Ken, ker, kel

De Arbres
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Ken a des sens différents, 'seulement', 'jusqu'à', 'plus', selon son emploi grammatical.


(1) N'em eus ket gouiet ken 'peus telefonet.
Ne R.1SG a pas su jusqu.à 2.a téléphoné
'Je l'ai ignoré jusqu'à ce que tu téléphones.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:73)


(2) Met peus ken soñjal peseurt gwisket e oamp ivez en amzer gwechall...
mais as seulement penser quelle.sorte habillé R étions aussi en.le temps jadis
'Mais tu n'as qu'à penser comment nous étions habillés autrefois, aussi.'
Douarneniste (Tréboul), Troadec, Hor Yezh (1983:72)


(3) Eur mell gaou ne oa ken.
un grand mensonge ne était seulement
'Ce n'était qu'un gros mensonge.' Léonard, (Cléder) Seite (1998:37)


(4) N'heller ken treiñ ar seurt traoù-mañ e galleg.
ne peut.IMP plus traduire le sorte choses-ici en français
'On ne peut plus traduire ces choses en français.'
Trégorrois, Berthou (1985:76)


Morphologie

ken / ker / kel

Comme dans le système phonologique des articles, la consonne finale de ken peut varier selon la consonne initiale du mot qui suit.


variation dialectale

L'Académie bretonne (1922:150) considère que l'alternance n, l, r n'est pas faite en trégorrois mais est obligatoire en Léon.

Ken peut aussi se trouver sous la forme ker ou kel en vannetais.


(1) un tachad kel lous ha ken diharak. / ker blot
un lieu si sale et si affreux si boueux/mou
'un lieu si affreux et si sale./ si boueux' Vannetais, Herrieu (1994:213,216)


(2) (...) ‘vehe ket bet ker pell genin, an traoù-sen.
'serait pas été tant long avec.moi le choses-ci
'Je n'aurai pas eu (cet egzéma) pendant aussi longtemps.' Haut-vannetais, Louis (2015:144)


(3) Ne vez ket gwall lies ker yen e Breizh.,

'Il ne fait pas souvent aussi froid en Bretagne.', Vannetais, Herrieu (1994:235)


(4) Ker mezv eo an eil ofiserion èl o zud.

'Les sous-officiers sont aussi saouls que leurs hommes.', Vannetais, Herrieu (1994:229)


(5) Ker klous é d'emb monnet kuit.
tant autant est à'nous aller parti
'Autant vaut que nous nous en allions.' Vannetais, Le Bayon (1878:59)


Seule la Cornouaille proche du Léon montre cette alternance.


(7) Hag eñ, ker buan, mont ha sankañ e gontell...
et lui si vite aller ha planter son1 couteau
'Et lui, aussi vite, de planter son couteau.'
Standard (Dirinon), Kervella (1995:§276)


(8) Ken buan vé bet maro haoñ.
si vite serait été mort il
'Aussi vite, il serait mort. (à peu de chose près)' Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)

hypothèse

L'Académie bretonne (1922:150) considère que l'usage le plus ancien est à forme unique ken, et que l'alternance vocalique s'est développée en contagion avec l'article an, al, ar. Cette hypothèse est étonnante étant donné que l'alternance est relevée dans les deux dialectes les plus conservateurs et les plus éloignés l'un de l'autre: le léonard et le vannetais. Elle est cependant concordante avec les relevés du possessif hon, hol, hor et du proclitique objet hen, hel, her.

accentuation

Ken forme un groupe accentuel avec le mot qui le suit. C'est visible en KLT où l'accent de mot, régulier sur la pénultième, tombe sur ken suivi d'un monosyllabique (Goyat 2012:195).


(2) ['ken dus]
ken dous
'aussi doux' Plozévet, Goyat (2012:127)

Adverbe 'jusqu'à'

ken na...

(1) N'oa ket droed da douch ken na vehe-heñv marv.
Ne était pas droit de toucher jusqu.à que serait-lui mort
'Il n'avait pas le droit de toucher avant qu'il ne meure.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:71)


ken da X...

(2) ken d'eomp [SC _ dont en-dro ].
jusqu.à de.nous venir de.retour
'Jusqu'à ce que nous revenions.’ Standard, Académie bretonne (1922:153)

Adverbe comparatif, 'autant'

Ken est aussi un adverbe comparatif de quantité. Il s'utilise dans les constructions comparatives.

