, pell-, pounner-, reizh-, skañv-, tomm-, uhel-


La productivité de ces suffixes varie de façon dialectale. En vannetais, Doujet (2016:25) relève par exemple le nom brein boued 'boustifaille pourrie'.

Dans le cas particulier des numéraux cardinaux, le morphème cardinal montre un accord en genre avec la racine (divrec'h Santez Gwen Teirbronn, 'les deux bras de sainte Gwen aux trois seins').


par un nom

[N-N]N

Dans les noms composés de deux noms, le nom tête apparaît parfois à gauche, parfois à droite du composé.


(1) ki > dourgi, standard, Kervella (1947:§299) / > kidour, Favereau (1993:'loutre')
chien > eau-chien > chien-eau
yar > douryar, standard, Kervella (1947:§299) / > yarzour, Favereau (1993:'poule')
poule > eau-poule > poule-eau
'loutre, poule d'eau'


Dans certains cas, le sens peut être équivalent. Vallée (1980) donne pour 'cocher' paotr(ed)-karr, karr-rener(ien). Cette liberté ne s'étend cependant pas à tous les composés.


(2) labous > labous-noz (* noz-labous) kazeg > kazeg-koad (* koad-kazeg)
oiseau > oiseau-nuit jument > jument-bois
'oiseau de nuit, cheval de bois'


nombre

Le nombre du mot composé apparaît sur la tête gauche du composé.


(3) Hag e rafe ferhier-houarn, bugale, d'ar skol e vo ret mond! .
et R ferait fourches-fer enfants à'le école R sera obligé aller
'Même s'il tombait des fourches en fer (des hallebardes), mes enfants,
il faudra aller à l'école!' Trégorrois, Gros (1989:163)


Cependant, le terme droit peut apparaître avec un pluriel ou un nom collectif qui déclencherait un accord pluriel (à contraster avec le français lait de jument/ ?? lait de cheval / * lait de chevaux).


(4) Al lêz-kezeg a zo kalz gwelloh evit al lêz-saout.
le lait-chevaux R1 est beaucoup mieux que le lait-vaches
'Le lait de jument est bien meilleur que le lait de vache.'
Trégorrois, Gros (1989:'gwelloh')


genre

Dans les noms composés de deux noms, le genre des deux peut être différent (comme dans le français femme-enfant).


(3) fuzuilhenn-mindrailher pistolenn-tennataer Vannetais, Herrieu (1974) cité dans Schapansky (2012:1258)
fusil-mitrailleur pistolet-tireur
'un fusil-mitrailleur, un révolver'


Dans ces cas de composés de noms aux genres opposés, c'est le nom tête qui donne son genre au composé.


(4) ki > [dourgi] yar > [douryar] labous > [labous-noz] kazeg > [kazeg-koad]
chien > eau-chien poule > eau-poule oiseau > oiseau-nuit jument > jument-bois
'loutre, poule d'eau, oiseau de nuit, cheval de bois' Standard, Kervella (1947:§299)


Press (1986:63-64) note que Hemon (1978:420) considère que les deux formes loargann et kann-loar 'pleine lune' sont masculines alors que Kervella (1947:§299) considère effectivement kann-loar comme masculin mais loar-gann (avec un tiret) comme féminin.

Pour désigner ce nom tête qui transmet son genre au composé, Press (1986:63) utilise le terme de "qualifiant", à la suite de Kervella (1947:§299, anv doareer). Cette terminologie induit cependant une confusion entre "le nom qui transmet ses qualités au reste du composant" et "le nom qualificatif qui modifie le reste du composant".


sémantique des composés tête à droite

Dans les composés nominaux de deux noms dont le droit est la tête du composé, le lien sémantique entre ces deux noms peut être varié. Le nom de gauche tient un rôle adjectival.


caractérisation
(1) ba c'horn-troioù Cornouaillais de l'Est (Riec)
dans le5 coin-tournants
'dans les virages' Bouzec & al. (2017:77)


(caractérisation par) localisation
  • /mordoseg/ , /mer1.crapaud/, 'lotte' (Groix, Ternes 1970:185).


sémantique des composés tête à gauche

Dans les composés nominaux de deux noms dont le gauche est la tête du composé, le lien sémantique entre ces deux noms peut être varié. Le second nom peut obtenir la localisation, la matière ou la fonction, le but. On relève aussi des relations partie-tout.


patient

Lorsque le nom de gauche est un nom déverbal, le nom de droite tient le rôle de patient.


