Différences entre les versions de « Linguistique générative »

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=== les études pionnières du XX° ===
=== les études pionnières du XX° ===


La grammaire générative est développée dans une littérature scientifique anglophone et on ne peut guère être surpris que ses outils théoriques soient développés principalement dans les grandes universités d'Amérique du Nord et du Royaume-Uni, ces lieux universitaires étant par ailleurs irrigués des études des autres langues celtiques (pour des études pionnières sur l'irlandais, se reporter à J. Mc Closkey).   
Il est intéressant de voir comment un courant scientifique mondial naît et se construit dans le domaine d'étude d'une langue minorisée. Au XX° siècle, la participation et l'accès au débat est nettement contraint par l'accès physque aux études publiées.
La grammaire générative est développée initialement dans une littérature scientifique anglophone. Ses outils théoriques sont développés principalement dans les grandes universités d'Amérique du Nord puis du Royaume-Uni. Ces lieux universitaires réunissent alors quatre facteurs convergents nécessaires pour l'étude formelle de la syntaxe du breton : (i) un accès aisé à l'anglais, (ii) des bibliothèques universitaires qui permettent aux chercheurs et aux étudiants de lire les résultats de leurs collègues, (iii) des formations universitaires aux outils théoriques, (iv) l'accès pour les chercheurs aux données de locuteurs natifs et d'experts sur la langue. Enfin, on distingue un facteur de facilitation avec (v), des universités ayant une tradition pré-existante d'étude des langues celtiques (Harvard, mais aussi Santa Cruz avec les études pionnières sur l'irlandais de J. Mc Closkey).   


L'intérêt pour le breton est d'abord allumé dans la tradition générativiste par plusieurs auteurs américains. Ils s'intéressent au breton comme une langue [[VSO]] qui a pourtant un [[groupe verbal]] V-O dont le sujet est exclu, ce qui met en lumière l'existence d'une [[dérivation]] pour obtenir l'ordre [[VSO]] ([[Anderson & Chung (1977)|Anderson & Chung 1977]]).  
L'intérêt pour le breton est d'abord allumé dans la tradition générativiste par plusieurs auteurs américains à la fin des année 70. Ceux-ci s'intéressent au breton car celui-ci pose un problème d'analyse de l'ordre de base des mots. C'est une langue [[VSO]] qui montre pourtant les signes d'un [[groupe verbal]] V-O dont le sujet est exclu. Ceci met en lumière l'existence d'une [[dérivation]] pour obtenir l'ordre [[VSO]] ([[Anderson & Chung (1977)|Anderson & Chung 1977]]).  


[[Wojcik (1976)]] s'intéresse précisément aux temps analytiques en ''[[ober]]'', qu'il obtient par antéposition du nom verbal et insertion de l'auxiliaire. [[Anderson (1981)]], après des élicitations trégorroises rendues possibles par des fonds de l'université de Harvard, propose un mouvement général de [[topicalisation]] des [[arguments]] du verbe ou du verbe [[lexical]] devant un auxiliaire tensé. [[Wojcik (1981)]] lui répond que le verbe lexical ne peut pas être [[antéposé]] devant le verbe tensé car cela prédirait incorrectement la possibilité de le faire à longue distance et au dessus de la négation.
L'intérêt pour la [[dérivation]] de l'ordre basique des mots dans la phrase se focalise ensuite sur la variété des ordres à [[verbe second]]. [[Wojcik (1976)]] s'intéresse précisément aux temps analytiques en ''[[ober]]'', qu'il obtient par antéposition du nom verbal infinitif et insertion de l'[[auxiliaire]]. [[Anderson (1981)]], après des [[élicitations]] en dialecte trégorrois rendues possibles par des fonds de l'université de Harvard, propose un mouvement général de [[topicalisation]] des [[arguments]] du verbe ou du verbe [[lexical]] devant un auxiliaire tensé. [[Wojcik (1981)]] lui répond que le verbe lexical ne peut pas être [[antéposé]] devant le verbe tensé car cela prédirait incorrectement la possibilité de le faire à longue distance et au dessus de la négation.


