Démographie, nuptialité et brassage dialectal en Basse-Bretagne : Différence entre versions

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A l'échelle d'une société, le choix du conjoint et les facteurs qui influencent ce choix ont un impact sur la variation dialectale d'une langue, car ils présentent les (au moins) deux variétés dialectales disponibles pour l'[[acquisition]] du langage par la prochaine génération. L'impact linguistique est frappant dans le cas des pratiques de [[tutoiement et vouvoiement]] en breton.
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Dans cet article, je rassemble les sources concernant la démographie en Basse-Bretagne au tournant de la révolution démographique, du XIX° au XX°, afin d'appréhender son impact sur la diversité dialectale dans les foyers, et par là son impact sur la [[variation dialectale]]. Deux points en particulier intéressent l'étude dialectale: la migration interne et la mobilité nuptiale.
  
Dans cet article, je rassemble les sources concernant la nuptialité en Basse-Bretagne au tournant de la révolution démographique, du XIX° au XX°, afin d'appréhender son impact sur la diversité dialectale dans les foyers, et par là de la [[variation dialectale]]. Précisément, il s'agit de comprendre la diversité dialectale au sein des couples.
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Avec la baisse de la mortalité courant XIX° et une natalité très forte, la plupart des communes au XIX° montraient un excédent de population considérable donnant lieu à des départs des communes. Ces émigrants d'un dialecte breton allaient-ils, au moins en partie au contact linguistique de locuteurs d'un autre dialecte? Quel est l'impact de ces migrations sur la flexibilité dialectale? Une partie de cette migration est-elle nuptiale? Quelle était la diversité dialectale au sein des couples? La diversité dialectale des parents décide effectivement de l'input disponible pour l'[[acquisition]] du langage par la prochaine génération. Cet impact linguistique est en particulier frappant dans le cas des pratiques de [[tutoiement et vouvoiement]] en breton.
  
  
== L'endogamie comme système de brassage géographique ==
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== Augmentation du taux de natalité ==
  
La révolution démographique au tournant de l'ère industrielle implique, partout en Europe, le passage de systèmes où l'endogamie est fortement présente à des systèmes massivement exogames. La Bretagne ne fait pas exception, mais sont passage à l'exogamie est plus tardif. L'endogamie y a été assez forte, avec des records européens.  
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Alors qu'en France la natalité baisse au long du XIX° après la révolution démographique, en Bretagne, la natalité continue d'augmenter et attire l'intérêt des démographes ([[Dumont (1889)|Dumont (1889]], [[Dumont (1890)|1890]]).
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Pour le XIX°, [[Dumont (1890)]] constate dans le canton de Fouesnant un taux de nuptialité qu'il considère "parmi les plus considérables que l'on puisse observer en France", accompagné d'une augmentation de la natalité "notablement élevée pendant la décade 1873-1883, où elle se maintient, pour toutes les communes, entre 41,1 et 46,4 [naissances pour 1000 habitants]". Dumont décrit en 1890 un canton de Fouesnant très jeune, comptant seulement une personne de plus de soixante ans pour 22 habitants ([[Dumont (1890)|Dumont 1890]]444).
  
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[[Dumont (1889)]] considère qu'en 1888, le département des Côtes-du-Nord détient un des taux de natalité les plus élevés de France. Mais le département n'est pas uniforme. Plus les communes sont pauvres, comme Belle-Île-en-Terre, et plus elles ont une natalité forte. Callac "généralement considéré comme étant [le canton] le plus pauvre de tous", a une natalité record. Ceci dessine une explosion démographique différenciée, d'autant que la mortalité est "plus faible dans le canton de Callac que dans celui de Perros et même que dans une partie de celui de Paimpol".
  