(1) or spontailh-brini
un épouvant.ail-corbeaux
'un épouvantail à corbeaux (personne excentrique).' Breton central, Favereau (1984:298)


relation partie/tout

La relation partie-tout peut être réalisée avec la sous-partie en premier ou second membre du nom composé.


(2) ar c’hornad-bro a-bezh
le 5coin-pays en.entier
'le coin de pays en entier' Vannetais, Herrieu (1994:218)


(3) bara-mel
pain-miel
'pain d'épices' Standard, Louis (2015:103)


(4) 'kreiz al leur-gêr tommheoliet ha didud
au.milieu le aire-ville chaud.soleillé et sans1.gens
'au milieu de la place publique vide chauffée par le soleil' Standard, Drezen (1932:5)


Et, si on considère qu'un pot et sa cuillière forment un ensemble:


(5) Gwelloc'h 'tae ar c'hoaven war-c'horre, daspugnet gant ur loa-bod.
mieux R4 venait le crème en.surface ramassé avec un cuillière-pot
'La crème remontait mieux à la surface, qu'on ramassait à la louche.'
Favereau (1997:§710)


De même, le lit d'une rivière ou du vent.


(6) hag e veze troet dac'h ar roud-avel a veze!
et R était tourné selon le trace-vent R était
'Et on tournait (le tuyau) selon le lit du vent.' Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:10)


localisation
(1) dʁukɛɲ
droug-kein
mal-dos
'mal au dos' Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


(2) toullgov
trou.1ventre
'hernie' Helias (1986:'toullgov')


Le Roux (1915:71) considère grammaticaux mais maladroits les adjectifs dérivés en -el en concurrence avec un mot composé. Il recommande kregin-ster 'des coquilles fluviales', en contraste avec #kregin-steriel, et ar c'henwerz-mor 'le commerce maritime' en contraste avec #ar c'hemwerz morel.


matière

Ce composé est très productif, et montre des pluriels sur la tête de gauche (bot-koad et non pas * bot-koad). Dans la carte 530 de l'ALBB, pour la traduction de 'marmite', on a pod-houarn et pod-fer, désignant la matière dans laquelle est faite le pot.


(3) Me a zo dourc'hwez toud.
moi R est eau-sueur tout
'Je suis baigné de sueur.' Trégorrois, Gros (1989:73)


(4) ha ne veze ket c'hoant e vije glepet ar bara gant an dour-mor.
et ne1 était pas envie R serait mouillé le pain avec le eau-mer
'Et on ne voulait pas que le pain soit mouillé d'eau de mer.' Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:10)


(5) E vab a zo war an hent-houarn.
son1 fils R1 est sur le chemin-fer
'Son fils est (employé) au chemin de fer.' Trégorrois, Gros (1989:'hent')


(6) raktal ma vije lazhet ar goulou-rousin... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:10)
de.suite que4 serait tué le lumière-résine
'Dès qu'on éteignait la chandelle de résine...'


Le nom de matière peut dénoter une sous-partie du référent du nom modifié. Il s'agit alors d'une sous-classe de la relation partie/tout.


(5) ti-soul, 'maison(-de)-chaume', Vallée (1980:XXI)


but

Dans la carte 530 de l'ALBB, pour la traduction de 'marmite', on a pod-soubenn, désignant la fonction et le but de l'objet.


Vallée (1980:XX) note que le verbe infinitif après un nom peut marquer le but.

