Les adjectifs

De Arbres
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Les adjectifs forment une catégorie de mots qui rassemblent un faisceau de propriétés morphologiques, syntaxiques et sémantiques.


  • Ils ont typiquement une forme comparative ( en -oc'h) et une forme superlative ( en -añ)
  • Ils apparaissent en emploi prédicatif ou épithète
  • Ils dénotent souvent des états
  • Ils ont typiquement une contrepartie adverbiale


Morphologie

marquage catégoriel adjectival

Les adjectifs sont reconnaissables à différents suffixes qui leur sont propres.

-abl, -af, -ailh, -an, -añ, -ant, -apl, -ard, -at, -aus, -ek, -el, -et, -idig, -idik, -ig, -ion, -ous, -ubl, -upl, -us, -uz, -vet


Certains préfixes sont aussi des marques adjectivales, en ce qu'ils créent des adjectifs à partir d'autres catégories.

he- dans helavar, 'éloquent', kef-, kev-, kiv- dans kivioul, 'opiniâtre', et di- dans dic'hoarzh, 'maussade'.


Les autres préfixes des adjectifs les modifient uniquement.

ad-, am-, ar-, dam-, dem-, dram-, stram-, di-, dis-, gou-, gour-, peuz-, skil-, jil-, chil-, mor-, mar-, dar-, dor-, tar-, tor-

variable ou invariable?

Les adjectifs ne portent normalement pas de morphème dédié aux marques de genre ou de nombre. Les adjectifs sont globalement invariables (de Rostrenen 1738:50). Cependant, quelques exceptions intéressantes sont rapportées, qui sont recensées plus bas.

Les marques de genre et de nombre peuvent aussi être marquées sur les adjectifs non par un morphème dédié, mais par le biais des mutations consonnantiques.


le nombre suffixal

Kervella (1995:§512) reporte une seule alternance morphologique d'adjectif liée au nombre: -kaezh vs. -keizh

(2) tud keizh
gens cher/pauvre
'pauvres gens (+ affectif).' Standard, Kervella (1995:§512)


En vieux breton, les adjectifs avaient un pluriel morphologique en -ion (Trépos 2001:§227). Cette marque plurielle sur les adjectifs a déjà disparu au stade du moyen breton.


le nombre marqué par mutation

Une marque du pluriel non-morphémique est présente sur les adjectifs par la biais du calcul des mutations consonnantiques.

La lénition affecte les masculins pluriels de personnes qui n'ont pas leur pluriel en -où, comme en (3).


(3) C'hoarierien1 zivergont! D > Z
joueur.PL .vergondé
'Joueurs sans vergogne!' Standard, Kervella (1993:65)


La mutation est donc une marque du pluriel dépendante du contexte à la fois syntaxique et morphologique.


le genre suffixal

On trouve reportées dans la littérature quelques formes dites adjectivales avec une forme féminine en -ez:

Kervella (1995:§512) donne mezvez, 'saoûle'; et follez, 'folle'. On peut ajouter brazez et dougerez ('enceinte'), qui portent la marque morphologique -ez du féminin.


Selon Kervella 1995:§512), il s'agit de noms d'agent en -ez qui peuvent apparaître sans leur article dans un prédicat (comme dans le français Elle est médecinN). En (3)a, mezvez est un nom, et porte conséquemment une marque de genre féminin. En (3)b, en position d'épithète, la marque de féminin nominal -ez disparaît. La marque de genre sur l'adjectif est présente uniquement par le biais de la lénition: le nom féminin maouez provoque une lénition sur la première consonne de l'adjectif. La forme non mutée mezv serait ici illicite.


(3) a. Houmañ a zo mezvez vs. b. Ur 1vaouez1 vezv
celle.ci R est saoûle un fille saoûl
'Elle est saoule' mais 'une femme saoule' Standard, Kervella (1995:§512)


Les noms d'agent en -erez peuvent aussi s'employer sans article en situation prédicative. Ils ressemblent alors aussi à des adjectifs, mais sont comme eux restreints aux positions prédicatives.


(2) Honnez a zo dispignerez. Koufonerez eo da-vad.
celle.là R est dépens.-euse gaspill.-euse est pour1-bon
'Celle-là est dépensière. Elle est très gaspilleuse.' Trégorrois, Gros (1984:363)


Dans d'autres variétés de breton, certains noms dérivés en -ez peuvent apparaître en position épithète. Dans ces variétés, il existe donc des adjectifs marqués pour le genre.