S'ensuit une période anglaise. Dans [[Stephens (1982)|sa thèse de 1982]] de l'école des études orientales et africaines de l'université de Londres, Janig Stephens, native du trégorrois, distingue les propriétés de la topicalisation d'une part, et du mouvement du verbe non-tensé (infinitif ou participe) d'autre part. Elle les lie à des [[structures informationnelles]] différentes. Les antépositions de têtes verbales posent un problème d'analyse car ce mouvement semble violer la règle syntaxique sur les mouvements de têtes. Maria-Luisa Rivero fait alors le lien avec ce qui a été appelé le "[[long mouvement de tête]]" dans les langues slaves comme le bulgare. [[Borsley, Rivero & Stephens (1996)]] puis [[Borsley & Kathol (2000)]] dégagent précisément les défis théoriques que les antépositions de tête verbale en breton posent pour un cadre d'analyse génératif. [[Rivero (1999)]] propose d'analyser [[V2]] comme un effet d'interface de la syntaxe avec la [[Forme Phonologique]]. Cet article très inspiré est publié comme chapitre d'un ouvrage peu distribué. Son titre, ''Stylistic verb-movement in yes-no Questions in Bulgarian and Breton'' laisse penser qu'il ne concerne que les interrogatives et il sera peu cité. Il ne devint disponible en Bretagne que quinze ans plus tard, lorsque son texte apparaît en accès libre sur internet.  
S'ensuit une période anglaise. Dans [[Stephens (1982)|sa thèse de 1982]] de l'école des études orientales et africaines de l'université de Londres, Janig Stephens, native du trégorrois de Lannion, distingue les propriétés du mouvement de [[focalisation]] d'une part, et du mouvement du verbe non-tensé (infinitif ou participe) d'autre part. Elle les lie à des [[structures informationnelles]] différentes. Les antépositions de têtes verbales posent un problème d'analyse car ce mouvement semble violer la règle syntaxique sur les [[mouvements de têtes]].  
Maria-Luisa Rivero, qui a fait une thèse en 1970 à l'université de Rochester (USA) et enseigne à l'université d'Ottawa au Canada fait alors le lien avec ce qui a été appelé le "[[long mouvement de tête]]" dans les langues slaves comme le bulgare. [[Borsley, Rivero & Stephens (1996)]] puis [[Borsley & Kathol (2000)]] dégagent précisément les défis théoriques que les antépositions de tête verbale en breton posent pour un cadre d'analyse génératif. [[Rivero (1999)]] propose d'analyser [[V2]] comme un effet d'interface de la syntaxe avec la [[Forme Phonologique]]. Cet article très inspiré est publié comme chapitre d'un ouvrage canadien peu distribué. Son titre, ''Stylistic verb-movement in yes-no Questions in Bulgarian and Breton'' laisse penser qu'il concerne exclusivement les interrogatives et il sera peu cité. Il ne devint disponible en Bretagne que quinze ans plus tard, lorsque son texte apparaît en accès libre sur internet.  


En Amérique du Nord, les perspectives ouvertes à la fin des années 1970 sont exploitées dans différentes directions. [[Hendrick (1988)|Hendrick (1988]], [[Hendrick (1990)|1990]]) développe des liens avec Martial Ménard. Il explore les relations [[pronominales]] du [[liage]] à partir des faits du breton standard. A l'université de Santa Cruz, Robin Schafer s'attaque aux problèmes désormais classiques posés par la structure de la phrase bretonne (le ''[[long mouvement de tête]]'', [[Schafer (1997)|Schafer 1997]], la négation et les faits d'accord [[Schafer (1995)|Schafer 1995]]). Au Canada, dans [[Schapansky (1996)|sa thèse de 1996 publiée en 2000]], Nathalie Schapansky étudie à partir de corpus vannetais la négation, la structure informationnelle et l'ordre des mots dans la phrase bretonne. Elle allie analyse formelle et études quantitatives, et ouvre la possibilité de comparaisons interdialectales.
En Amérique du Nord, les perspectives ouvertes à la fin des années 1970 sont exploitées dans différentes directions, et la mâturité théorique des études amène des publications dans des journaux de haut profil comme ''Linguistic Inquiry'' ou ''Natural Language and Linguistic Theory''. Certains problèmes posés par le breton deviennent alors des problèmes classiques.
 
