Propositions infinitives

De Arbres
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Les propositions infinitives ont de multiples usages en breton.

Elles peuvent être argument d'un verbe ou d'une préposition, arguments de modaux ou même phrases matrices.


Les infinitives argument

argument d'un verbe lexical

en position sujet

Une structure infinitive peut être en position sujet:


(2) Amañ e plij d'al labourerien-douari [ PROi boueta ar c'hezeg].
ici R4 plait à1'le travailleurs-terre nourrir le chevaux
'Ici, les paysans aiment (à) nourrir les chevaux.' Trégorrois (Kaouenneg)/Standard, ar Barzhig (1976:35)


en position objet

Une structure infinitive peut être en position objet:

(2) Ha klevet hoc'h eus a-wechoù [ displegañ an taolennoù e misionoù hor bro ]?
et entendu 2PL a parfois PRO expliquer le tableaux dans missions notre pays
'Avez-vous parfois entendu expliquer les tableaux dans les missions de notre pays?'
Standard, Kervella (1933:39)


(3) Par e oan d'ar vugale a c'hortoz [ SC an erc'h da zont ]...
pareil R étais à1'le 1enfants R1 attend le neige à1 venir
'J'étais pareille aux enfants qui attendent la neige...’ Beyer (2009:6)


(4) [ wa kOmâsǝd ǝ rEzistâs nEm fòrmo ]
Oa komañset ar Rezistañs [ SC en em furmañ ].
était commencé le résistance se former
'La résistance avait commencé à se former.' Haute-Cornouaille (Lanvenegen), Evenou (1987:627)

horizons comparatifs

Les langues changent suivant quel verbe est lexicalement spécifié comme sélectionnant une proposition infinitive ou un domaine tensé comme complément. Ainsi, en cornique et en moyen breton, le verbe 'croire' sélectionnait une infinitive. En breton moderne, ce même verbe peut sélectionner un domaine tensé.


(1) my a grys bos Tom ow palas y'n lowarth. cornique
Me a gred bout Tom o palad el luorz. moyen breton
Me a gred ema Tom o palad el liorz. breton
moi R crois est/être Tom à bêcher dans.le jardin
'Je crois que Tom est en train de bêcher dans le courtil.' cité par Trépos (2001:§363)


argument d'une préposition

Une proposition infinitive peut être l'argument objet d'une préposition ou particule aspectuelle.


(1) Ar hrampouez tano-ze a yee d'an traoñ evel [SC PRO i skei mein en eur puñs ]
le crêpe mince- R allait à'le bas comme sujet jeter pierre dans un puits
'Ces crêpes minces-là descendaient (dans l'estomac) comme des pierres qu'oni jette dans un puits.'
Trégorrois, Gros (1984:20)


(2) Ne vin ket me mui amañ é [SC kennig dour deoc'h ].
ne1 serai pas moi plus ici à4 proposer eau à.vous
'Moi, je ne serai plus là à vous offrir de l'eau.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:107)


(3) heb d'e hoar [SC gouzoud penaoz e-nevoa greet ].
sans P 'son1 sœur savoir comment R-avait fait
'Sans que sa sœur sût comment il avait fait.'
cornouaillais, Trépos (2001:§346)


(4) gant [SC dont duman ] , am gwelfet.
avec venir chez.moi R.me2 verrez
‘Vous me verrez, pourvu que vous veniez chez moi.’ Tréguier, Leclerc (1986:212)


(5) Daoust d' [ SC an hañv bezañ nevez-c'hanet ] e oa yen ar mintin-se war ar c'hae-lestrañ.
malgré de le été être nouveau1-né R était froid le matin- sur le 5quai
'Ce matin était froid sur le quai bien que l'été fût nouvellement arrivé.’ Beyer (2009:5)


argument d'un modal

Les modaux et les constructions modales introduisent des propositions infinitives différentes.