Goyat (2012:193) donne : eur vaouez vezvez, 'une femme ivre'. On trouve aussi en vannetais la forme ur voez mèùéz, (Port-Louis), An Diberder (2000:339), signalée par Ostatu (ici).


le genre marqué par mutation

La règle en breton standard est que la lénition apparaît sur un adjectif épithète ou un nom en apposition après un nom féminin singulier ou un nom masculin pluriel de personne s'il n'a pas son pluriel en -où.


(1) Al labour-douar a zo eur vicher boanius.
le travail.N-terre R est un1 métier1 peine.-ible
'L'agriculture est un métier pénible.' Trégorrois, Gros (1984:367)


mutation sans nom muté

L'adjectif peut apparaître muté sans que le nom précédant le soit. Certains noms féminins ne mutent pas après l’article: bizourc’h, plac’h, gavotenn, greg et gar. Leurs adjectifs peuvent tout de même muter (ur plac'h vrav 'une jolie fille'). Ailleurs, les noms non mutés ont aussi des adjectifs mutables.


(2) Karantez bell, karantez well.
amour loin amour mieux
'amour de loin, (c'est) le meilleur amour.' Trégorrois, (Gros 1984:326)


En (3), tamm 'morceau' est un obstacle à la mutation sur le nom kuizin ou kegin, mais l'adjectif bihan est lui-même muté.


(3) un tam kyzən tam kigin viən viən Duault, Avezard-Roger (2004a:119)
un tamm kuizin tamm kegin vihan vihan
un morceau cuisine morceau cuisine 1petit 1petit
'une petite cuisine, une petite cuisine toute petite.'


noms adjectivaux

En (4), le nom masculin de personne mous qui n'a pas son pluriel en -où reçoit canoniquement une lénition (B>V). Cependant, l'adjectif martolod apparaît, lui, non marqué par la mutation. Selon Loth (1890), ces non-mutations sont restreintes à ce qui est en fait un nom composé.


(4) C'hwi wel ar1 voused1 vihan noe ivez ar1 gasketenn martolod.
vous (R) voit le mousses petit avait aussi le casquette matelot
'Et voyez-vous les petits mousses portaient aussi la casquette de marin.'
Douarneniste, Denez (1984:74)


Il est possible qu'il y ait là variation dialectale. Loth (1890) note aussi que dans des exemples de trégorrois, la mutation semble dépendre de la terminaison du nom.

variations dans la mutation des adjectifs

Dans beaucoup de variétés de breton, les mutations sur les adjectifs ne sont pas réalisées.

En vannetais, Le Bayon (1878:11) note que les mutations sur adjectifs postnominaux s'appliquent en vannetais uniquement sur les adjectifs bras, 'grand.e', bihan, 'petit.e', brav, 'beau/belle' et mat, 'bien, bon'. Il cite cependant quelques exemples de mutation sur kozh, 'vieux/vieille', paour, 'pauvre', marv, 'mort.e', gwenn, 'blanc.he', et kaezh, 'cher' ou kaer, 'beau/belle'.

Dans certains parlers vannetais, on relève des adjectifs mutés après un nom féminin au singulier, mais aussi au pluriel.

 Ar Borgn (2011:84) :
 "E tachennoù vat…
 Ar vammoù-gaer…
 Ar gannerezed-noz…
 Foarioù vras…
 
 On relève deux tendances ici : -l’adjectif suivant un féminin est féminisé autant au pluriel qu’au singulier. Et tout cela pendant que Ernault (même période que Guillam ar Borgn) écrit bel et bien ar mammoù. Ces exemples pris dans l’écrit se retrouvent aussi à l’oral : j’ai assisté à maints débats où les hommes disaient ar mammoù et les femmes ar vammoù, etc. Chez Loeiz Herrieu je n’ai point relevé de ces « fautes ». Exception vannetaise ? Je ne sais; un fait en tout cas."


En (5), à Riec, le nom féminin brozh est lui-même muté, mais ne provoque aucune mutation sur l'adjectif qui le suit.


(5) ar1 vrozhF don
le jupe profond
'le jupon' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:II)


En (6), Kervella (1972:37) note explicitement que la mutation de l'adjectif serait ici "sans doute correcte, mais inadaptée".


(6) ur1 vlazF badinellus
un goût étourdissant
'un goût étourdissant' (Dirinon), Kervella (1972:37)


Trépos (2001:104) et Chalm (2008:37) notent des cas d'optionalité. Ils considèrent que ne pas muter l'adjectif est licite dans la mesure où celui-ci est focalisé (lorsqu'"on veut insister" sur le mot qui subirait ordinairement la mutation). Pour eux, cet effet n'est pas réservé aux adjectifs épithètes: la focalisation peut empêcher la mutation d'un nom après un article, ou après des prépositions comme war ou la disjonction pe.