=== l'éclairage des généticiens des années 50 ===
 
  
De façon détournée, les études de génétique des populations des années cinquante, qui s'appuyaient sur les documents d'archives des mariages et les consanguinités déclarées aux évêchés, peuvent nous renseigner à la marge sur les brassages inter-dialectaux induits par le mode de formation des familles.
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=== nuptialité et capital ===
  
[[Sutter & Tabah (1955)]] ont comparé les origines de conjoints des deux départements du Finistère et du Loir-et-Cher du XIX° et du début du XX° selon que les unions ont nécessité une dérogation religieuse pour des raisons de consanguinité (du premier degré aux cousins au sixième degré). Ils considèrent que la persistance de l'endogamie est caractéristique des départements bretons. Ils comptent, pour 1911, 4,5% d'unions consanguines en Finistère. Chaque guerre provoque à sa suite une petite poussée endogame, et les unions consanguines dépassent les 6% juste après la première guerre mondiale. Dans l'entre-deux guerres, elles se stabilisent autour de 2 ou 3 %, puis descendent à 2,9% en 1942 et enfin à 0,6% en 1949.  
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Les différences de natalité constatées dans les communes du Finistère et des Côtes-du-Nord tient, selon Dumont, à un frein à la nuptialité lié au capital dans les communes riches du Nord.  
  
Dans le cadre d'une recherche linguistique, ce qui nous intéresse est la corrélation géographique des pratiques nuptiales. Géographiquement donc, ces unions consanguines induisent un principe d'anti-localité. [[Sutter & Tabah (1955)]] ont en effet montré que l'endogamie est corrélée avec une aire de choix des conjoints plus grande de quelques kilomètres que dans les unions non-consanguines. Plusieurs dimensions sociologiques peuvent expliquer ces faits. Le tabou incestueux rend plus acceptable le choix d'un conjoint d'extraction familiale si celui-ci provient culturellement d'une zone différenciée. Ce type de choix est rendu possible par un mode de sociabilisation rural en famille élargie, entre "cousins à la mode de Bretagne", les familles voyagaient assez loin de chez elles pour des noces familiales, fournissant ainsi de rares occasions de sociabilisation non-religieuses pour les jeunes gens. [[Dumont (1890)|Dumont (1890]]:425) note à Fouesnant fin XIX° que les noces sont "l'occasion de repas prolongés pendant plusieurs jours. On y chante encore un peu et l'on danse au son du biniou".
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Selon [[Dumont (1889)|Dumont (1889]], [[Dumont (1890)|1890]]), le Finistère est remarquable parce que "presque tous les mariables [y] sont mariés", alors que dans le département des Côtes-du-Nord dans les cantons plus aisés, sur la côte à Paimpol, à Perros-Guirrec, et à Dinan la nuptialité chutait, entrainant la natalité globale malgré le nombre d'enfants par ménage qui restait similaire. La littérature du XIX° et du début du XX° confirme l'image d'une société au Nord de la Basse-Bretagne où l'accès au mariage n'est pas évident pour un individu qui doit prendre en ompte les ressources de son tissu familial. Des célibats tardifs voire définitifs peuvent par exemple être provoqués par un aîné qui ne se marie pas pour cause d'études ([[Ar Floc'h (1937-1938)|Ar Floc'h 1937-1938]]).  
  
[[Sutter & Tabah (1955)]] notent que l'endogamie a diminué fortement dans la première partie du XX°, mais cet évènement coïncide avec une extension de l'aire géographique de choix des conjoints encore plus forte, due à l'industrialisation, l'émigration, l'augmentation des moyens de transports, etc. [[Sutter (1958)|Sutter (1958]]:245) note en Finistère une chute significative du pourcentage de mariés domiciliés dans la même commune entre 1911-1912 (46,2%) et 1951-1953 (29%), ainsi qu'une chute des mariages endogames. Si les brittophones se comportaient maritalement comme l'ensemble de la population finistérienne, cette période a été une période de brassage des dialectes bretons à l'intérieur des familles.
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En contraste, autour de Quimper, le "domaine congéable" permettait aux ménages de louer une ferme sans en être propriétaires - la division du patrimoine n'entravait donc pas la nuptialité. En contexte d'explosion démographique, la possibilité de bâtir impacte nécessairement la nuptialité. Une formule d'accès à la terre sans danger de division de patrimoine soutient une nuptialité exceptionnelle. Cette nuptialité maximale est particulèrement remarquable pour les hommes. En 1881, les communes de Bénodet, Clohars, La Forêt, Gouesnac'h, Pleuven, Saint-Evarzec et Fouesnant ne comptaient, de célibataires de plus de quarante ans, que 47 hommes et 70 femmes ([[Dumont (1889)|Dumont 1889]]:441).
  
