Le conditionnel présent

De Arbres
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Le conditionnel présent est en breton l'un des deux paradigmes verbaux du conditionnel.

Le conditionnel présent est marqué morphologiquement par le morphème -f. Sémantiquement, des alternatives possibles sont ouvertes, et restent ouvertes. On parle de conditionnel réalis.


Morphologie

La morphologie du conditionnel réalis en breton moderne est caractérisée par le morphème -fe, ou -he.


(1) Derc'hel a rin d'am gêr nemet mervel a rafen.
tenir R1 ferai à mon2 mot sauf mourir R1 ferais
'Je tiendrai parole sauf si je meurs.' An Here (1995:'nemet')


diachronie -f vs. -h

Les formes en -h sont historiquement les formes du potentiel. Elles ont convergé avec les formes de l'imparfait en -f.


 Falc'hun & Fleuriot (1978-79:7B):
 "Depuis le XVIIème, une nouvelle désinence en -fen, 'fes, fe... s'est répandue dans les autres dialectes [que le vannetais]. Elle vient de verbes usuels comme 'mourir', 'vivre', moyen breton marwhe 'il mourrait', bewhen, 'je vivrais'. Le groupe -wh- a abouti a -vh-, puis à -f- et s'est répandu, d'où les formes dites régulières karfen, karfes, karfe.


 Le Gléau (1973:12,13):
 "Vers 1710, les trois cinquièmes des formes potentielles des verbes réguliers s'entendent et s'écrivent comme des imparfaits. Par exemple, la caractéristique H s'est toujours amuïe en position intervocalique, sauf pour quelques formes de dont.
 
 [...] Le besoin de clarté a imposé progressivement une caractéristique F. Ce passage de H à F existe dans des mots comme dihuniñ: 
 Josef a zifunas BSA. (1877:50) 
 [...] Entre 1610 et 1830 la caractéristique FE s'impose en Haut-Léon dans les verbes réguliers. Bris semble encore ignorer FE, Milin ignore déjà HE.
 [...] Endevout dans le dernier tiers du 19° siècle et bezan dans le premier tiers du 20° alignent leurs formes potentielles sur celles des verbes réguliers."


On trouve encore en breton moderne des formes en -he en vannetais et dans le bord vannetais.


(2) Pa vehec'h lakaet paravis din, 'vehe gwelet piv eo an hani brasañ.
quand seriez mis vis-à-vis de.moi R serait vu qui est le celui grand.le.plus
'Si on nous mettait en vis-à-vis (si on nous comparait), on verrait qui est le plus grand.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:26)


Syntaxe

matrices et subordonnées

Le mode conditionnel peut apparaître en matrices comme en subordonnées.


(3) Nemet karout a rafen e virfes ez kerz un dra bennak e koun eus hon daremped ...
seulement aimer R ferais R4 garderais en.ta.possession un chose quelconque en souvenir de notre rencontre
'Seulement, j'aimerais que tu gardes quelque chose en souvenir de notre rencontre.'
Standard, Drezen (1990:43)


Une conditionnelle peut être introduite par le complémenteur prototypiquement temporel pa.


(3) Pa vehec'h lakaet paravis din, 'vehe gwelet piv eo an hani brasañ.
quand seriez mis vis-à-vis de.moi R serait vu qui est le celui grand.le.plus
'Si on nous mettait en vis-à-vis (si on nous comparait), on verrait qui est le plus grand.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:26)


Sémantique

négation et alternatives

Les verbes qui introduisent une complétive, lorsqu'ils sont au négatif, peuvent pointer une alternative possible au monde (Je doute que... Je ne crois pas que...). Ils imposent alors un conditionnel dans l'enchâssée (Leclerc 1986:203).


(4) Nket laret [CP e teufe ar medisin arc'hoaz ].
ne1 est pas dit R4 viendrait le médecin demain
'Il n'est pas dit que le médecin vienne demain.' Tréguier, Leclerc (1986:203)


Si aucune alternative n'est ajoutée, le conditionnel n'est pas employé.


