Ket : Différence entre versions

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: ''hep '''quet''' a reiz'', [[Dag.]] 144
 
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[[Willis (2013)|Willis (2013]]:255) note que la distribution de ''quet'' était alors très différente de la situation en breton moderne. ''Quet'' pouvait par exemple apparaître en initiale de phrase, ou en [[périphérie droite]]. De plus, il pouvait apparaître dans un domaine propositionnel ifférent de la négation ''ne'':
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* ''Muy '''ne''' guelaf <font color=green>[</font color=green> ez duhen '''quet''''' <font color=green>]</font color=green>.
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: 'Je ne vois pas du tout que je devrais revenir.', ''breton XVI°'',  [[G.]]:69
  
  

Version du 27 août 2014 à 10:41

L'adverbe ket est la partie postverbale prototypique de la négation bipartite ne ... ket.


(1) Ar re-man an neus gwelet ar re-ze n'o deus ket.
le ceux-ci R.3SG a vu le ceux- ne 3PL 3.a pas
'Ceux-ci ont vu, ceux-là n'ont pas vu.' Tréguier, Leclerc (1986:76)


Morphologie

variation dialectale

En vannetais et en haut-cornouaillais, la consonne initiale de ket est palatalisée.

(1) [fOta čeT ].
Faot ket.
faut pas
Il ne faut pas' Haute-Cornouaille (Lanvenegen), Evenou (1987:571)


(2) [ mǝ ʃǝ ɔ͂ ɟɥǝlǝt ]
Meus ket gwelet.
ai pas le vu
‘Je ne l'ai pas vu.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:208)


(3) [ nǝ hasǝ cǝt]
na ma c'hasit ket
ne me envoyez pas
‘Ne m'emmenez pas.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


Dans la vallée du Scorff, ket peut être réduit à [tʃ] devant voyelle.


(4) Ar paotr-se n'eo k'arru mat anezhoñ. ([netʃaru...])
le gars- ne est pas arrivé bien P.lui
'Ce gars-là, il n'est pas bien arrivé, i.e. il n'est pas bien mûr.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:12)


accentuation

L'accentuation de ket varie selon les dialectes:

Ket est accentué en Léon, il est inaccentué en breton central (Langonned) et vannetais (Saint Servais) (Plourin 1982:667).

En dialecte de Tréguier, ket compte pour l'accentuation comme faisant partie intégrante du verbe. C'est donc, dans ce système où l'avant-dernière syllabe est accentuée, la désinence verbale qui porte l'accentuation Le Dû (2012:73).


forme orthographique

La négation apparaît sous l'orthographe cet ou quet dans les textes de moyen breton. Cette orthographe perdure parfois dans des textes moins anciens.


(5) m' ha punissou, té, pé n'ellein quet er gobér.
moi te punirai toi ou ne pourrai pas le faire
'Je te punirai, toi, ou je ne le pourrai pas.' Vannetais, Guillome (1836:32)

Syntaxe

Tallerman (1997:218) note que ket précède le marqueur progressif o. Elle en conclut que la négation est une projection fonctionnelle externe à la projection maximale du groupe verbal (VP).


(4) Va breur n'emañ ket o vont a-hed an hent .
mon frère ne est pas à aller à.long le route
'Mon frère ne va pas le long de la route.' Press (1986:155)


ket ken

Ar Merser (2009:549) note qu'en haut-cornouaillais principalement, ken, 'plus', ne provoque pas la disparition de 'ket'.


(5) N'eus ket ken .
ne y.a pas plus
'Il n'y en a plus.' Ar Merser (2009:549)

Diachronie

Selon Willis (2013:253), ket est apparu dans l'intervalle entre le vieux breton (IX°-XI°) et le moyen breton (à partir de 1450).


Hemon (2000:§185) note qu'en moyen-breton, quet vient parfois renforcer une forme positive. Il donne:

da-n re á fynys quet ho fet en pechedou, M. 1396
ne gouzyent pe respontsent quet, Pm. n. 147

Willis (2013:253) considère que quet apparaît optionnellement dans les contextes de faible polarité négative. Il relève des exemples de quet dans une conditionnelle, dans des questions oui/non en matrices ou en enchâssées, et sous la portée du quantifieur universel holl:

ancouffnez... ho holl poan ho-deues quet gouzaffet... a raint, M. 3313
'Ils oublieront toute la douleur qu'ils ont supporté.'