  
=== augmentation du taux de natalité ===
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=== nuptialité et religion ===
  
Alors qu'en france au XIX° la natalité baisse après la révolution démographique, en Bretagne, la natalité augmente.
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[[Dumont (1889)|Dumont (1889]], [[Dumont (1890)|1890]]) considère que l'église a un impact négatif sur la nuptialité. Son emprise participe au contraste entre les communes du Nord Trégor et de Cornouaille.  
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Pour le XIX°, [[Dumont (1890)]] constate dans le canton de Fouesnant un taux de nuptialité qu'il considère "parmi les plus considérables que l'on puisse observer en France", accompagné d'une augmentation de la natalité "notablement élevée pendant la décade 1873-1883, où elle se maintient, pour toutes les communes, entre 41,1 et 46,4 [naissances pour 1000 habitants]".
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[[Dumont (1889)]] considère qu'en 1888, le département des Côtes-du-Nord détient un des taux de natalité les plus élevés de France. Mais le département n'est pas uniforme. Plus les communes sont pauvres, comme Belle-Île-en-Terre, et plus elles ont une natalité forte. Callac "généralement considéré comme étant [le canton] le plus pauvre de tous", a une natalité record. Ceci dessine une explosion démographique différenciée, d'autant que la mortalité est "plus faible dans le canton de Callac que dans celui de Perros et même que dans une partie de celui de Paimpol".
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[[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:277) considère que les hommes du canton de Paimpol sont peu croyants mais que par les femmes "pour qui le prêtre est un dieu, la religion a conservé une influence considérable sur les moeurs. Elle tend à leur faire regarder l'amour comme une embûche du démon, l'état de mariage comme très inférieur à celui de virginité".
  
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Dans le canton de Fouesnant, [[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:425) considère que l'empressement des fidèles à sortir de l'église le dimanche et l'abandon des tombes dans le cimetière sont des indices que les cornouaillais "restent pliés aux pratiques religieuses avec plus de régularité que de zèle."
  
=== nuptialité, capital et religion ===
 
  
La différence de natalité entre les communes du Finistère et des Côtes-du-Nord tient, selon Dumont, à un frein à la nuptialité lié au capital.
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=== explosion démographique différenciée ===
  
Selon [[Dumont (1889)|Dumont (1889]], [[Dumont (1890)|1890]]), le Finistère est remarquable parce que "presque tous les mariables [y] sont mariés", ce qu'il contraste avec le département des Côtes-du-Nord dans les cantons plus aisés, sur la côte à Paimpol, à Perros-Guirrec, et à Dinan où la natalité chutait à la suite de la nuptialité, le nombre d'enfants par ménage restant similaire. La littérature du XIX° et du début du XX° confirme l'image d'une société au Nord de la Basse-Bretagne où l'accès au mariage n'est pas un droit individuel indépendant du tissu familial. Des célibats tardifs voire définitifs peuvent par exemple être provoqués par un aîné qui ne se marie pas pour cause d'études ([[Ar Floc'h (1937-1938)|Ar Floc'h 1937-1938]]).  
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Les travaux de Dumont mettent en évidence une explosion démographique différenciée entre les cantons brittophones. Selon les généralisations qu'il dégage à partir des cantons de Paimpol, Perros-Guirrec, Fouesnant et Callac, les communes pauvres, montrant une faible emprise de l'église, et avec des accès aisés au bâti pour les pauvres ont du voir leur population exploser dans la seconde partie du XIX°, ce qui a créé une forte source d'émigration. En terme linguistiques, ces zones étaient exportatrices de locuteurs.  
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Autour de Quimper comme à Fouesnant, le "domaine congéable" permettait aux ménages de louer une ferme sans en être propriétaires - la division du patrimoine n'entravait donc pas la nuptialité. En contexte d'explosion démographique, la possibilité de bâtir impacte aussi nécessairement la nuptialité.
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== Immigration intérieure? ==
  