Le second terme de la comparaison ne peut pas être introduit par eget (ken du hag huzil, 'aussi noir que la suie', mais pas * ken du eget huzil, Gourmelon 2014:27).


ken ... ha...

(1) ken aliez ha bemdez
souvent que chaque.jour
'aussi souvent que chaque jour.' Le Berre & Le Dû (1999:26)


(2) Gwelet a ran ez out ken yac'h ha biskoazh.
voir R fais R es tant sain que jamais
'Je vois que tu es en meilleure santé que jamais.' Standard, Menard & Kadored (2001:§'biskoazh')


(3) Ar pesked zo deuet da veza ken ker hag ar hig.
le poissons est venu pour1 être aussi cher que le5 viande
'Le poisson est maintenant aussi cher que la viande.'
Plozévet, Goyat (2012:196)


La particule ha(g) n'apparaît pas dans ken... se, ken ... all (Kervella (1947:§563). En (4), Gourmelon (2014:27) précise que l'accentuation tombe sur bras, 'grand'.


(4) un iliz ken bras (* ha) ze
un église tant grand ça
'une église si grande' Gourmelon (2014:27)


La particule ha(g) n'apparaît pas non plus si le terme de comparaison est réalisé par une proposition tensée.


(5) ur wezenn [...] ken bras { ma/ken e/ * hag e } vezer bamet o sellet outi.
un1 arbre tant grand que / tant R4 /ha(g) R4 est.IMP stupéfait à regarder à.elle
'un arbre [...] si grand qu'on est stupéfait à sa vue' Gourmelon (2014:28)

ken ... evel...

(2) [ jεm ja kεn li:jεs εldɔχ ]
'ya ken lies èldoc'h.
lui va aussi/autant souvent comme.vous
'Il y va aussi souvent que vous.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:16)


(3) Ken tomm èl ma oa 'vit e vro, setu heñv yenaet da vat.
si chaud comme que était pour son pays voici lui (re)froidi pour1 bon
'Lui qui était si ardent pour son pays, le voilà refroidi pour de bon.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:11)


ken ... ne, ken ... na

On trouve parfois un ne explétif après ken.


(4) E taoler houarnaj ken nend eo ur spont.
R jette.IMP fer.N tant ne est un effroi
'On jette du fer que c'en est effrayant.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:14)


(5) N'on ket bet d'ar skol ken na oan nav vlez.
ne suis pas été à le école tant ne étais neuf2 an
'Je ne suis pas allé à l'école jusqu'à ce que j'aie neuf ans.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:39)


(6) Lous int ken na vlazont,

'Ils sont tellement sales qu'ils sentent mauvais.', Vannetais, Herrieu (1994:84)


un préfixe ?

Ken est parfois en concurrence avec des formes synthétiques du comparatif d'égalité, ce qui suggère qu'il existe sous forme de préfixe.


 Leclerc (1986:131)
 "Les adjectifs mat, 'bon', hir, 'long', bras, 'grand', ont, 
 outre la forme ordinaire, une forme spéciale pour le comparatif d'égalité:
 ken mat se dit aussi kenkouls
 ken hir = keit
 ken bras = kement
 
 ma brec'h a zo kenkouls ha da hini, 'mon bras est aussi long que le tien'
 
 Les mots kenkouls, keit et kement s'emploient aussi adverbialement 
 pour signifier 'aussi bien', 'aussi loin', 'autant'."


Les formes où ken est intégré au composé ont des formes analytiques concurrentes, au moins dans certaines variétés. Selon Goyat (2012:196), ces formes expriment "une nuance légèrement plus forte" (ken mad, ken hir, ken fall).

Autre argument en faveur d'une analyse en terme de préfixe, ken peut apparaître devant l'adjectif lorsque celui-ci est déplacé. L'adverbe de quantité ken peut modifier des adjectifs de quantité comme en (4). Tout le groupe adjectival peut alors apparaître devant le nom (les adjectifs de quantité et de mesure sont prénominaux).


