Le Goaziou (1950)

De Arbres
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  • Le Goaziou, Adolphe. 1950. 'La longue vie de deux colloques françois et breton (1626-1915) : essai de bibliographie bretonne', Le Goaziou (éd), Quimper.


Bibliographie des collocou, guide de conversation français-breton qui connait un grand succès du XVIIe au début du XXe siècle. L'auteur recense les différentes éditions des colloques et vocabulaires édités en breton de 1626 à la fin du breton pré-moderne:
  • De Ploesquellec. 1717. Nouveau Dictionnaire ou Colloque François et Breton, Très Utile Pour Ceux Qui Sont Curieux D’Apprendre L’Une ou l’Autre de ces Deux Langues, première édition (Fleuron), à Morlaix, Chez le sieur De Ploesquellec, Imp. Et Lib. Proche le pont de Bourret, De Ploesquellec, Morlaix.
  • Marion, Jean? 1791 - déb. XIX°. Le Vocabulaire Nouveau ou Dialogues Français et Bretons, Ouvrage Très utile A Ceux Qui Sont Curieux D’Apprendre L’Une ou l’Autre De Ces Deux Langues, Galles (éd.), Vannes.
  • Troude et Milin. 1857? Nouvelles Conversations en Breton et en Français – Divizou Brezhonek ha Gallek, L. Prud'homme, imprimeur-libraire, Saint-Brieuc.
  • Troude et Milin. 1862. Colloque Français et Breton ou Nouveau Vocabulaire, édition entièrement refondue sur un plan nouveau, J.B. et A. Lefournier à Brest, et J. Salaun à Quimper.


extrait

Le Goaziou (1950:23) incite dans son article à opérer une analyse grammaticale à travers les changements survenus dans les multiples éditions.

 Dans le Nouveau dictionnaire et dans ses nombreuses rééditions, presque toujours jusqu'en 1840 et souvent jusqu'en 1893, on trouve ÛR (avec un accent circonflexe sur l'U) devant un mot masculin en français et EUR devant un mot féminin. Nous pourrions citer cent exemples. Nous nous bornerons à en donner quelques-uns où les mots se suivent dans le texte.
 ÛR MILLIGUET 'un maudit', EUR MILLIGUET 'une maudite'
 ÛR MILINER 'un meunier', EUR MILINEREZ 'une meunière', ÛR MILIN 'un moulin'
 ÛR VILIEN 'un caillou', EUR MEN 'une pierre' 
 ÛR C'HEGUINER 'un cuisinier', EUR C'HEGINEREZ 'une cuisinière'
 ÛR C'HOAT 'un bois', EUR FOREST 'une forêt' 
 ÛR VERREN 'un verre', EUR SCUDEL 'une écuelle'
 
 Cette orthographe se trouve dans les rééditions de 1773, 1800, 1808, 1822, 1832, 1837, 1863 (édition XXXI qui pourtant fut revisée dans un sens puriste), 1878, 1893. Dans la 4° édition Lefournier 1838 (n° XXI) on la retrouve, mais dans l'édition suivante, en 1846 (n° XXIV) les ÛR diminuent. De même cette orthographe disparaît petit à petit, à partir de 1840, dans les éditions de Quimper. Nous aurions été tentés de voir dans ces deux façons de traduire l'article un regrettable résultat de l'influence de la langue française où l'article diffère selon le genre du mot qui suit. Mais nous nous souvenons d'avoir souvent vu la forme UR dans des ouvrages bretons du XVIII et du XIX° siècle; par exemple dans le dictionnaire de Grégoire de Rostrenen nous trouvons : « Un Dieu, une foi, un baptême : UN DOUE, EUR FEIZ, ÛR VADIZIANT ».

La liste fournie montre une perte du genre grammatical dans le système breton car, avant de parler de l'orthographe, le système des mutations est impacté. Les noms féminins bretons de la liste montrent une non-mutation typique des noms masculins: ur milliget 'une maudite', ur milinerez 'une meunière' ou même une mutation masculine ur c'heginerez 'une cuisinière'. Ces noms féminins en français comme en breton, signalés par la morphologie typiquement féminine -erez sont traités par le système des mutations comme masculins. Seuls les noms dérivés en -enn ont gardé une mutation féminine (ur vilienn 'un caillou', ur werenn 'un verre'), et ce indépendamment du fait que leur traduction soit masculine en français. Orthographiquement, le e surnuméraire pourrait venir du réflexe orthographique français de signaler le féminin par ce signe. Signaler dans la graphie d'une langue le genre de la traduction de ce mot dans une autre langue n'est pas banal, mais une telle stratégie serait congruente avec la volonté pédagogique des colloquou.

L'exemple cité de De Rostrenen (1732) correspond au phénomène que Le Goaziou pointe uniquement car le nom ur vadiziant a subi une lénition qui est la marque du féminin au singulier, et que sa traduction se trouve être masculine en français. La forme en -n n'est en tout cas pas touchée: Doue est masculin dans les deux langues et n'a pas reçu de circonflexe.