(5) ma teufe [ SC dezhañ mervel ].
si4 venait à.lui mourir
'S'il venait à mourir.' Léon, Fave (1998:135)


(6) Lavared a reer ive ne dle morse [eur horv-maro tremen diou wech dre hent Kastellin].
dire R fait.IMP aussi ne1 doit jamais le corps-mort passer 21 fois par route Chateaulin
'On dit aussi qu'il ne faut jamais que le corps d'un mort passe deux fois par la route de Chateaulin.'
Léon, (Cléder) Seite (1998:8)


(7) Daoust da-ze eo red [ d' eur bloavezh tremen ].
malgré de-ça est obligé à1 un année passer
'Malgré cela, il faut attendre qu'une année passe.'
Léon, (Cléder) Seite (1998:54)

Petites propositions en apposition

(1) Eur paotrig [SC dezañ bleo melen]
un gars.DIM à.lui chevelure jaune
'Un garçon blond.' Léon, Fave (1998:60)


(2) Eur boked [SC dezañ c'hwez vad]
un bouquet à.lui odeur 1bonne
'Un bouquet qui sent bon.' Léon, Fave (1998:60)


Les matrices infinitives

Dans les propositions infinitives indépendantes, le temps verbal est un temps anaphorique, calculé comme directement consécutif au dernier temps morphologiquement réalisé.


Ces phrases principales infinitives sont parfois en ha... da ou parfois en ha... ha.


(1) Hag hi ha mont.
et elle de/et aller
'Et elle s'en alla.' Léon, Fave (1998:136)


Visant Fave, locuteur du breton de Cleder, préfère la forme en ha... ha, et trouve l'autre trop semblable au français et lui de... ( Fave 1998:136). On trouve cependant les deux formes en alternance chez des locuteurs natifs comme la vannetaise Ar Meliner.


(2) Ha hi da wiskiñ he dilhad kaer.
et elle de1 vêtir son2 habits beau
'Elle revêt ses beaux habits.',
Vannetais, Ar Meliner (2009:106)


(3) Ha Marivonn ha lakaat daou vlank e dorn ar baourez.
et Maryvonne de/et mettre 21 pièce dans main le 1pauvre.F
'Maryvonne dépose deux sous dans la main de la mendiante.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:107)


à ne pas confondre

Stephens (1990:154) donne comme infinitive indépendante la phrase en (1), où da yann da welout est un évidentiel qui permet à la locutrice de préciser que la source de l'affirmation vient précisément de Yann et non d'elle-même.


(1) Da Yann da welout e oant holl aze.
pour1 Yann de1 voir [CP R4 étaient tous ]
'Autant que Yann puisse voir, ils étaient tous là.' Trégorrois, Stephens (1990:154)


Il aurait pu s'agir effectivement d'une indépendante réalisée sans morphologie temporelle si la traduction avait été 'C'est à Yann de voir qu'ils sont tous présents.', avec alors une élision de la copule eo comme en (2).


(2) Da Yann da welout e oant holl aze.
pour1 Yann (est) de1 [CP voir R4 étaient tous ]
'C'est à Yann de voir qu'ils sont tous présents.'


Cependant, dans les vraies infinitives indépendantes, il ne s'agit pas d'ellipse de la copule mais bien de verbes infinitifs qui sont interprétés comme des verbes tensés.


La négation dans les infinitives

pas de négation discontinue

En breton parlé moderne, les propositions infinitives ne sont pas grammaticales avec les morphèmes de négation discontinue des phrases tensées ne ... ket.


locutions

La langue classique utilise des tournures utilisant la préposition hep, 'sans', ou des verbes contenant une négation sémantique comme mirout a ('empêcher' = 'faire que ne pas'...).


(2) evit chom hep gortoz re Kerrain (2001)
pour rester sans attendre trop
'Pour ne pas attendre trop longtemps.'