(4) Biskoazh n'he doa Naig gwelet ken bras bag.
jamais ne 3SGF avait Naig vu autant grand bateau
'Naig n'avait jamais vu d'aussi grand bateau.'
Bijer (2007:392), cité dans Rezac (2009)

Complémenteur superlatif, 'tellement que'

Ken peut aussi être la tête d'une enchâssée superlative de quantité.


(1) Hennez zo tost ken ne rofe ket u evit u.
celui.ci R est avare tellement.que ne donnerait pas oeuf pour oeuf
litt. 'Il est si pingre qu'il ne donnerait pas oeuf pour oeuf.' > 'Il est avare.'
Le Berre & Le Dû (1999:55)


(2) Bet neus bet ur begad, ken n'eo ket 'wid respont.
eu a eu un "becquée" tant (que) ne est pas P répondre
'Il a eu son compte, tellement qu'il ne peut pas répondre, qu'il en reste muet.'
Plourin (2000:34)


Le terme de la comparaison peut n'être pas réalisé phonologiquement.


(3) Nag a sac'hadoù poultr a zo reket evit ober un toull ker bras!
que de sacs poudre R est pour faire un trou si grand
'Que de poudre il a fallu pour faire un trou si grand!' Vannetais, Herrieu (1994:147)


ken ... ken ...

(4) Aze e-traoñ ar prad ez eus eun naer hag a zo ken koz ken ez eus savet blev warni.
en-bas le prairie R y.a un serpent C R est tellement vieux C R est poussé cheveux.(coll) sur.elle
'Là au bas de la prairie il y a une couleuvre qui est tellement vieille que les poils lui ont poussé dessus.'
Trégorrois, Gros (1984:20)


(5) Ur predeg ken hir ken ne oa fin 'bet dezhoñ.
un sermon si long que ne était fin aucun à.lui
'Un sermon si long qu'il n'en finissait pas.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:77)


reduplication autour de ken (nec'het ken ez on)

Les relatives en ken peuvent redoubler le prédicat qu'elles modifient.


(1) Me 'vad, emon-me, a zo nehet ken ez on nehet.
moi cependant dis-moi R est inquiet autant R suis inquiet
'Moi, dis-je, je suis inquiet, je suis vraiment inquiet!' trégorrois, Gros (1984:63)


La négation y apparaît parfois explétive, sans import sémantique.


(2) Tomm eo din, ken n’eo tomm!
chaud est à.moi, autant ne est chaud
'J'ai un de ces coups de chaud!' Standard, Drezen (1990 :12)


Le second prédicat, qui est redupliqué après ken, peut n'être pas prononcé.


(3) Ar bugel-ze a labour ken e ra _[ø]_.
art enfant- R travaille autant R fait
'Cet enfant travaille énormément.' Trégorrois, Gros (1984:50)


(4) Teadadoù etreze ken e oa _[ø]_.
coups.de.langues entre.eux autant R était
'Des coups de langue, entre eux, un max!' Le Scorff, Ar Borgn (2011:10)


(5) Ma sac’h, pounner ken a oa _[ø]_, e oa digempouezet ma red gantañ, ha sachet-disachet an tamm ac’hanon.
mon sac lourd autant R était R était déséquilibré mon course avec.lui et tiré--tiré le morceau P.moi
'Décidément trop lourd, mon sac déséquilibrait ma course, me tirait à hue et à dia.'
Breton standard, corrigé CAPES 2005. traduction de Hanotte, X. 2000. Derrière la colline, Belfond.

reduplication de ken (ken-ha-ken)

L'adverbe ken peut être lui-même redupliqué.


(3) Ha goude-se ar re-se ouie dont tout setu vie blag ken-ha-ken .
et après-ça le ceux-ci AUX venir tous voila était blague autant-et-autant
'Et après tous ceux-là venaient et on blaguait (parlait) tant et tant.'
Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:76)
(4) Oh en em ganna e oant ken-ha-ken.
à se battre étaient autant-et-autant
'Ils se battaient à qui mieux mieux.' Plozévet, Goyat (2012:204)

Adverbe négatif, 'plus'

Ken est un item de polarité négative: lorsqu'il est sous la portée de la négation, ken est un adverbe négatif. Son sens équivaut alors au français ne... plus.