[[Dumont (1889)|Dumont (1889]], [[Dumont (1890)|1890]]) dessine aussi un contraste entre les communes et celles du centre et de Cornouaille où les églises sont fréquentées sans y avoir un poids important, comparé à l'influence que l'église a sur les femmes au Nord. [[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:277) considère que les hommes y sont peu croyants mais que par les femmes "pour qui le prêtre est un dieu, la religion a conservé une influence considérable sur les moeurs. Elle tend à leur faire regarder l'amour comme une embûche du démon, l'état de mariage comme très inférieur à celui de virginité".
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L'étude des recensements montre des soldes migratoires positifs ou négatifs sur les communes, et dessine des mouvements de population. Par exemple à Ploubazlanec, en situation semi-isolée de presqu'île, de 1831 à 1851, l'excédent de la natalité sur la mortalité est chaque année de 8,6 pour 1 000 habitants, mais l'augmentation de population a été de 293 habitants seulement. La moitié environ de l'excédent de la natalité a émigré au dehors, et l'émigration a dépassé de 276 le nombre inconnu des immigrants ([[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:291). On ne sait pas si ces mouvements étaient liés aux mariages, ni si les destinations ou provenances de ces mouvements, mais des corrélations émergent.  
  
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Les villes comme Paimpol, qui ont une natalité faible tout le long du XIX° croissent cependant en habitants. C'est principalement dû à une attraction sur les populations rurales proches.
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Cette émigration rurale est probablement accompagnée par un mouvement vers les côtes. [[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:286) note par exemple que dans les communes pauvres mais maritimes du département des Côtes-du-Nord, comme Kerity, Plouezec, Trélevern ou Trévou-Tréguignec, les recensements du début du XIX° révèlent un solde migratoire positif. Les communes agricoles proches de Yvias, Plounez ou Plourivo ont en effet exporté leur surplus démographique de 1800 à 1831. Dumont attribue ce mouvement à "l'attrait que la vie maritime exerce sur les populations pauvres de l'intérieur", sans préciser la nature de cet attrait.
  
=== explosion démographique différenciée ===
 
  
L'explosion démographique différenciée peut déséquilibrer les prospections de conjoints.
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== Accroissement des fratries et endogamie ==
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Selon l'hypothèse développée par Sutter et Tabah, l'augmentation des fratries a une influence directe sur l'endogamie car elle fait apparaître pour chaque individu nombre de cousins jusqu'au sixième degré. Or, le tabou d'inceste fait que dans ces mariages endogame, la distance de commune d'origine entre conjoints sera plus grande. Dans cette hypothèse, l'augmentation des fratries constatée fin XIX° en Centre Bretagne et en Basse Cornouaille met en ménage des conjoints dialectalement plus différents.
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Selon l'hypothèse développée par [[Sutter & Tabah (1955)]], l'augmentation des fratries a une influence directe sur l'endogamie car elle fait apparaître pour chaque individu nombre de cousins jusqu'au sixième degré. La révolution démographique au tournant de l'ère industrielle implique, partout en Europe, le passage de systèmes où l'endogamie est fortement présente à des systèmes massivement exogames. La Bretagne ne fera pas exception, mais son passage à l'exogamie est nettement plus tardif. Fin XIX° et début XX°, l'endogamie y a été assez forte, avec des records européens.
  