La morphologie des [[doubles pluriels]] et les systèmes clitiques de positionnement second sont étudiés par [[Anderson (1982)|Anderson (1982]], [[Anderson (1986)|1986]]).
 
Le [[système d'accord]], avec un [[effet de complémentarité]] rompu par un [[sujet pré-négation]], attire l'attention de nombreux chercheurs; [[Stump (1984)|Stump (1984]], [[Stump (1989)|1989]]), [[Borsley & Stephens (1989)|Borsley & Stephens 1989]].
 
[[Hendrick (1988)|Hendrick (1988]], [[Hendrick (1990)|1990]]) développe des liens avec Martial Ménard. Il explore les relations [[pronominales]] du [[liage]] à partir des faits du breton standard. A l'université de Santa Cruz, Robin Schafer s'attaque aux problèmes désormais classiques posés par la structure de la phrase bretonne (le ''[[long mouvement de tête]]'', [[Schafer (1997)|Schafer 1997]], la négation et les faits d'accord [[Schafer (1995)|Schafer 1995]]). Au Canada, dans [[Schapansky (1996)|sa thèse de 1996 publiée en 2000]], Nathalie Schapansky étudie à partir de corpus vannetais la négation, la structure informationnelle et l'ordre des mots dans la phrase bretonne. Elle allie analyse formelle et études quantitatives, et ouvre la possibilité de comparaisons interdialectales.


A cette époque, internet n'est pas encore une bibliothèque et aucune de ces références n'est disponible dans les bibliothèques universitaires des universités bretonnes (à l'exception heureuse d'une photocopie de la thèse de Schapansky dans la bibliothèque du département de breton de l'université de Rennes, cependant classée dans les mémoires de maitrise à cause de son format plus court que les thèses produites en France). A l'université de Rennes, Jean-Yves Urien poursuit la tradition structuraliste de Gagnepain, tradition hostile à l'hypothèse de [[structure syntaxique]] qui est à la base des grammaires génératives. Un bref rapprochement s'opère avec Janig Stephens lors du projet de thèse de Nikolaz Davalan, mais ne sera pas suivi de textes.  
A cette époque, internet n'est pas encore une bibliothèque et aucune de ces références n'est disponible dans les bibliothèques universitaires des universités bretonnes (à l'exception heureuse d'une photocopie de la thèse de Schapansky dans la bibliothèque du département de breton de l'université de Rennes, cependant classée dans les mémoires de maitrise à cause de son format plus court que les thèses produites en France). A l'université de Rennes, Jean-Yves Urien poursuit la tradition structuraliste de Gagnepain, tradition hostile à l'hypothèse de [[structure syntaxique]] qui est à la base des grammaires génératives. Un bref rapprochement s'opère avec Janig Stephens lors du projet de thèse de Nikolaz Davalan, mais ne sera pas suivi de textes.  

Version du 10 septembre 2019 à 09:05

La grammaire générative est une linguistique cognitive. C'est une grammaire dont le but est de caractériser la faculté du langage humain. C'est cette faculté mentale innée, propre à l’espèce humaine, qui nous permet d'acquérir notre langue maternelle.

S'il n'arrive rien de grave à un enfant humain, quel qu'il soit, celui-ci internalise dans ses trois premières années de vie les règles des langues naturelles avec lesquelles il est en contact. Dès lors, cet enfant peut décider, en voyant une phrase qu'il n'a jamais entendue auparavant si cette phrase est grammaticale ou non. Il peut aussi produire un nombre infini de phrases grammaticales dans cette langue, dont des phrases qu'il n'avait jamais entendues auparavant. C'est donc qu'il a internalisé une connaissance, la grammaire, bien au delà de ses facultés de répétition. La grammaire générative s'emploie à modéliser cette connaissance que le locuteur a de sa langue (ou de ses langues).


