Bilinguisme

De Arbres
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Le bilinguisme est, avec le multilinguisme, le contraire du monolinguisme. La plupart des humains ne sont pas monolingues et parlent au moins deux langues différentes.

L'histoire des aires d'influence respective du breton, du français et du gallo sont bien avancées, mais l'histoire du bilinguisme ou du trilinguisme en Bretagne est encore à construire, en particulier sur les marges de ces aires parlantes (Quéré 2011, Dréan 2017). L'étude de l'acquisition du langage en contexte bilingue est aussi à construire pour le breton.


Différents bilinguismes

âges d'acquisition ou d'apprentissage

On distingue le bilinguisme précoce du bilinguisme tardif. Le bilinguisme est dit précoce lorsque les deux langues premières sont acquises en même temps, ou au moins lors de la petite enfance. On parle de bilinguisme tardif lorsque la langue seconde est apprise à un âge plus tardif. L'âge d'exposition est un critère important. Dès l'âge de sept mois, un enfant en environnement bilingue différencie les deux langues différentes qu'il entend (Gervain & Werker 2013). Comme pour l'acquisition d'une langue première, il semble qu'il y ait un stade critique pour l'acquisition d'une langue seconde. L'âge de trois ans est régulièrement cité comme un stade important qui délimite le bilinguisme précoce (Mermet 2006:79). Certains auteurs étendent la période jusqu'à l'âge de quatre ans.

Des différences, même syntaxiques, peuvent différencier des bilingues précoces et des bilingues tardifs à l'âge adulte. Avezard-Roger (2004a:373) compare les structures grammaticales émises à l'âge adulte par des bilingues précoces et des bilingues tardifs de différents dialectes KLT. Les locuteurs ayant été brittophones monolingues avant d'apprendre le français (généralement à leur entrée à l'école) produisent en breton, pour des tâches de traduction et de choix multiples, presque deux fois moins d'ordres à sujet initial et beaucoup plus de formes synthétiques que des locuteurs bilingues précoces.


(1) location tâche ordres SVO conjugaison synthétique conjugaison analytique en ober
Breton avant français traduction 35% 33,50% 31,50%
choix multiples 32% 26% 42%
corpus libre + +/- -
bilingues précoces traduction 67,50% 15% 17,50%
choix multiples 46,50% 3,50% 50%
corpus libre + +/- -


L'âge de la langue de scolarisation n'est pas équivalent dans le temps et selon les pays. Dans l'Etat français, début XX°, les enfants entraient à l'école française très tardivement (généralement passé 6 ans). Au XXI°, un enfant peut être scolarisé en breton en maternelle dès l'âge de 2 ans, alors qu'aux Pays-Bas, c'est quatre ans. Quand on parle pour une langue seconde de langue de l'école en Europe, on ne parle donc pas des mêmes âges d'acquisition de cette langue. Dans l'Etat français, la dite langue de l'école peut tout à fait participer d'un bilinguisme précoce.

Le fait qu'il y ait des stades liés à l'âge dans le bilinguisme ne signifie pas que le bilinguisme est impossible passé une certaine limite d'âge. Au contraire, Bak & al. (2014) ont pu montrer que certains avantages cognitifs liés au bilinguisme étaient décelables sur des bilingues tardifs, qui avaient appris leur seconde langue entre 15 ans et 19 ans.


espaces de pratique

Les bilinguismes diffèrent aussi selon les espaces de pratique attachés à deux langues.

Lorsque les langues pratiquées par des locuteurs bilingues ne sont pas attachées aux mêmes espaces sociaux, comme c'est assez massivement le cas en Bretagne entre le breton et le français, on parle de diglossie. C'est un bilinguisme qui se fonde sur la différenciation sociale de deux langues.

Lorsque la langue native n'est pas ou très peu pratiquée dans l'espace social extra-familial, on obsevre différentes formes d'attrition langagière, comme dans le cas des langues d'héritage, prototypiques des langues très minorisées, langues en danger d'extinction ou langues immigrées.


Influence du bilinguisme

influence sur les langues

A l'intérieur d'une langue donnée, les phénomènes comme l'emprunt et surtout le code-switching sont dus au bilinguisme.

L'acquisition comme la pratique du breton actuel sont linguistiquement fortement influencés par le bilinguisme avec la langue française.


influence sur les locuteurs

Si une langue donnée contraint les représentations cognitives des locuteurs, c'est-à-dire dans la mesure où l'hypothèse de Sapir-Whorf est exacte, le bilinguisme étend logiquement les limites de ces contraintes, comme le monolinguisme les renforce. Si une langue fournit au locuteur un réseau de significations qui est sa représentation du monde, à priori l'occasion d'appréhender le monde par un système linguistique différent ne peut qu'étendre ses représentations du monde. Cet effet est cependant difficile à quantifier.

Les recherches sur le bilinguisme se sont dans un premier temps concentrées sur les effets linguistiques de ce bilinguisme (De Houwer 2009): taille du vocabulaire dans les deux langues, âge des premiers mots, usages du code-switching, développement de la morphosyntaxe, etc.