(1) Al lodenn vrasañ deus an dud ne gomprenont ket ken ar pezh a ganit.
le part.ie1 grand.plus de le gens ne1 comprennent pas plus le N R1 chantez
'La plupart des gens ne comprennent plus ce que vous chantez.'
Interview Annie Ebrel 04/2009, Le Poher Hebdo


(2) Skrivet em eus-int hep ken soñj nemet ober plijadur...
écrit R.1SG a-eux sans plus pensée seulement faire plaisir
'Je les ai écrits sans autre but que faire plaisir...' Vannetais, ar Meliner (2009:11)


ken met

(1) Eno a zo kokouz penegwir ne vez ken med kargañ ar voz d'ober.
y R y.a coques C ne est ken mais charger le poignée à faire
'Là, il y a des coques, puisqu'il n'y a qu'à charger (ramasser) avec les mains jointes (à pleines mains).'
Trégorrois, Gros (1984:13)


(2) [ wɛ tʃømɛtõ hagə wɛ brøtɔnã ]
(ne) 'oa kemetoñ hag a oa bretonnant. Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:34)
(ne) était seulement.moi C R était bretonnant
'Il n'y avait que moi qui parlais breton.'


ken nemet

(1) Ne ra ken nemet ober goap.
ne fait ken seulement faire moquerie
'Il ne fait que se moquer.' Kervella (1995:§234.III.)


(2) Ar bugel-se ne ra ken tra nemet gouelañ.
le enfant- ne fait ken chose seulement pleurer an Here (1995nemet')
'Cet enfant ne fait plus que pleurer.'


(3) A-drek ar strolladoù n'eus ken nemet sioulder.
après le groupes ne y.a ken seulement tranquill.ité
'Il ne reste que la tranquillité après (le départ de) les groupes.'
Trégorrois, Berthou (1985:78)


ebet ken vs. ebet mui

(2) hep dibri frouezen ebet ken ar rest eus e vue.
sans manger fruit.SG aucun plus le reste de son vie
'... sans manger de fruits (pour) le reste de sa vie.' Léon, Perrot (1912:845)


Goyat (2012:241) note qu'à Plozevet, la forme ebet mui est plus répandue que la forme ebet ken, rare.

ne... ken

(3) Ar c'horz ne badont ken ur bloazh.
le tiges ne durent que un an
'Les tiges ne durent pas un an'. Locronan, A-M. Louboutin (09/2015a)

mot négatif ?

En (x), l'adverbe ken peut apparaître sans être sous la portée de la négation. Son sens est cependant négatif.


(x) Ken arrebeuri nemet eun daol grenn [...]
ken meuble seulement un1 table1 ronde
'En fait d'ameublement, rien sinon une table ronde [...]' Kerrien (2000:9)

particule de focalisation, (nemet)ken, 'seulement'

Ken est aussi une particule de focalisation qui apparaît sous la négation (type nemet, fr. 'seulement', ang. only ou le composé nemetken).


(8) Blam ni ' ouiem kin brezoneg.
car nous (ne) savions seulement breton
'Parce qu'on ne connaissait que le breton.'
Cornouaillais (Saint-Yvi), German (2007:173)


Cette particule admet que le syntagme sur lequel elle importe un focus contrastif reste in-situ après elle, mais le syntagme focalisé peut aussi monter en zone focus, même au-dessus de la négation (7).


(7) [DP Eur mell gaou ] ne oa ken _ .
un grand mensonge ne était seulement (un grand mensonge)
'Ce n'était qu'un gros mensonge.' Léon, (Cléder) Seite (1998:37)


A Groix, un objet élidé peut être focalisé par ken.


(4) /fəše lake čein ar-əntãn /
as pas mis seulement sur-le feu
'Tu n'as mis que cela sur le feu?' Groix, Ternes (1970:292)

variation dialectale

En breton de la vallée du Scorff, Ar Borgn (2011:7) signale ken en contexte négatif par une graphie différente: "Kén (plus + négative) se prononce autrement que ken (aussi), d'où l'accent".


(3) N'eus ket anezhoñ kén!
ne y.a pas de.lui plus
'Il n'y a plus de lui, il est abattu, réduit à rien' Le Scorff, Ar Borgn (2011:7)

A ne pas confondre

Il existe un morphème différent, le préfixe ken- qui dénote une notion de collectif.


Terminologie

Selon Trépos (2001:§315), il s'agit d'un 'adjectif indéfini'.