Les grammaires génératives

Pour caractériser la faculté de langage de l'espèce humaine, une grammaire générative construit les règles qui produisent (génèrent) les phrases grammaticales d'une langue donnée. C'est une grammaire qui doit pouvoir prédire quelles phrases sont grammaticales dans une langue naturelle donnée, mais aussi quelles phrases ne sont pas grammaticales dans cette langue. La grammaire générative essaie en cela de modéliser la compétence d'un locuteur natif.

Pour ce faire, la grammaire générative dégage des invariants, des Principes, c'est-à-dire des règles de grammaire qui seront vraies dans toutes les langues naturelles ainsi que des points de variation, des Paramètres, qui rendent compte de la variation des règles d'une langue à l'autre.

Les grammaires génératives sont des grammaires formelles qui existent en plusieurs modèles qui peuvent, historiquement, s'éloigner ou se rapprocher, comme les modèles chomskyens successifs, HPSG ou LFG.


normatif vs. descriptif vs. comparatif

La grammaire générative a pour but de formaliser les intuitions des locuteurs natifs. Il s'agit de modéliser ce qui fait qu'un locuteur natif trouve telle phrase grammaticale et telle autre agrammaticale.

Cette grammaire ne s'intéresse donc pas aux règles normatives du breton, que ce soit d'un dialecte particulier ou du standard. Ce n'est pas une grammaire prescriptive.

C'est une grammaire descriptive, puisqu'elle considère les données qui existent dans cette langue et s'appuie sur des généralisations empiriques.

C'est une grammaire comparative, puisque ses formalisations ont pour but de pouvoir comparer les variantes linguistiques entre elles, dégager les invariants et les zones de variation. C'est dans cette perspective comparative que la grammaire générative s'intéresse à la variation dialectale et à la typologie.

C'est une grammaire qui n'est pas linéaire, elle s'intéresse à la structure syntaxique et établit des hiérarchies de constituants. Elle dresse la carte des grands domaines de la phrase: périphérie gauche (CP), domaine tensé, champ du milieu, groupe verbal (VP), périphérie droite...

C'est une grammaire formelle de prétention scientifique. Elle fait des prédictions sur les ordres de mots possibles et impossibles dans une variété donnée. Ces prédictions doivent pouvoir être vérifiées dans le domaine empirique.


Méthodologie associée

Les grammaires génératives peuvent se nourrir de toutes les grammaires descriptives, et de toutes les linguistiques de corpus qui précisent le domaine empirique.

Puisque le but est aussi de pouvoir prédire quelle phrase n'est jamais grammaticale dans une langue donnée, la grammaire générative a besoin de données qui excèdent ce qui se trouve dans les corpus, où par définition on ne trouve pas les phrases agrammaticales. Les limites possibles des structures sont étudiées au moyen de séances d'élicitation, où des locuteurs natifs confirment les statuts de grammaticalité des phrases.


La grammaire générative du breton

les études pionnières du XX°

Il est intéressant de voir comment un courant scientifique mondial naît et se construit dans le domaine d'étude d'une langue minorisée. Au XX° siècle, la participation et l'accès au débat est nettement contraint par l'accès physque aux études publiées.

La grammaire générative est développée initialement dans une littérature scientifique anglophone. Ses outils théoriques sont développés principalement dans les grandes universités d'Amérique du Nord puis du Royaume-Uni. Ces lieux universitaires réunissent alors quatre facteurs convergents nécessaires pour l'étude formelle de la syntaxe du breton : (i) un accès aisé à l'anglais, (ii) des bibliothèques universitaires qui permettent aux chercheurs et aux étudiants de lire les résultats de leurs collègues, (iii) des formations universitaires aux outils théoriques, (iv) l'accès pour les chercheurs aux données de locuteurs natifs et d'experts sur la langue. Enfin, on distingue un facteur de facilitation avec (v), des universités ayant une tradition pré-existante d'étude des langues celtiques (Harvard, mais aussi Santa Cruz avec les études pionnières sur l'irlandais de J. Mc Closkey).