Hemon (2000:§185) cite aussi en moyen breton et en breton pré-moderne des usages comme 'le moindre', an disterañ, après la préposition privative hep, 'sans'.

hep quet sy, Nl. n. 13
hep quet mar, Pm. n. 78, BD. 1788
hep dout quet, G. 169.
hep quet a reiz, Dag. 144
hem quet abus, NG. 340

Willis (2013:255) note que la distribution de quet était alors très différente de la situation en breton moderne. Quet pouvait par exemple apparaître en initiale de phrase, ou en périphérie droite. De plus, il pouvait apparaître dans un domaine propositionnel ifférent de la négation ne:

  • Muy ne guelaf [ ez duhen quet ].
'Je ne vois pas du tout que je devrais revenir.', breton XVI°, G.:69


Etymologie

Fleuriot (1964:283) propose une connection avec le complémenteur cet, 'bien que' du vieux breton correspondant au moyen gallois kyt. Hemon (1975:284, 2000:§185) évoque et rejette une connection avec le moyen breton quet, 'effectivement'. Willis (2013:254) confirme ne pas voir de lien entre ces deux éléments.

Willis (2013:254) propose de chercher l'étymologie de ket parmi les éléments connus par ailleurs à travers les langues pour fournir une source profuse d'éléments de négation: les minimiseurs et les indéfinis. Il est commun à travers les langues que du matériel morphologique de la négation vienne d'un nom nu servant de minimiseur. En gallois, ddim a signifié 'chose'. En français, les minimiseurs pas, goutte, mie, ont aussi évolué en parties postverbales de la négation. Un exemple d'indéfini grammaticalisé en négation est l'anglais not (< 'nothing', 'rien').

 Willis (2013:254):
 "More promising, given general pathways of grammaticalization, is an etymological connection with Welsh cadach ‘rag’ (a loan from Irish cadach ‘calico’) or with Welsh ceden ‘coarse hair, nap, shag, cotton’ (cognate with Irish catán ‘nap of shagged cloth’). While the bare-root formation cet is not found independently in Breton, it is found as part of a compound noun in Old Breton guelcet ‘festival clothing’ (< guel ‘festival’ + cet ‘clothing’) and possibly in Old Welsh bronnced ‘breast veil’ (< bronn ‘breast’ + ced ‘clothing’), although the latter is itself dubious, cf. Falileyev (2000:19). In this case, quet would have developed from use as a minimizer (‘he didn’t eat a scrap’ > ‘he didn’t eat at all’). This can be compared to the development of English scrap, which has also grammaticalized as a weak negative polarity item (including as a quantifier e.g. The police didn’t have a scrap of evidence but not *The police had a scrap of evidence). Although this may be a promising line of inquiry, the connection between these items and Middle Breton quet is not phonologically straightforward, and more research is needed to evaluate this hypothesis."


usages nominaux de ket

L'hypothèse que l'origine de ket est à chercher dans un indéfini serait à mettre en lien avec le nom négatif ket, 'rien' relevé en vannetais moderne chez Herrieu. Favereau (1997:§490) mentionne avoir trouvé trace d'un usage nominal dans un manuscrit de la grammaire de Fave datant de 1997.


(1) Rac'h an traoù-se e'it ket.
tout le choses- pour rien
'Tout ça pour rien.' Vannetais, Herrieu (1994:45)


(2) ... un nebeud tud yaouank ag an daou du, lazhet e'it ket.
... un peu gens jeune de le deux côté tué pour rien
'... quelques jeunes gens des deux côtés, tués pour rien.' Vannetais, Herrieu (1994:85)

Bibliographie

  • Fleuriot, L. 1964b. Dictionnaire des gloses en vieux-breton (DGVB.), édition 1964 Klincksieck, Paris; édition 1985: Claude Evans & Léon, Toronto, p.104.
  • Hemon, R. 2000. 'Ar ger quet;ket ', Yezhadur istorel ar Brezhoneg/Dictionnaire historique du breton, Hor Yezh. [éd. 1958 - 1978, Preder, La Baule], §185.
  • Willis, David. 2013. 'Negation in the history of the Brythonic Celtic languages', David Willis, Christopher Lucas & Anne Breitbarth (éds.), The History of Negation in the Languages of Europe and the Mediterranean, 239-298.