=== immigration intérieure? ===
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Cela intéresse l'étude des migrations internes car dans les mariages endogames, la distance de commune d'origine entre conjoints est plus grande. Dans cette hypothèse, l'augmentation des fratries constatée fin XIX° en Centre Bretagne et en Basse Cornouaille met en ménage des conjoints dialectalement plus différents.
  
L'étude des soldes migratoires sur les communes dessine des mouvements de population intérieurs. Ces mouvements peuvent, ou pas, être liés aux mariages.
 
  
Les villes comme Paimpol, qui ont une natalité faible tout le long du XIX° croissent cependant en habitants. C'est principalement dû à une attraction sur les populations rurales proches.
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=== l'éclairage des généticiens des années 50 ===
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De façon détournée, les études de génétique des populations des années cinquante, qui s'appuyaient sur les documents d'archives des mariages et les consanguinités déclarées aux évêchés, peuvent nous renseigner à la marge sur les brassages inter-dialectaux induits par le mode de formation des familles.
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[[Sutter & Tabah (1955)]] ont comparé les origines de conjoints des deux départements du Finistère et du Loir-et-Cher du XIX° et du début du XX° selon que les unions ont nécessité une dérogation religieuse pour des raisons de consanguinité (unions entre parents du premier degré jusqu'aux cousins au sixième degré). Sutter et Tabah considèrent que la persistance de l'endogamie est caractéristique des départements bretons. Ils comptent, pour 1911, 4,5% d'unions consanguines en Finistère. De plus, chaque guerre provoque à sa suite une petite poussée endogame, et les unions consanguines dépassent les 6% juste après la première guerre mondiale. Dans l'entre-deux guerres, elles se stabilisent autour de 2 ou 3 %, puis descendent à 2,9% en 1942 et enfin à 0,6% en 1949.
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Dans le cadre d'une recherche linguistique, ce qui nous intéresse est la corrélation géographique et donc dialectale des pratiques nuptiales. Or, les unions consanguines induisent un principe d'anti-localité. [[Sutter & Tabah (1955)]] ont en effet montré que l'endogamie est corrélée avec une aire de choix des conjoints plus grande de quelques kilomètres que dans les unions non-consanguines. Plusieurs dimensions sociologiques peuvent expliquer ces faits. Le tabou incestueux rend plus acceptable le choix d'un conjoint d'extraction familiale si celui-ci provient culturellement d'une zone différenciée. La nécessité de partir d'un lieu saturé démographiquement pousse aussi à chercher des candidats plus loin géographiquement. Ce type de choix est rendu possible par un mode de sociabilisation rural en famille élargie, entre "cousins à la mode de Bretagne", où les familles voyagaient assez loin de chez elles pour des noces familiales durant plusieurs jours, ce qui constituait les rares occasions de sociabilisation non-religieuses pour les jeunes gens. [[Dumont (1890)|Dumont (1890]]:425) note ainsi à Fouesnant fin XIX° que les noces sont "l'occasion de repas prolongés pendant plusieurs jours. On y chante encore un peu et l'on danse au son du biniou".
 
   
 
   
Cette émigration rurale est probablement accompagnée par un mouvement vers les côtes. [[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:286) note par exemple que dans les communes pauvres mais maritimes du département des Côtes-du-Nord, comme Kerity, Plouezec, Trélevern ou Trévou-Tréguignec, les recensements du début du XIX° révèlent un solde migratoire positif. Il l'attribue à "l'attrait que la vie maritime exerce sur les populations pauvres de l'intérieur". Les communes agricoles de Yvias, Plounez ou Plourivo ont en effet exporté leur surplus démographique de 1800 à 1831.  
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L'endogamie a diminué fortement dans la première partie du XX°. [[Sutter (1958)|Sutter (1958]]:245) note en Finistère une chute significative du pourcentage de mariés domiciliés dans la même commune entre 1911-1912 (46,2%) et 1951-1953 (29%), ainsi qu'une chute des mariages endogames. La fin de la période endogame coïncide avec une extension de l'aire géographique de choix des conjoints plus forte, due à l'industrialisation, l'immigration et l'émigration, l'augmentation des moyens de transports, etc.
  