(7) ur1 grehennF tenn / ur1 grehennF denn
un côte dure un côte dure
'une côte DURE' / 'une côte dure' Trépos (2001:104)


(8) ur1 saeF velenn / ur1 saeF melenn ha neket ruz
un robe jaune un robe jaune et n'est.pas rouge
'une robe jaune' / 'une robe jaune et pas rouge' Chalm (2008:37)


(9) ur bluenn dir/ur bluenn zir, 'une plume d'acier', Trépos (2001:104)


De Rostrenen (1738:51) donne les deux formes tadouïgou qeiz et tadouïgou gueiz, tadouigoù k/gaezh, 'chers petits pères'. Ernault (1897:§8) signale que le nom féminin plac'h, 'fille', qui ne mute pas par exception, fait aussi barrière à la mutation d'un adjectif après lui. Merser (1997:146) signale en Trégor les deux formes alternatives eur plac'h vihan et eur plac'h bihan.


En (6), à Plozévet, la mutation semble régulièrement marquée sur l'adjectif.


(6) ur1 gazezF zu
un chatte noir
'une chatte noire' Plozévet, Goyat (2012:135)


substantivisation

Les adjectifs sont rarement nominalisés. Ce sont les adjectifs de couleur, ou les adjectifs dérivés avec des suffixes empruntés au français, comme -an et -ard, ou quelques autres comme en (1).


(1) ar paour, ar beorien, 'le pauvre, les pauvres'

ar reuzeudien, 'les malheureux'; an ezommeien, 'les indigents'
Cornouaillais, Trépos (2001:§232)


(2) / ərgouxaŋ zo-rvyga:laj /
le.1vieille.le.plus de-le.1enfants
'la plus vielle des enfants.' Groix, Ternes (1970:348)


En dehors de ces quelques cas, la stratégie la plus usitée est d'insérer une tête nominale anaphorique: unan, hini, ou son pluriel re.


(3) an hini braz, 'le grand'; ar re binvidik, 'les riches'; unan fall, 'un mauvais'

Cornouaillais, Trépos (2001:§232)


On trouve des adjectifs utilisés comme des noms de manière productive, dans une structure où le nom tête apparaît comme l'objet de la préposition a. Ces structures, présentes dans de nombreuses langues indo-européennes, posent de nombreux problèmes d'analyse.


(3) [ ubrawabawt]
ur brav a baotr
un beau de garçon
'un beau garçon.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:11)


Selon Chalm (2008:§5), ces constructions obtiennent un effet d'emphase sur l'adjectif.

ur vrav a blac'h, /une belle de fille/, 'un beau brin de fille'
un aes a vicher, /un facile de métier/, 'un métier bien facile'


adjectifs en composés

Certains adjectifs antéposés au nom dans les composés nominaux ont grammaticalisé en préfixes.


(1) N'en devoa ket Yann ar Floc'h nemeur a yec'hed ha dihet e veze alies gant ar verr-alan.
ne R.3SGM avait pas Yann ar Floc'h guère de santé et souffrant R était souvent par le court-souffle
'Yann ar Floc'h n'avait guère de santé, et il souffrait souvent d'asthme.'
Cornouaillais (Pleyben), ar Go (1950:7)


On trouve aussi dans Drezen des exemples d'incorporation proclitique d'adjectifs de couleur dans des verbes lexicaux.


(2) Gant he dorn duvaneget
avec son main noir.ganté
'de sa main gantée de noir’ Standard, Drezen (1990:22)


(3) Skediñ a reas ivez he dent e skrin he diweuz ruzlivet
briller R fit aussi son dents dans écrin son 2.lèvre rouge.peint
'Ses dents brillèrent dans l'écrin de ses lèvres peintes de rouge.’ Standard, Drezen (1990:)

Syntaxe

L'adjectif accepte habituellement deux emplois: comme attaché à un nom ou un pronom, et comme attribut.

Syntaxe des adjectifs attributs

L'adjectif attribut du sujet ou de l'objet est aussi appelé un adjectif prédicatif, car il prédique une propriété sur une entité.


morphologie

adjectifs préfixés en ez-

Les adjectifs, lorsque attributs, peuvent apparaître avec un marqueur en ez-.

Trépos (2001:§230) cite:

en-noaz, 'nu'; e-kriz, 'cru'; e(z)-beo, 'en vie'...
e(z)-poaz, 'cuit', ez-yen, 'froid'; e-tomm, 'chaud'...


