Le conditionnel passé

De Arbres
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Le conditionnel irréalis, ou conditionnel passé est caractérisé en breton moderne par le morphème -je. Prototypiquement, il exprime que les potentiels évoqués ne sont plus ou pas du domaine du possible.


(1) Kriz e vije ar galon na ouelje.
cruel R serait le coeur ne pleurerait
'Il aurait été dur le coeur qui n'eût pleuré.' Falc'hun & Fleuriot (1978-79:7B)


Sémantique

la forme -j pour un fait avéré

On trouve cependant, tout du moins en trégorrois et en Léon, des formes en -je après ma pour des faits du passé dont l'existence n'est pas remise en cause.


(1) A-benn ma'z aje kuit e vijed a-unan gantañ.
avant que'z irait parti R4 fut.IMP de-un avec.lui
'Avant qu'il ne partît, on était d'accord avec lui.' Trégorrois, Gros (1984:189)


En (2), le locuteur explique la façon dont fonctionnait la punition du symbole à l'école monolingue. C'est un conditionnel passé sans irréalisation du prédicat, ce qui explique la reprise en oas, à l'imparfait.


(2) Ma vijes o c'hoari kanetennoù [...], oas ket gouest da jom eken pesogwir e rankes klask eun all.
si4 serais à4 jouer canettes étais pas capable de1 rester même car R4 dois chercher un autre
'Si on était en train de jouer, on ne pouvait même pas rester parce qu'on devait en chercher un autre.'
Léon (Plougerneau), Elegoet (1975:9)

la forme -j pour un habituatif

Le conditionnel irréalis peut être utilisé pour exprimer l'aspect habituel d'une action.


 Gros (1970:31):
 "Le trégorrois parlé exprime encore l'idée d'habitude, quel que soit le verbe, en employant le futur au lieu du présent, et le conditionnel au lieu de l'imparfait."
 
 Hennez pa vo mezo na dostäo ket amañ .
 'Celui-la, quand il est saoul ne s'approche pas d'ici (et cela, de façon habituelle, chaque fois qu'il est saoul).'
 
 Diou lonkadenn a evje...
 'Il buvait habituellement deux gorgées'...


l'irréel sans conditionnel

L'irréel du passé peut être exprimé sans recourir au paradigme du conditionnel.


infinitive passé

(1) Kar dezhi boût bet deuet!
aime à.elle être été venu
'Si elle était venue hier!' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:36)


(2) /ma kar ˌheãw be 'tomɛd ãn ˌdu:r/
Ma kar eñ beza tommet an dour…
si aime lui être chauffé le eau
'S’il avait voulu faire chauffer l’eau…' Plozévet, Goyat (2012:276)


imparfait

La forme de l'imparfait, en enchâssées, peut aussi avoir une lecture de conditionnel.


(1) Ma mije gouiet lar a oah é tond ma laket (a)han(o)h ba ma gwetur (me)mestra!
si avais su que R étiez à venir avais mis P.vous dans mon voiture quand.même
'Si j'avais su que tu venais je t'aurais pris dans ma voiture quand-même!' Haut-cornouaillais (Berrien), Lozac'h (2014:'la/lar')


C'est la morphologie de limparfait qui apparaît dans les tournures modales.


(2) 'Oa ket dav mont du-se.
était pas fallu aller côté-là
'Il n'aurait pas fallu aller là-bas.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:36)


(3) Ret 'oa deoc'h boût bet tañvaet 'nezhañ!
obligé était à.vous être été goûté P.lui
'Si vous l'aviez goûté!' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:36)


Répartition dialectale

A Guiscriff et à Scaër, selon Naoned (1952:61), la forme du conditionnel passé est rare.

Se reporter à l'article sur le conditionnel pour la documentation sur la variation des formes du conditionnel présent et passé.


Diachronie

Le paradigme de l'hypothétique [‑je- (‑che-, G ‑ese-)] dérive historiquement du plus-que-parfait du vieux breton (Falc'hun & Fleuriot 1978-79:7B).


Terminologie

Leclerc (1986:203) parle d' imparfait du subjonctif pour les forme en -je. Cette terminologie vient de l'analyse des phrases équivalentes en français.

On trouve le terme paradigme de l'hypothétique en opposition au conditionnel présent réalis, la forme potentielle. KAG (2016) traduit conditionnel hypothétique par amzer dic'hallus an doare divizout.

Kervella (1947) utilise le terme breton de doare divizout tremenet.

Bibliographie

  • Desseigne, Adrien et Pierre-Yves Kersulec. 2014. 'Remarques sur l'emploi du conditionnel passé dans des récits au passé dans un dialecte vannetais contemporain', Catherine Moreau, Jean Albrespit et Frédéric Lambert (dir.), Du Réel à l'Irréel, PUR, 125-129.