Une autre ligne de recherche met en évidence des différence cognitives pour des tâches non-linguistiques (Bak & al. 2014). En particulier, le bilinguisme et le multiplinguisme ont été à des bénéfices cognitifs tels qu'un meilleur fonctionnement exécutif chez les locuteurs âgés en bonne santé, ou un délai dans la déclaration de démence (voir Bialystok 2017 pour une évaluation globale).


Monolinguismes en Bretagne

En Bretagne, les locuteurs du breton sont aujourd'hui tous au moins bilingues avec le français. Le derniers monolingues brittophones sont morts dans les années 60 ("au plus tard dans les années 1990" Le Berre & Le Dû 2015).

Le monolinguisme francophone en aire brittophone est très répandu, même si historiquement assez nouveau ("Les premières générations d'enfants de la campagne ne sachant plus du tout le breton sont apparues [...] à la fin des années 1960 et au début des années 1970" Le Berre & Le Dû 2015). Le monolinguisme francophone a cependant toujours existé en Basse-Bretagne, même si restreint aux agglomérations urbaines (Concarneau, Brest, etc.).

Bibliographie

(la bibliographie ci-dessous concerne principalement les productions adultes. Plus de références sur l'acquisition d'une langue seconde en contexte bilingue, ou sur les scolarisations en breton peuvent se trouver sur la page sur l'acquisition du langage, ou pour les cas de diglossie, sur la page sur les langues d'héritage)


études sur le breton

  • Le Bris, Daniel & Tiiu Grunthal-Robert. 2009. 'L'acquisition du breton en milieu scolaire bilingue comparée aux situations rencontrées en Finlande et en Estonie.', Plurilinguisme et traduction des enjeux pour l'Europe = multilingualism and translation, challenges for Europe, Jocelyn Fernandez-Vest et Danh-Thanh Do-Hurinville (éds.), 109-118.
  • Davalan, N. 1999. 'Interférences linguistiques chez des enfants scolarisés en breton', Francis Favereau (éd.), Le Bilinguisme précoce en Bretagne, en pays celtiques et en Europe atlantique, Actes du Colloque international de Plésidy (Côtes-d’Armor) octobre 1997, Klask 5, Presses universitaires de Rennes, 97-118.
(sous le titre ‘Le verbe chez les bilingues bretonnants’ sur le site des PUR)
  • Dréan, Hervé. 2017. 'Le breton, le gallo et le français au milieu du 19e siècle dans la région de La Roche-Bernard', Klask 11, 35-46.
  • Favereau, F. 1999. 'The Acquisition of Vocabulary among Breton-French Bilinguals'. XXX?
  • Ryo, Aurélie. 2017. Bilinguisme et Théorie de l'esprit: Effet de l'enseignement bilingue, mémoire de master, Paris VIII.


autres langues celtiques

études théoriques et comparatives

 Il existe plusieurs revues dédiées à l'étude du bilinguisme. Pour la linguistique formelle voir Linguistic Approaches to Bilingualism ici. Pour les études cognitives ou psycholinguistiques, voir Studies in Bilingualismici.


  • Bialystok, E. 2017. 'The bilingual adaptation: How minds accommodate experience', Psychological Bulletin 143, 233–262.
  • Deprez, Christine, Beate Collet & Gabrielle Varro (éds.). 2014. Familles plurilingues dans le monde. Mixité conjugales et transmission des langues, Langage et Société 147.
  • Grosjean, F. 2008. Studying bilinguals. Oxford: Oxford University Press.
  • Hartsuiker, R., Pickering, M. & Veltkamp, E. 2004. 'Is syntax separate or shared between languages? Cross-linguistic syntactic priming in Spanish/English bilinguals', Psychological Science 15, 409-414.
  • Martin-Rhee, M.M. & Bialystok, E. 2008. 'The development of two types of inhibitory control in monolingual and bilingual children', Bilingualism: Language and Cognition 11 (1), 81-93.* Romaine S. 1995. Bilingualism (2° édition.). Oxford: Blackwell.
  • Schlyter S. & Håkansson G. 1994. 'Word order in Swedish as the first language, second language and weaker language in bilinguals', Scandinavian Working Papers in Bilingualism 9, 49–66.
  • Weber-Fox C. & Neville H. 1999. 'Functional neural subsystems are differentially affected by delays in second language immersion: ERP and behavioral evidence in bilinguals', Birdsong (éd.), 23–38.

vulgarisation et ressources pour les parents

  • Abdellilah-Bauer, B. 2008. Guide à l'usage des parents d'enfants bilingues, La découverte.
  • Baker, Colin. 1995. A Parents’ and Teachers’ Guide to Bilingualism, Multilingual Matters.
  • Le site de Bilingualism matters, Edimbourg, et son blog.
  • Grosjean, François. 2015. Parler plusieurs langues, le monde des bilingues, Albin Michel.
  • Grosjean, François. 1982. Life with Two Languages, Harvard University Press.
  • Harding-Esch, Edith, and Philip Riley. 2003. The Bilingual Family: A Handbook for Parents, 2nd edition. Cambridge University Press.
  • multilingues précoces, recueil de textes en français.