(1) [ ar 'ha:z nøz 'dɛ:bɛd al lo'ɡo:dɛn e 'bew ] Plozévet, Goyat (2012:194)
Ar haz e-neus debret al logodenn e-beo.
le5 chat a mangé le souris P.vivant
'Le chat a mangé la souris vivante.'


distribution

C'est le verbe 'être' qui associe le plus souvent un sujet et son prédicat adjectival. Les autres verbes sont 'tomber', 'construire/élever', 'venir', 'devenir', 'faire', 'aller', 'valoir' etc. (Kervella 1995:§511).

On trouve aussi des adjectifs attributs dans les tournures: sevel da Adj comme en (1).


(1) O labourad kalz eo savet da binvidig.
à4 travailler beaucoup est monté à riche
'Il/elle est devenu(e) riche en travaillant beaucoup.'
Léon, Fave (1998:133)


modification

Il existe différentes façons de modifier des adjectifs, la plus répandue étant de leur adloindre un intensifieur (laouen bras, /content grand/, 'très content').


strutures inversées, ur gaer a blac'h

Une série de constructions prédicatives inversent sémantiquement la modification. Dans les exemples ci-dessous, la syntaxe suggérerait que l'adjectif est modifié par un nom amené par une préposition. Sémantiquement, c'est l'inverse.


(1) [ Frank a galon ] eo ma voazin.
grand de cœur est mon voisin
'Mon voisin est large de cœur, généreux.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:56)


(2) Hennezh 'zo [ prim a daol ].
celui.ci 'est preste de coup
'Il est énergique.' Haut-vannetais, Louis (2015:79)


Lorsque le prédicat débute par un article, l'adjectif mute comme s'il était un nom.


(3) Tregont vloaz a-raok e oa anezhi [ ur gaer a blac'h faro ]. Abeozen (1986:39), cité dans Timm (1995:8)
trente1 an avant R4 était P.elle un1 beau de1 fille fière
'Trente ans plus tôt, elle était un fier beau brin de fille.'

Syntaxe des adjectifs épithètes

Les adjectifs attachés au nom lui sont contigus. Ils sont aussi appelés des adjectifs épithètes.


(1) ur marh koad en-oa fardet da bep hini
un cheval bois avait fabriqué P chaque N
'Il avait fabriqué un cheval de bois pour chacun.' Cornouaille, Trépos (2001:§594)


(2) N'eus buhez ebet er paludoù-holen.
ne'y.a vie aucun dans.le marais-sel
'Il n'y a pas de vie dans les marais salants.' Standard, Bremañ (223:14), ‘ar paludou-holen’


noms de lieux

L'utilisation adjectivale de noms de lieux se distingue de la structure possessive d'état construit uniquement par la mutation adjectivale (foar Plogonnec, 'la foire de Plogonnec').


(3) foar Blogonneg
foire Plogonnec
'la foire de Plogonnec (Plogonnecoise).' Cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:22)


ordre des adjectifs entre eux

La plupart des adjectifs apparaissent après le nom. Lorsqu'il y a plusieurs adjectifs dans le syntagme, ils apparaissent dans un ordre particulier selon leur type sémantique.


(3) Baloñsoù ruz bras brav
ballons rouge grand beau
'De beaux grands ballons rouges.'
Cornouaillais (Douarnenez), [HD 04/2011]


(4) Hennez a zo eur paotr bihan lemm.
celui.ci R est un garçon petit intelligent
'C'est un petit garçon vif, intelligent.' Gros (1970b:§'lemm')


(5) Sell! un trakteur bihan brao melen farsus!
regarde un tracteur petit beau jaune rigolo
'Regarde! Un beau petit tracteur jaune rigolo!' Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


adjectifs prénominaux

La plupart des adjectifs sont postnominaux, mais certains adjectifs particuliers, comme les adjectifs numéraux cardinaux, sont prénominaux.


(2) avaloù ruz, ur c’hozh lab dister, hini glaz, daou1 gozh
pommes rouge un vieil abri de.peu N bleu deux N vieux
'des pommes rouges', 'un pauvre abri de peu', 'le bleu', 'deux vieux' Standard, Kervella (1995:§511)


Dans une période antérieure de la langue, les adjectifs étaient tous largement distribués en position prénominale (cf. entre autres, Fave 1998:115-6). En breton moderne, cependant, ne subsistent que quelques adjectifs antéposés au nom.

