Les définis

De Arbres
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Les expressions définies sont des expressions référentes qui s'opposent aux expressions indéfinies.

Sémantiquement, les définis ont une présupposition d'existence. On distingue les définis forts qui présupposent l'unicité du référent (Prends le livre), et les définis faibles qui n'ont pas cet effet (Prends le train).


Inventaire

Les expressions définies sont, en breton:


Il pourrait aussi exister un pronom explétif vide défini, au moins dans certains dialectes.

Pour les données en (1), Vallée souligne qu'en breton, mall et bloaz sont ici dans des emplois adjectivaux (prédicatifs). Cela impliquerait que le sujet soit après la copule eo. Puisque ce n'est pas la forme ez eus de la copule qui apparaît, ce sujet sémantiquement explétif et phonologiquement nul est défini.


(1) Mall eo gantañ. / Bloaz eo.
hâte est avec.lui / an est
'Il a hâte.' / 'Il y a un an.' Vallée (1980:XXIV)


Sémantique

Prototypiquement, les expressions définies présupposent l'unicité du référent, qui est spécifique.


définis faibles

Milsark (1977) puis Diesing (1992) ont distingué les définis faibles des définis forts. Les définis forts peuvent introduire un référent qui est nouveau dans le discours, et qui peut ensuite être repris par une anaphore.

Les définis faibles sont atypiques en ce qu'ils semblent échapper à la présupposition d'unicité. En français et en anglais comme en breton, les expressions définies faibles apparaîssent dans des constructions de deux types:

  • les structures avec un possesseur de type le protégé d'un aigle (Poesio 1994, Corblin 2001, Barker 2005)

(1) merc'h ur martolod, 'la fille d'un marin' (elle n'est pas obligatoirement unique: elle a éventuellement des sœurs)


  • les cas de type prendre le train, parler au téléphone, aller à l'école, à l'hopital (Carlson & Sussman 2005, Carlson & al. 2006, Corblin 2011).

(2) lenn ar journal, 'lire le journal' (le journal n'est pas obligatoirement unique: éventuellement, la lecture implique plusieurs journaux)


En breton, on peut voir avec les structures possessives que l'effet sémantique n'est pas lié à la réalisation d'un article défini comme ce pourrait être le cas en français: en breton l'effet est présent sans qu'il y ait réalisation de l'article ar devant le nom.


lecture d'espèce

Les expressions définies peuvent apparaître avec une lecture d'espèce, où le référent unique est l'espèce, constituée, elle, de multiples individus. En (1), le groupe nominal an estren, littéralement 'l'étranger', renvoie à 'autrui'.


(1) N'eo ket mad selaou an estren.
ne'est pas bon écouter/obéir le étranger
'Il n'est pas bon d'obéir à autrui.' Trégorrois, Gros (1970b:§'estren')


Certaines analyses essaient de réduire les définis faibles à une sorte particulière de lectures d'espèce.


Terminologie

Corblin (2001) appelle les définis faibles des 'définis défectifs'.


Bibliographie

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  • Carlson, G., & Sussman, R. 2005. 'Seemingly indefinite definites, S. Kepsar & M. Reis (éds.), Linguistic Evidence, Berlin: de Gruyter, 71-86.
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