(5) Ne oar ket [CP ec'h on klanv ].
ne1 sais pas R4, +V suis malade
'Il ne sait pas que je suis malade.' Tréguier, Leclerc (1986:203)


le potentiel sans le doute

Le conditionnel n'implique pas le doute du locuteur. Le locuteur peut dire ne pas croire à une éventualité. Tant que cette éventualité existe, par exemple du fait de l'interlocuteur, le conditionnel peut être utilisé.


(1) Ne gredan két e yafe beteg disul.
ne1 crois pas R4 irait jusque dimanche
'Je ne crois pas qu'elle tienne jusqu'à dimanche.' Léon, Seite (1975:65)


Parfois, la morphologie du conditionnel marque la postériorité par rapport à un temps de la phrase ancré dans le passé. En (2), le temps où Matriona se lève est un temps du passé. Elle sait à ce moment précis à quoi sera (*serait) occupé le futur de sa journée.


(2) Gout' ouie en ur sevel, da betra e vefe kinniget an devezh.
savoir R1 savait en lever à1 quoi R serait employé le journée
'Elle savait (bien), en se levant, à quoi serait employée la journée.'
Standard, Ar Barzhig (1976:29)


potentiel sans morphologie du conditionnel

Quand la valeur du conditionnel est introduite ailleurs dans la phrase, la morphologie du conditionnel peut être remplacée par celle de l'indicatif.


(2) Ma kouezfe eun den amañ a zo (/ez eus) fin dezañ.
si tomberait un homme ici est fin de.lui
'Si quelqu'un tombait ici, c'en serait fait de lui.' Trégorrois, Gros (1970:26)


(3) Penemet ma'z oc'h-c'hwi kañveriez, me am boa graet deoc'h ur garlantez.
sinon que êtes-vous endeuillée moi R.1SG avais fait à.vous un guirlande
'Sinon que vous êtes en deuil, Je vous aurais fait une guirlande.'
(la guirlande se moque d'un râteau reçu, d'un délaissement amoureux)
Luzel (1868:258), cité dans Menard (1995:172)


Selon Hewitt (2010b:303), le verbe de la matrice peut optionnellement apparaître à l'indicatif dans l'aire Nord-Est incluant le trégorrois.


(3) Ma viches lamped ase e veffes marw.
Ma viches lamped ase e oas marw
si serait sauté R4 serait/étais mort
'Si tu sautais là, tu te tuerais.' Hewitt (2010b:303)


Pour une hypothèse sémantique sur l'utilisation de la morphologie du passé pour créer des contrefactuels, se reporter à Ippolito (2002).


morphologie du conditionnel sans potentiel

La morphologie du conditionnel peut obtenir une lecture d'habitude.


(z) /ˌnuzõ ke 'plɛ:h møfe ˌlakɛ ma ly'ni:du/
N’ouzon ket peleh mefe laket ma lunedou.
ne1'sais pas 'aurais mis mon2 lunettes
'Je ne sais jamais où je mets mes lunettes.' Plozévet, Goyat (2012:301)


ou un futur.


(z) /bɛn a ˌhwa dãn ˌør ma ˌvifiɲ i la'bu:ra da 'va:d/
A-benn arhoaz d’an eur-mañ e vint o labourad da vad.
d'ici demain à'le heure-ci R seront à1 travailler pour1 bon
'Demain à cette heure-ci, ils seront en plein travail.' Plozévet, Goyat (2012:303)


Diachronie

Hewitt (2010b:301) considère que le paradigme du potentiel [‑ffe- (G‑ehe-)] dérive historiquement d'un subjonctif imparfait.

Le Brigant (1779:A4) signale l'usage de an diaoul, 'diable' (ayoul ne vifés, an diaoul ne vefes, 'diable que tu fusses').


Terminologie

Leclerc (1986:203) parle pour les formes en -fe de subjonctif potentiel. Cette terminologie vient de l'analyse des phrases équivalentes en français.

Le Gléau (1973:12) utilise le terme de forme potentielle. Ce terme de forme potentielle s'oppose au paradigme de l'hypothétique du conditionnel passé irréalis.

KAG (2016) conditionnel potentiel par amzer c'hallus an doare divizout.