A Ploubazlanec, en situation semi-isolée de presqu'île, de 1831 à 1851, l'excédent de la natalité sur la mortalité est chaque année de 8,6 pour 1 000 habitants, mais l'augmentation de population a été de 293 habitants seulement. La moitié environ de l'excédent de la natalité a émigré au dehors, et l'émigration a dépassé de 276 le nombre inconnu des immigrants (
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Sous l'hypothèse raisonnable que les brittophones se comportaient maritalement comme l'ensemble de la population finistérienne, cette période a été une période de brassage des dialectes bretons à l'intérieur des familles, dans un contexte d'installation massive du [[bilinguisme]] français.
[[Dumont (1889)|Dumont (1889]]:291).
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Version du 20 avril 2019 à 11:21

Dans cet article, je rassemble les sources concernant la démographie en Basse-Bretagne au tournant de la révolution démographique, du XIX° au XX°, afin d'appréhender son impact sur la diversité dialectale dans les foyers, et par là son impact sur la variation dialectale. Deux points en particulier intéressent l'étude dialectale: la migration interne et la mobilité nuptiale.

Avec la baisse de la mortalité courant XIX° et une natalité très forte, la plupart des communes au XIX° montraient un excédent de population considérable donnant lieu à des départs des communes. Ces émigrants d'un dialecte breton allaient-ils, au moins en partie au contact linguistique de locuteurs d'un autre dialecte? Quel est l'impact de ces migrations sur la flexibilité dialectale? Une partie de cette migration est-elle nuptiale? Quelle était la diversité dialectale au sein des couples? La diversité dialectale des parents décide effectivement de l'input disponible pour l'acquisition du langage par la prochaine génération. Cet impact linguistique est en particulier frappant dans le cas des pratiques de tutoiement et vouvoiement en breton.


Augmentation du taux de natalité

Alors qu'en France la natalité baisse au long du XIX° après la révolution démographique, en Bretagne, la natalité continue d'augmenter et attire l'intérêt des démographes (Dumont (1889, 1890).

Pour le XIX°, Dumont (1890) constate dans le canton de Fouesnant un taux de nuptialité qu'il considère "parmi les plus considérables que l'on puisse observer en France", accompagné d'une augmentation de la natalité "notablement élevée pendant la décade 1873-1883, où elle se maintient, pour toutes les communes, entre 41,1 et 46,4 [naissances pour 1000 habitants]". Dumont décrit en 1890 un canton de Fouesnant très jeune, comptant seulement une personne de plus de soixante ans pour 22 habitants (Dumont 1890444).

Dumont (1889) considère qu'en 1888, le département des Côtes-du-Nord détient un des taux de natalité les plus élevés de France. Mais le département n'est pas uniforme. Plus les communes sont pauvres, comme Belle-Île-en-Terre, et plus elles ont une natalité forte. Callac "généralement considéré comme étant [le canton] le plus pauvre de tous", a une natalité record. Ceci dessine une explosion démographique différenciée, d'autant que la mortalité est "plus faible dans le canton de Callac que dans celui de Perros et même que dans une partie de celui de Paimpol".


nuptialité et capital

Les différences de natalité constatées dans les communes du Finistère et des Côtes-du-Nord tient, selon Dumont, à un frein à la nuptialité lié au capital dans les communes riches du Nord.

Selon Dumont (1889, 1890), le Finistère est remarquable parce que "presque tous les mariables [y] sont mariés", alors que dans le département des Côtes-du-Nord dans les cantons plus aisés, sur la côte à Paimpol, à Perros-Guirrec, et à Dinan la nuptialité chutait, entrainant la natalité globale malgré le nombre d'enfants par ménage qui restait similaire. La littérature du XIX° et du début du XX° confirme l'image d'une société au Nord de la Basse-Bretagne où l'accès au mariage n'est pas évident pour un individu qui doit prendre en ompte les ressources de son tissu familial. Des célibats tardifs voire définitifs peuvent par exemple être provoqués par un aîné qui ne se marie pas pour cause d'études (Ar Floc'h 1937-1938).