(5) gwalenn-besketa 'canne-(à)-pêche'

bombezenn-entana, 'bombe incendiaire', Vallée (1980:XX)
kador-brezeg 'chaire(-à)-prêcher', Vallée (1980:XXI)


provenance
(1) Eur marmouz bennag e-nevoa libistret ar prenestr a goh-saout.
un singe quelconque 3SGM-avait barbouillé un fenêtre de1 merde-vaches
'Quelque galopin avait enduit la fenêtre de bouse de vache.' Gros (1970b:§'libistra')


Ce type de nom composé peut être ensuite dérivé:


(2) Tu a zo da gaoc'hezeka war o lerc'h. Morlaix, Herri (1982:43)
moyen R1 est de1 merde-chevaux.chercher sur leur2 suite
'On peut ramasser le crottin après eux.'
sens non-compositionnel

Parfois, la sémantique du composé n'est pas compositionnelle: un coup de main n'est ni une 'sorte de coup' ni une 'sorte de main'.


(2) ar memes taol dorn
le même coup main
'la même façon (de mettre leur coiffe)'. Douarnenez, Melle Griffon, Denez (1984:73)


En (3), le 'sens du vent' n'est ni une 'sorte de sens' ni une 'sorte de vent'.


(3) hag e veze troet dac'h ar roud-avel a veze!
et R était tourné selon le trace-vent R1 était
'Et on tournait (le tuyau) selon le lit du vent.' Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:10)


En (4), comme dans son équivalent français le 'chemin de fer' hent-houarn n'est, dans son sens le plus courant, ni une sorte de chemin ni une sorte de fer.


(4) ...salv ne yafes ket war an hent-houarn... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:86)
pourvu ne1 irait pas sur1 le chemin-fer
'... pourvu que tu ne deviennes pas cheminot...'


En (5), avec une lénition sur le second composant, le sens est aussi non-compositionnel.


(5) Du-mañ, e red an dour, hañv-c’hoañv, e-barzh an traoniennoù.
côté-ci R court le eau été1-hiver dans le vallées
'Chez moi, l'eau court dans les vallées été comme hiver.' Standard, Drezen (1990:30)

par un groupe nominal

[N-DP]N

Un groupe nominal (DP) peut modifier un nom. Le lien sémantique entre les deux est alors un lien d'identité.


(5) Sell marh-an-abil!
regarde cheval-le-espiègle
'Voilà monsieur l’espiègle ! ' Trégorrois, Gros (1989:'abil')


par un verbe

[N-V]N

Le modifieur verbal d'un nom peut exprimer le but. Gros (1984:390) donne bag-pesketa 'bateau de pêche', stank-kannañ 'étang, lavoir'.


[P-V]N

Le nom tête peut être le patient d'un verbe inaccusatif (dour-red, 'eau courante', Gros 1984:389).

Le nom tête peut aussi être le patient d'un verbe transitif. Gros (1984:389) donne bara-prenañ, 'pain acheté à la boulangerie', skiant-prenañ, skiant-prenet, 'litt. science achetée, expérience'.

[V-N]N

Un verbe peut modifier un nom qui est sémantiquement son agent (treuz-yeot, /traverse-herbe/, 'chiendent', Gros 1989:176), ou son patient:


(4) Hag an div "ra-netra" en em zigollas en ur brenañ pep a dok divalav.
et le deuxF fait-rien se1 consola en1 acheter chaque de1 chapeau laid
'Et les deux bonnes-à-rien se consolèrent en achetant chacune un chapeau hideux.'
Kervella (1947:§725), citant I. Krok


le cas des noms déverbaux

Les noms en composés qui sont eux-mêmes dérivés de verbes sont aussi modifiables.


[V-PP]N

En vannetais, Doujet (2016:25) relève le nom krèv gen nan 'crêve-la-faim'.