L'intérêt pour le breton est d'abord allumé dans la tradition générativiste par plusieurs auteurs américains à la fin des année 70. Ceux-ci s'intéressent au breton car celui-ci pose un problème d'analyse de l'ordre de base des mots. C'est une langue VSO qui montre pourtant les signes d'un groupe verbal V-O dont le sujet est exclu. Ceci met en lumière l'existence d'une dérivation pour obtenir l'ordre VSO (Anderson & Chung 1977).

L'intérêt pour la dérivation de l'ordre basique des mots dans la phrase se focalise ensuite sur la variété des ordres à verbe second. Wojcik (1976) s'intéresse précisément aux temps analytiques en ober, qu'il obtient par antéposition du nom verbal infinitif et insertion de l'auxiliaire. Anderson (1981), après des élicitations en dialecte trégorrois rendues possibles par des fonds de l'université de Harvard, propose un mouvement général de topicalisation des arguments du verbe ou du verbe lexical devant un auxiliaire tensé. Wojcik (1981) lui répond que le verbe lexical ne peut pas être antéposé devant le verbe tensé car cela prédirait incorrectement la possibilité de le faire à longue distance et au dessus de la négation.

S'ensuit une période anglaise. Dans sa thèse de 1982 de l'école des études orientales et africaines de l'université de Londres, Janig Stephens, native du trégorrois de Lannion, distingue les propriétés du mouvement de focalisation d'une part, et du mouvement du verbe non-tensé (infinitif ou participe) d'autre part. Elle les lie à des structures informationnelles différentes. Les antépositions de têtes verbales posent un problème d'analyse car ce mouvement semble violer la règle syntaxique sur les mouvements de têtes. Maria-Luisa Rivero, qui a fait une thèse en 1970 à l'université de Rochester (USA) et enseigne à l'université d'Ottawa au Canada fait alors le lien avec ce qui a été appelé le "long mouvement de tête" dans les langues slaves comme le bulgare. Borsley, Rivero & Stephens (1996) puis Borsley & Kathol (2000) dégagent précisément les défis théoriques que les antépositions de tête verbale en breton posent pour un cadre d'analyse génératif. Rivero (1999) propose d'analyser V2 comme un effet d'interface de la syntaxe avec la Forme Phonologique. Cet article très inspiré est publié comme chapitre d'un ouvrage canadien peu distribué. Son titre, Stylistic verb-movement in yes-no Questions in Bulgarian and Breton laisse penser qu'il concerne exclusivement les interrogatives et il sera peu cité. Il ne devint disponible en Bretagne que quinze ans plus tard, lorsque son texte apparaît en accès libre sur internet.

En Amérique du Nord, les perspectives ouvertes à la fin des années 1970 sont exploitées dans différentes directions, et la mâturité théorique des études amène des publications dans des journaux de haut profil comme Linguistic Inquiry ou Natural Language and Linguistic Theory. Certains problèmes posés par le breton deviennent alors des problèmes classiques.

La morphologie des doubles pluriels et les systèmes clitiques de positionnement second sont étudiés par Anderson (1982, 1986).

Le système d'accord, avec un effet de complémentarité rompu par un sujet pré-négation, attire l'attention de nombreux chercheurs; Stump (1984, 1989), Borsley & Stephens 1989.

Hendrick (1988, 1990) développe des liens avec Martial Ménard. Il explore les relations pronominales du liage à partir des faits du breton standard. A l'université de Santa Cruz, Robin Schafer s'attaque aux problèmes désormais classiques posés par la structure de la phrase bretonne (le long mouvement de tête, Schafer 1997, la négation et les faits d'accord Schafer 1995). Au Canada, dans sa thèse de 1996 publiée en 2000, Nathalie Schapansky étudie à partir de corpus vannetais la négation, la structure informationnelle et l'ordre des mots dans la phrase bretonne. Elle allie analyse formelle et études quantitatives, et ouvre la possibilité de comparaisons interdialectales.