En contraste, autour de Quimper, le "domaine congéable" permettait aux ménages de louer une ferme sans en être propriétaires - la division du patrimoine n'entravait donc pas la nuptialité. En contexte d'explosion démographique, la possibilité de bâtir impacte nécessairement la nuptialité. Une formule d'accès à la terre sans danger de division de patrimoine soutient une nuptialité exceptionnelle. Cette nuptialité maximale est particulèrement remarquable pour les hommes. En 1881, les communes de Bénodet, Clohars, La Forêt, Gouesnac'h, Pleuven, Saint-Evarzec et Fouesnant ne comptaient, de célibataires de plus de quarante ans, que 47 hommes et 70 femmes (Dumont 1889:441).


nuptialité et religion

Dumont (1889, 1890) considère que l'église a un impact négatif sur la nuptialité. Son emprise participe au contraste entre les communes du Nord Trégor et de Cornouaille.

Dumont (1889:277) considère que les hommes du canton de Paimpol sont peu croyants mais que par les femmes "pour qui le prêtre est un dieu, la religion a conservé une influence considérable sur les moeurs. Elle tend à leur faire regarder l'amour comme une embûche du démon, l'état de mariage comme très inférieur à celui de virginité".

Dans le canton de Fouesnant, Dumont (1889:425) considère que l'empressement des fidèles à sortir de l'église le dimanche et l'abandon des tombes dans le cimetière sont des indices que les cornouaillais "restent pliés aux pratiques religieuses avec plus de régularité que de zèle."


explosion démographique différenciée

Les travaux de Dumont mettent en évidence une explosion démographique différenciée entre les cantons brittophones. Selon les généralisations qu'il dégage à partir des cantons de Paimpol, Perros-Guirrec, Fouesnant et Callac, les communes pauvres, montrant une faible emprise de l'église, et avec des accès aisés au bâti pour les pauvres ont du voir leur population exploser dans la seconde partie du XIX°, ce qui a créé une forte source d'émigration. En terme linguistiques, ces zones étaient exportatrices de locuteurs.


Immigration intérieure?

L'étude des recensements montre des soldes migratoires positifs ou négatifs sur les communes, et dessine des mouvements de population. Par exemple à Ploubazlanec, en situation semi-isolée de presqu'île, de 1831 à 1851, l'excédent de la natalité sur la mortalité est chaque année de 8,6 pour 1 000 habitants, mais l'augmentation de population a été de 293 habitants seulement. La moitié environ de l'excédent de la natalité a émigré au dehors, et l'émigration a dépassé de 276 le nombre inconnu des immigrants (Dumont (1889:291). On ne sait pas si ces mouvements étaient liés aux mariages, ni si les destinations ou provenances de ces mouvements, mais des corrélations émergent.

Les villes comme Paimpol, qui ont une natalité faible tout le long du XIX° croissent cependant en habitants. C'est principalement dû à une attraction sur les populations rurales proches.

Cette émigration rurale est probablement accompagnée par un mouvement vers les côtes. Dumont (1889:286) note par exemple que dans les communes pauvres mais maritimes du département des Côtes-du-Nord, comme Kerity, Plouezec, Trélevern ou Trévou-Tréguignec, les recensements du début du XIX° révèlent un solde migratoire positif. Les communes agricoles proches de Yvias, Plounez ou Plourivo ont en effet exporté leur surplus démographique de 1800 à 1831. Dumont attribue ce mouvement à "l'attrait que la vie maritime exerce sur les populations pauvres de l'intérieur", sans préciser la nature de cet attrait.