Les adjectifs prénominaux sont:

 les adjectifs numéraux cardinaux
 les adjectifs péjoratifs comme paour-kaez
 les adjectifs de mesure comme hanter et les quantifieurs holl et nep
 leurs équivalents préfixés: hanter-, holl- et nep-
 les adjectifs adjectifs monosyllabiques ou bisyllabiques devenus préfixes: :arall-, berr-, bihan-, bras-, brizh-, dister-, dreist-, drouk-, fall-/fals-, gouez-, gwen-, heñvel-, hir-, kamm-, kozh-, krak-, krenn-, izel-, nevez-, pell-, pounner-, reizh-, skañv-, tomm-, uhel-.


Diachronie

La forme non-genrée des adjectifs en breton provient d'une conflation historique entre les /i/ et /e/ brefs d'une part, et les /u/ et /o/ brefs d'autre part (Loth 1887). Loth situe ce changement après le IX°. Loth (1887) dans le Cartulaire de Redon (qu'il date du IX°) les occurrences de l'adjectif 'blanc' sous ses formes féminines (uuen) et masculines (uuin). Il note une préférence pour les formes genrées, avec des exceptions qui émergent et suggèrent le début d'une perte de productivité du système.

Horizons comparatifs

Dans les langues romanes modernes, l'interprétation des adjectifs prénominaux est restreinte aux lectures non-restrictives, de niveau individuel et absolues; les adjectifs restrictifs, de propriété non-permanente et relatifs ne sont licites qu'après le nom. En anglais, c'est l'inverse et les adjectifs restrictifs ne sont licites que devant le nom (Cinque 2005).


(1) déterminant (adjectif) nom (adjectif)
non-restrictif (non-)restrictif
les (invisibles) étoiles d'Andromède (invisibles)
mes (ennuyeuses) remontrances (ennuyeuses)

Terminologie

  • anv-gwan vs. adanv

La terminologie bretonne pour 'adjectif' hésite entre les termes anv-gwan, (littéralement 'nom faible') et adanv, /ad-.anv/, ('supplément au nom'):

On trouve:

enou gouan, hano goan, de Rostrenen (1738:31)
anv gwan, (Kervella 1995, Chalm 2008).

Chalm (2008) traduit gwan, littéralement 'faible', par 'intransitif'. Si on considère que les noms sont transitifs en breton puisqu'ils peuvent distribuer un cas direct, dans l'état construit, alors il est logique de noter en comparaison que les adjectifs, eux, ne sont pas 'transitifs' et ne distribuent pas de cas direct.

Kervella (1947) utilise le terme breton anv-gwan, mais se prononce en note pour la terminologie adanv, sur le patron de adverb (Kervella 1947:§402). SADED (2010) adopte adanv.


  • gradabilité

Kervella (1947:§402) utilise le terme breton skeul-doareañ pour désigner la gradabilité propre à la plupart des adjectifs et adverbes.

L'adjectif sous sa forme nue est au degré de référence: en breton derez-uhel, ou derez plaen (Kervella 1947), ou encore derez kompez (Hemon 2000:§46). L'adjectif avec un suffixe -oc'h est au degré comparatif de supériorité (en breton derez-uheloc'h) et l'adjectif avec un suffixe -añ est au degré superlatif (en breton derez-uhelañ).


  • épithète, prédicatif

Kervella (1947:§511) utilise le terme stagenn pour 'adjectif épithète', et doareen pour 'attribut', 'adjectif prédicatif'.


Bibliographie

breton

  • Loth, J. 1890. 'De l'adjectif subissant la mutation initiale après un substantif masculin', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d'Emile Ernault , Revue Celtique XI:207, texte.
  • Loth, J. 1887. 'Le genre dans les adjectifs en vieil armoricain', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d'Emile Ernault , Revue Celtique VIII:168, texte.


typologie celtique

  • Manning, H. Paul. 2002. 'Orderly Affect: The Syntactic Coding of Pragmatics in Welsh Expressive Constructions', Pragmatics 12:4, 415-446.


littérature théorique

  • Cabredo Hofherr, Patricia et Ora Matushansky (dir.) 2005. L'adjectif, Recherches Linguistiques de Vincennes 34, ISBN 2-84292-176-3. résumés en ligne
  • Cinque, Guglielmo. 2005. 'Deriving Greenberg's Universal 20 and Its Exceptions', Linguistics Inquiry 36:3, 315-332.
  • Valois, Daniel. 2005. 'Adjectives: Order within DP and Attributive APs', Martin Everaert And Henk Van Riemsdijk (éds.), The Blackwell Companion to Syntax, Blackwell Publishing, vol I, chap.3.