Leun

De Arbres
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Leun, ou lan, est un adjectif qui signifie 'plein'. Il a aussi, comme le nom leizh, un usage de quantification.


(1) An ti a vije peurleun gant he bugale.
le maison R était complètement-plein avec son enfants
'La maison était (complètement) pleine de ses enfants.'
Trégorrois, Berthou (1985:77)


Sémantique

Dans son sens premier, leun est un adjectif de quantification qui met en relation deux termes:

- le groupe nominal sur lequel il quantifie, et qui est dit dans l'état d'être plein: e yalc'h en (2)
- un terme de contenu, comme un massique, qui est la restriction de l'adjectif leun, et qui est introduit par a1.


(2) E yalh a oa leun a aour.
son bourse R était plein de1 or
'Sa bourse était pleine d'or.' Gros (1970b:§'leun')


Dans un sens plus étendu de quantifieur, la relation de contenant/contenu disparaît, et prend un tour plus figuré, applicable aux concepts abstraits.


(3) Un daoulagad leun a zouster hag a garantez a skede en he fenn. (Kervella 1995:§346), citant Roc'halan.
un 2.oeil plein de1 douceur et de1 amour R brillait dans son tête
'Son visage rayonnait d'un regard plein d'amour et douceur.'


Lorsque le nom tête disparaît, et que seul leun et son restricteur sont prononcés, on obtient la lecture 'beaucoup de'.


(4) A-benn ugent vloaz dija e peze leun a vicher.
au.bout 20 ans déjà R avait plein de1 métier
> 'A vingt ans, tu avais déjà beaucoup de métier.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:20)

Syntaxe

leun a

La restriction de l'adjectif leun est un nom massique (leun a zour, 'plein.e d'eau'), ou un nom utilisé comme tel (leun a vugale, 'plein.e d'enfants'). La tête du constituant est toujours la préposition a.

Kervella (1947:§603) considère que lorsque le restricteur est défini, la préposition qui apparaît est gant. Il est plus exact de dire que la structure est restreinte aux massiques, car la préposition gant implique une autre interprétation. Dans l'exemple de Kervella en (2), gant est en fait une préposition d'agent. La phrase en (5) dit que l'eau qui tombe du toit est la cause du remplissement de l'auge. C'est par déduction pragmatique qu'on conclut que l'auge est remplie de cette même eau. Cette déduction pragmatique est annulable ('Plus il pleut, plus la pompe est activée et l'auge se remplit de jus de framboise'). En contraste, aucun contexte aussi étrange soit-il ne peut opérer la même relecture avec la préposition a dans leun a zour, 'plein d'eau'.


(5) Leun e voe buan al laouer gant an dour o tiverañ diwar an dôenn.
plein R fut vite le auge avec le eau à4 couler de le toit
'L'auge fut vite pleine de (avec/grâce à) l'eau qui coulait du toit.' Standard, Kervella (1947:§603)


Gros emploie la forme leun a, 'plein de', au moins avec un verbe existentiel, mais il considère que cette structure est influencée par le français (3).


(6) Eno a zo leun a herreg.
y R est plein de rochers
'Là, il y a plein de rochers.' Gros (1970b:§'leun')

absence de préposition a

Lorsque le restricteur est antéposé en position de topique, la préposition a introduisant le restricteur peut disparaître.


(1) Bidaed, yade ket leun.
chèvres (ne1) était pas plein
'Des chèvres, il n'y en avait pas beaucoup.' Sein, Fagon & Riou (2015:'bida')

Quantification

La forme quantificationnelle leun an ti, 'plein la maison' est clairement attestée comme dans la vallée du Scorff.


(1) Ha liesoc'h evit ar sul, ni 'garga lan ar vuzul.
et souvent.plus que le dimanche nous (R) charge plein le mesure
'Et plus souvent encore que le dimanche, nous chargeons mesure pleine.' Ploue, Le Scorff, Ar Borgn (2011:17)


variation dialectale

La carte 177 de l'ALBB donne les variations dialectales pour la traduction de '(Le puits est) plein d'eau'.

La forme quantificationnelle est agrammaticale dans certains dialectes. Le trégorrois Jules Gros n'accepte ainsi pas l'usage quantificationnel de leun.

 Gros (1970b:§'leiz') :
 "Le français 'plein la maison', 'plein le sac' se rend toujours par leiz an ti, 
 leiz ar zah, et non par leun an ti, leun ar zah. 
 [...] leun reste toujours adjectif."