[P-[V]N]N

(3) Me am-eus bet kalondev goude kreisteiz aze pa oan er park.
moi R.1SG a eu coeur.brûle après mi-jour ici quand étais dans.le champ
'J'ai eu des brûlures d'estomac cet après-midi quand j'étais au champ.' Trégorrois, Gros (1989:'dèvi')


[[V]N-P]N

Un composé nominal productif est l'ensemble verbe-objet, comme en français (lave-vitres, crève-cœur). Dans les exemples ci-dessous, on peut noter que les verbes n'apparaissent pas avec un suffixe verbal de l'infinitif (*ur sevel-kalon, *un abuziñ-tan) mais avec leur radical.


(2) Ur sav-kalon eo an den-se.
un lève-cœur est le homme-
'Cet homme vous soulève le cœur, est abject.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:7)


(3) Gober a ra pleg-kein lies.
faire R fait plie-dos souvent
'Il courbe souvent l'échine.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:38)


(4) Pezh koll-kalon 'vit an intañv!
quel perte-cœur pour le veuf
'Quel abattement pour le veuf!' Le Scorff, Ar Borgn (2011:7)


(5) abuz-tan int.
perte-feu sont
'… ils exigent trop de feu (pour les cuire). ' Trégorrois, Gros (1989:'abuzi')


(6) Degas't ho harz-glav ganeoc'h betegoût ma teuio ar barrad.
apportez vos3 stoppe-pluie avec.vous au.cas.où que4 viendra le averse
'Prenez votre parapluie, au cas où il viendrait une averse.' Cornouaillais de l'Est (Riec), Bouzeg (1986:29)


Gros (1984:390) donne astenn-gouzoug 'allongement de cou', chach-bleo 'tire-cheveux, crêpage de chignon', dismantr-spered 'ruine d'esprit, agacement', dizeh-tud 'dessèche-gens, épuisant'...


[ [V]N-A]N

(1) redadegoù-tirvi Pamplona.
cour.se.s-taureaux Pamplona
'les courses de taureaux de Pamplona.' Standard, Drezen (1932:7)


[P-[ [V-A]N]N

Le sujet agent d'un verbe nominalisé peut être présent dans le composé, avec une incorporation de l'objet en initiale de ce composé. La structure est alors [P-[V-A]]N.


(2) Kement-se ne vire ket ouzh an annezidi da reiñ d'o madoberour meur a frapad poan benn.
autant-ça ne1 empêchait pas à le habitants de1 donner à1'leur bien.fait.eur moulte de1 coup douleur tête
'Cela n’empêchait pas les habitants de donner à leur bienfaiteur plus d’une migraine.'
Léon, Abeozen (1986:52)


[[V-A]N-P]N

Le sujet agent d'un verbe nominalisé peut aussi être présent dans le composé avec son objet qui le suit (cf. gounider-bara 'un homme qui gagne bien sa vie', Gros 1989:186). La structure est alors [[V-S]-O]N, avec une relation de constituance inverse à l'ordre VSO d'une phrase, où le verbe et son objet forment un constituant (VP) dont le sujet est exclut.


(1) daoust ha ma vezen lesanvet ganto "an debrer-gleskered".
bien que que4 étais sur.nommé avec.eux "le mangeur de grenouilles"
'bien qu'ils m'aient surnommé "le mangeur de grenouilles".' Trégorrois, Priel (1959)


(2) Amañ emañ ar roer-bilhiji.
ici est le donn.eur-billets
'Le distributeur de billets est là. Léon, Kervella (2009:59)


liage interne à l'objet

Dans un composé, quand l'ordre est VSO avec une nominalisation du verbe et de son agent, l'objet peut comprendre un possessif lié par cet agent.


(1) Hennez a zo eur chaoker-e-henou.
celui.là R est un mâcheur-son1-bouche
'Celui-là est un grognon.' Trégorrois, Gros (1989:'chaokad')


(2) Sell ar gargerez-he-horv-ze.
regarde le1 chargeuse-son2-ventre-ci
'Regarde-moi cette femme qui s'empiffre.' Trégorrois, Gros (1989:'karga')


Le composé peut obtenir un agent sans qu'apparaisse le suffixe agentif -er, -our. Cependant, ce suffixe est alors tout de même visible au pluriel. Kervella (1947:§871.c'h) donne:

kar-e-vro karerien-o-bro
triñs-e-vri triñserien-o-fri
lonk-e-sizhun lonkerien-o-sizhun


Dans ces constructions nominales composées d'un verbe et de son objet, lorsque l'objet est un possessif, on voit ses traits de personne différer de ceux d'éléments co-référents dans la phrase.