A cette époque, internet n'est pas encore une bibliothèque et aucune de ces références n'est disponible dans les bibliothèques universitaires des universités bretonnes (à l'exception heureuse d'une photocopie de la thèse de Schapansky dans la bibliothèque du département de breton de l'université de Rennes, cependant classée dans les mémoires de maitrise à cause de son format plus court que les thèses produites en France). A l'université de Rennes, Jean-Yves Urien poursuit la tradition structuraliste de Gagnepain, tradition hostile à l'hypothèse de structure syntaxique qui est à la base des grammaires génératives. Un bref rapprochement s'opère avec Janig Stephens lors du projet de thèse de Nikolaz Davalan, mais ne sera pas suivi de textes. Quant à l'université de Nantes, le rayon breton de sa bibliothèque universitaire consiste alors en une dizaine d'ouvrages, dont certains en double et certains en gallois, malgré l'existence d'un cursus de langue bretonne en option jusqu'à la licence. La médiathèque de la ville de Nantes annonce à la fin des années 90 le tranfert des fonds bretons à Rennes. En 1999 s'ouvre cependant à l'université de Nantes un département de sciences du langage sous la direction de Jean Pierre Angoujard qui dans le domaine de la phonologie, articule déjà analyse formelle et domaine empirique des langues minorisées de Bretagne, breton, gallo ou français non-standard. La syntaxe y sera enseignée par Hamida Demirdache, diplomée du MIT avec une thèse de syntaxe formelle sous la direction de Noam Chomsky. C'est elle qui introduit en Bretagne, en commençant modestement par son salon, les photocopies agrafées des références ci-dessus.

Bibliographie

breton

  • Anderson, S. R. 1986. ‘Disjunctive Ordering in Disjunctive Morphology’, Natural Language and Linguistic Theory 4 :1-31.
  • Anderson, S. 1982. 'Where’s morphology?', Linguistic Inquiry, 13:571-612. Preview
  • Anderson, S. 1981. 'Topicalization in Breton', Proceedings of the Berkeley Linguistics Society, 7:27-39. texte.
  • Anderson, S. & Chung, Sandra, 1977. 'On grammatical relations and clause structure in verb-initial languages', P. Cole & J. Sadock (éds), Grammatical Relations, Syntax and Semantics, vol. 8, Academic Press, New York, 1-25.
  • Hendrick, R. 1990. 'Barriers and Binding in Breton', The Syntax of the Modern Celtic Languages. Syntax and Semantics 23, R. Hendrick (éd.), Academic Press. New York, 121-165.
  • Wojcik, Richard. 1981. 'On so-called verb topicalization in Breton', LSA 56, Barnard College, Columbia University.
  • Wojcik, Richard, 1976. 'Verb fronting and auxiliary do in Breton', A. Ford, J. Reighard, et R. Singh (éds), Papers from the Sixth Meeting of the Northeastern Linguistic Society, Montreal Working Papers in Linguistics/Recherches linguistiques à Montréal, vol.6., McGill University, Montreal, 259-278.
  • Schafer, R. 1997. 'Long Head Movement and Information Packaging in Breton', Canadian Journal of Linguistics 42 (1-2), 169-203.
  • Schafer, R. 1995. 'Negation and Verb Second in Breton', Natural Language and Linguistic Theory 13, 135-172.
  • Schapansky, N. 2000. Negation, Referentiality and Boundedness in Gwenedeg Breton: A Case Study in Markedness and Asymmetry, Lincom Europa, Munich.
  • Schapansky, N. 1999. ‘Perspective nouvelle sur l’ordre V2 en Breton’, Proceedings of the 34th Linguistics Colloquium, Germersheim, 189-197.
  • Schapansky, N. 1996. Negation, Referentiality and Boundedness in Breton, a case study in markedness and asymmetry, ms thesis.

ouvrages généraux

  • Chomsky, N. 1995. The Minimalist programm, MIT Press, Cambridge, MA.
  • Rouveret, Alain. 2015. Arguments minimalistes, Une présentation du Programme Minimaliste de Noam Chomsky, ENS éditions, Lyon.