Accroissement des fratries et endogamie

Selon l'hypothèse développée par Sutter & Tabah (1955), l'augmentation des fratries a une influence directe sur l'endogamie car elle fait apparaître pour chaque individu nombre de cousins jusqu'au sixième degré. La révolution démographique au tournant de l'ère industrielle implique, partout en Europe, le passage de systèmes où l'endogamie est fortement présente à des systèmes massivement exogames. La Bretagne ne fera pas exception, mais son passage à l'exogamie est nettement plus tardif. Fin XIX° et début XX°, l'endogamie y a été assez forte, avec des records européens.

Cela intéresse l'étude des migrations internes car dans les mariages endogames, la distance de commune d'origine entre conjoints est plus grande. Dans cette hypothèse, l'augmentation des fratries constatée fin XIX° en Centre Bretagne et en Basse Cornouaille met en ménage des conjoints dialectalement plus différents.


l'éclairage des généticiens des années 50

De façon détournée, les études de génétique des populations des années cinquante, qui s'appuyaient sur les documents d'archives des mariages et les consanguinités déclarées aux évêchés, peuvent nous renseigner à la marge sur les brassages inter-dialectaux induits par le mode de formation des familles.

Sutter & Tabah (1955) ont comparé les origines de conjoints des deux départements du Finistère et du Loir-et-Cher du XIX° et du début du XX° selon que les unions ont nécessité une dérogation religieuse pour des raisons de consanguinité (unions entre parents du premier degré jusqu'aux cousins au sixième degré). Sutter et Tabah considèrent que la persistance de l'endogamie est caractéristique des départements bretons. Ils comptent, pour 1911, 4,5% d'unions consanguines en Finistère. De plus, chaque guerre provoque à sa suite une petite poussée endogame, et les unions consanguines dépassent les 6% juste après la première guerre mondiale. Dans l'entre-deux guerres, elles se stabilisent autour de 2 ou 3 %, puis descendent à 2,9% en 1942 et enfin à 0,6% en 1949.

Dans le cadre d'une recherche linguistique, ce qui nous intéresse est la corrélation géographique et donc dialectale des pratiques nuptiales. Or, les unions consanguines induisent un principe d'anti-localité. Sutter & Tabah (1955) ont en effet montré que l'endogamie est corrélée avec une aire de choix des conjoints plus grande de quelques kilomètres que dans les unions non-consanguines. Plusieurs dimensions sociologiques peuvent expliquer ces faits. Le tabou incestueux rend plus acceptable le choix d'un conjoint d'extraction familiale si celui-ci provient culturellement d'une zone différenciée. La nécessité de partir d'un lieu saturé démographiquement pousse aussi à chercher des candidats plus loin géographiquement. Ce type de choix est rendu possible par un mode de sociabilisation rural en famille élargie, entre "cousins à la mode de Bretagne", où les familles voyagaient assez loin de chez elles pour des noces familiales durant plusieurs jours, ce qui constituait les rares occasions de sociabilisation non-religieuses pour les jeunes gens. Dumont (1890:425) note ainsi à Fouesnant fin XIX° que les noces sont "l'occasion de repas prolongés pendant plusieurs jours. On y chante encore un peu et l'on danse au son du biniou".

L'endogamie a diminué fortement dans la première partie du XX°. Sutter (1958:245) note en Finistère une chute significative du pourcentage de mariés domiciliés dans la même commune entre 1911-1912 (46,2%) et 1951-1953 (29%), ainsi qu'une chute des mariages endogames. La fin de la période endogame coïncide avec une extension de l'aire géographique de choix des conjoints plus forte, due à l'industrialisation, l'immigration et l'émigration, l'augmentation des moyens de transports, etc.

Sous l'hypothèse raisonnable que les brittophones se comportaient maritalement comme l'ensemble de la population finistérienne, cette période a été une période de brassage des dialectes bretons à l'intérieur des familles, dans un contexte d'installation massive du bilinguisme français.


Diachronie

Dumont (1890) rapporte qu'avant la Révolution, les cérémonies de mariages comportaient des simulacres d'enlèvement.


Bibliographie

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