(3) Pesort sav-e-fri oc'h-c'hwi!
quel lève-sonx-nez êtesx-vousx
'Quel lève-ton-nez tu es! i.e. Qu'est-ce que tu peux être curieux!'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:30)


On voit que la traduction littérale en français, en contraste, doit utiliser un possessif de deuxième personne, ton (* Quel lève-son-nez tu es/vous êtes!).

Adjectifs modifiés

[Adj-Adj]Adj

Dans les composés de deux adjectifs, le premier est la tête du composé et le second est le modifieur. La modification peut être sémantiquement variée.

intensifieurs

Les adjectifs à la droite du composé sont multiples. Ils peuvent avoir un sens intensifieur de l'adjectif qu'ils modifient (skuizh-marv, /fatigué-mort/, 'très fatigué'). Gros (1984:388) donne brein-put, 'pourri-âcre', dall-mouèk, 'aveugle tout-à-fait'...

Gros (1984:388) donne aussi différents participes passés en composé avec les adjectifs uhel, brav, mat, fall. Ils ont tous un sens intensifieur (lañset-mat 'bien émêché') ou évaluatif ( livet-brao 'qui a une belle couleur', livet-fall 'pâle', tuet-mat 'habile, adroit de ses mains'...).


manière

Lorsque le premier adjectif est un verbe dérivé, le second adjectif peut dénoter la manière ou le résultat de l'action dénotée par ce verbe.

(1) uioù poazh-tanav, uioù poazh-kalet

oeufs cuit-mince, oeufs cuit-dur
'oeufs mollets, oeufs durs', Standard, Louis (2015:102)

(2) park edet-stank, /champ blé.é-serré/, 'champ où le blé est serré'

park edet-rouez, /champ blé.é-rare/, 'champ où le blé est clairsemé', Vallée (1980:XXI)


Lorsque le premier adjectif est un nom dérivé, comme un participe lui-même formé sur un nom, le second adjectif revient à modifier sémantiquement le nom à l'intérieur du composé:

(3) askellet-ledan, /aile.é-large/, 'à larges ailes'

garret-eeun, /jambe.é-droit/, 'qui a des jambes droites'
garret-kamm, /jambe.é-boiteux/, 'dont les jambes sont tordues', Vallée (1980:XXI)


[Adj-N]Adj

Un nom peut modifier un adjectif. Dans l'ordre [Adj-N]Adj, on obtient une sémantique en 'Adj. comme un N'.

(4) koz-ebestel 'vieux comme les apôtres', Trégorrois, Gros (1989:'abostol')

(5) ar brini-du-torch-pod, 'les corbeaux noirs comme un torchon de chaudron', Cornouaillais / Léon, Croq (1908:1)


Gros (1984:387) donne brein-tont 'pourri comme l'amadou', glaz-dour 'vert d'eau', koz-douar 'vieux comme la terre', leun-barr 'plein à ras-bords', melen-aour 'jaune comme l'or', noaz-pill 'nu comme un ver', yah-pesk 'bien portant comme un poisson dans l'eau'...

[Adj-N]N

Un adjectif modifiant un nom peut le précéder. Dans l'ordre [Adj-N]N, on obtient une sémantique en 'N qui est Adj'. Dans un état ancien de la langue, les adjectifs précédaient le nom dans le groupe nominal. Les composés [Adj-N]N dérive probablement de groupes nominaux gelés, préservés en l'état.

Dans donvor 'océan', l'adjectif provoque une lénition sur le nom qu'il modifie.