 Ernault (1892b:150):
 "M. l'abbé Hingant enseigne dans sa Grammaire (trécoroise), p. 202, qu'il faut se servir de tremen hép (ober), ou lézel hép (ober), litt. 'se passer, omettre de (faire)'. On peut ajouter diwal d'(ober) 'se garder de', chom hep (ober)' 'rester sans faire'."
 Chalm (2008:E6):
 "On utilise des tournures comme tremen hep [litt. 'passer sans'], 'se passer de'; mirout a, se garder de; chom hep [litt. 'rester sans']: 
 Chom hep mont da welet ar medisin, 
 'Ne pas aller voir le médecin'
 Tremen hep debriñ
 'Ne pas manger', 'se passer de manger'
 Mirout a c'hoarzhiñ
 'Ne pas rire.'"

pas, nompas

Des morphèmes de négation sont depuis apparus, comme pas ou nompas, des emprunts relativement récents dans la langue.


diachronie et répartition dialectale

Selon Kerrain (2001), la structure en (1) est "rare, d’un niveau très soutenu". Il semble en effet y avoir eu un stade ancien de la langue où ne ket était licite en infinitives (Leroux 1957:383).


(1) na zebriñ ket Kerrain (2001)
ne1 manger pas
'ne pas manger'


De Rostrenen (1732:'ne') donne ne garet qet 'n'aimer pas' comme restreint au vannetais. Il donne pour le même dialecte na gahout quet, n'en devout qet, etc., 'ne pas avoir'.

Ernault et leroux en relèvent des exemples rares en Cornouaille et en trégorrois. Comme en propositions tensées, l'un ou l'autre de ne et ket peut apparaître dans ces environnements.

 Ernault (1892b:150):
 "J'ai entendu encore, en ce dialecte [trégorrois], par exemple red e beañ pe  veañ 'il faut être ou ne pas être' (c'est-à-dire être l'un ou l'autre, chair ou poisson); ma karjes beañ ket laret ze 'si tu avais voulu ne pas dire cela'."
 Leroux (1957:383):
 "... il ne semble pas que même en vannetais cette construction ait été très employée. [...]
 Ne quet ne peut non plus se placer devant l'infinitif [...] Le Confessionnal (dont l'auteur est de Cornouaille) a bien ne crediff quet 'ne pas croire', 20v.; mais cette construction est rare [...]"

Diachronie

paradigme proclitique objet sur les sujets des infinitives en moyen breton

En moyen breton, les sujets des propositions infinitives pouvaient apparaître avec le même paradigme que les pronoms proclitiques objets (voir Le Roux 1957 et, pour un relevé d'exemples, Botrel 1989).


  • Ha te na goar ez lauarer e uezaff eff Doe an croeer.
'Et tu ne sais pas qu'on dit qu'il est Dieu le créateur', Breton 1557, B.:804, cité dans Botrel (1989:12)


Terminologie

Le terme breton pour 'proposition infinitive' est lavarenn anv-verb ou lavarenn dizispleg, et pour 'proposition subordonnée infinitive' est islavarenn anv-verb (Kervella 1947:§703).

Bibliographie

  • Botrel, Alan. 1985. La Subordonnée infinitive à sujet distinct en moyen-breton, thèse de doctorat, Rennes.
  • Botrel, A. 1989. 'An islavarenn anv-verb e krennvrezhoneg', Klask 1, Roazhon 2, 11-16.
  • Jouitteau, M. 2012.b, 'Phi-feature agreement : the distribution of the Breton bare and prepositional infinitives with the preposition da', Frota, Gonçalves, Moia & Sabtos (éds.), Journal of Portuguese Linguistics 11 :1, 99-119. pdf sur lingbuzz /001483.
  • Stephens, J. 1990. ‘Non-finite Clauses in Breton’, Celtic Linguistics: Readings in the Brythonic Languages, Ball, Fife, Poppe, Rowland, Celtic Linguistics: Readings in the Brythonic Languages Festschrift for T. Arwyn Watkins, Current Issues in Linguistic Theory 68, Benjamins, 151-166.
  • Tallerman, M. 1997. ‘Infinitival clauses in Breton.’, Canadian Journal of Linguistics, Special issue: Topics in Celtic Syntax, 205-233.