[N-Adj]Adj

Dans l'ordre [N-Adj]Adj, on obtient une sémantique de localisation (begsec'h 'sec au bout'). L'ensemble peut alors être verbalisé (beglemmañ 'effiler, tailler un crayon', Bouzec & al. 2017:228).


(5) Bégzèrh'd 'ma toud 'n gwé ga'n amz'r tomm-ru.
bout-séché est tout le arbres avec'le temps chaud-rouge
'A cause du temps très chaud, les extrémités des branches sont désséchées.' Cornouaillais de l'Est (Moëlan), Bouzec & al. (2017:45)


Verbes

[N1-V]V

Le lieu d'application de l'action du verbe peut apparaître en composé avant son verbe. Ce nom provoque la lénition sur le verbe qui est la tête du composé.


La lithographie du grec lithos 'pierre' et graphein 'écrire' est une technique de reprographie où les lignes sont composées sur une pierre calcaire. Herri (1982:19) qui était imprimeur traduit ce terme par maendreserezh, un composé au même ordre de mots que le composé grec et français. Maendreserezh est un nom formé sur le verbe maendresañ, tresañ war vaen.


(1) E oad o4 skingas gwerzioù Glinka.
R étions.IMP à4 ondes.1envoyer chansons Glinka
'La radio passait (émettait) des chansons de Glinka.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:40)


[V-P]V

L'objet et patient peut apparaître en composé après son verbe.


(2) N'eo ket bet toullgofet c'hoazh?
ne1'est pas été trou.ventre.é encore
'Elle n'a pas encore été déflorée?' Breton central, Favereau (1984:353)


[[V-P]V]Adj

Cette structure, relativement complexe, est à mettre en relation avec les appositives (ur vuoc'h marv he leue).


(3) on daoulagad beuc'h marlouiet
un deux.oeil vache mort.veau.é
'une paire d'yeux de vache ayant eu un veau mort-né.'
(triste, incrédule, décontenancé) Breton central, Favereau (1984:300)


[résultat-[A-V]V]V

(4) 'kreiz al leur-gêr tommheoliet ha didud
au.milieu le aire-ville chaud.soleil.lé et sans1.gens
'au milieu de la place publique vide chauffée par le soleil' Standard, Drezen (1932:5)

A ne pas confondre

La confusion la plus courante est entre mots composés et mot dérivés, c'est-à-dire décomposables en préfixe, racine et suffixe et non pas en mots autrement indépendants. Gros (1984:383-86) traite par exemple de l'affixation sous le titre 'mots composés'. Ce type de composition est décrit sur ce site dans la fiche sur l'affixation.


mots composés dans les dérivations

Certains mots composés n'existent que dans le cadre d'une suffixation particulière.

Avec une suffixation en -ad, on obtient dregantad 'pourcentage', alors que la base n'existe pas indépendamment: dre gant 'pour cent' est un syntagme prépositionnel dont on n'a pas d'emploi en composé (on trouve le même fonctionnement dans le français pourcentage, pour cent).


dérivations par morphème zéro: [[V-PP]-ø]]N

Certains mots composés n'existent que dans le cadre d'une suffixation particulière qui en plus implique un morphème zéro.


(1) Monet en-dro an taolioù-mouezh e brezhoneg Malgeneg'
aller de-retour le coups-voix dans breton Malgeneg
'Le fonctionnement des accentuations dans le breton de Malgenec' titre de Pipec (2005), Hor Yezh 243.


Terminologie

Kervella (1947) utilise les termes bretons ger kevrenneg, 'mot composé' et kevrennadur, 'composition'. Chalm (2008) utilise le terme liesger.

Press (1986:239) traduit lies-ger par l'anglais compound word.


Bibliographie

  • Schapansky, N. 2012. 'Part I: Compounding in Breton grammatical and logical head', Lingua 122 (12), 1253-1267.


horizons comparatifs

  • Awbery, G. M. 2004 'Welsh', Arnaud, P. J. L. (éd.), Le Nom Composé: Données sur seize Langues, Lyon: Presses Universitaires de Lyon, 303–27.