Cas d'absence superficielle de ne

De Arbres
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Il existe différents cas de figure où une négation préverbale n'est pas prononcée (en fait, selon Hemon 1995:§264, la plupart du temps). Pour comprendre comment fonctionne le système de la négation en breton, il faut s'assurer qu'une absence de réalisation phonologique correspond bien à une absence de réalisation morphologique ainsi que syntaxique.

Ci-dessous, sont détaillés quelques cas de phrases d'où la négation n'est que superficiellement absente.


Mutation consonantique

Parfois, le ne préverbal n'est pas prononcé, mais la mutation consonantique que la négation a provoquée reste sur le verbe tensé. La négation ne est alors absente phonologiquement, mais elle est bien présente aux niveaux morphologique et syntaxique.

Une transcription peut indiquer la présence de cette négation préverbale élidée par un 'skrap', une apostrophe préverbale. Cependant, quand le transcripteur n'est pas le locuteur, la transcription doit elle-même être interrogée.

Transcription

La prudence est de mise dans les transcriptions: il faut écarter les contextes où ne aurait pu être prononcé sans avoir été transcrit comme en (2). L'item préverbal den finit effectivement par une nasale qui aurait pu se confondre avec la négation Ne.


(2) Den oa kotät de vonet d' er brezel.
personne était heureux de1 aller à le guerre
'Personne n'était heureux d'aller à la guerre'
Groix, Corne (1991:4)

Interprétation

En bas-cornouaillais, le premier morphème de la négation est souvent non-réalisé, comme dans le corpus douarneniste de Hor Yezh (1983). Cependant, on peut voir à certaines des phrases comme en (3) qu'une négation préverbale existe au niveau syntaxique sans devoir forcément recevoir un contenu phonologique. L'interprétation de tamm moneiz en (3) montre que cet élément est cependant présent syntaxiquement. Dans une phrase sans négation, son sens aurait été positif (Bez oa tamm moneiz > 'il y avait un peu d'argent').


(3) A-wechoù vie paeet a-wechoù vie ket peogwir oa tamm moneiz.
à.fois était payé à.fois ne était pas car ne était morceau argent
'Des fois c'était payé, mais des fois non, car il n'y avait pas d'argent.'.'
Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:75)

Cerner les cas réels d'absence de ne

Les locuteurs du breton sont bilingues avec une variété de français qui bascule vers le stade III du cycle de Jespersen, où la seule marque de la négation est un adverbe postverbal (Je ø sais pas, il ø y avait pas d'eau). Ce stade III existe-t-il en breton?


Willis (2013:251) note justement que les cartes de 235, 242, 250, et 251 de l'ALBB montrent des effacements de ne assez importants en vannetais du sud. Cependant, sur ces cartes, ne pourrait être présent au niveau syntaxique sans que l'on s'en aperçoive car le verbe gouzout, 'savoir' qu'elles illustrent n'est pas sujet à une mutation qui pourrait révéler une présence syntaxique de ne. On ne peut donc pas savoir si le ne de la négation a disparu au niveau syntaxique.

L'exemple en (4) est similaire: le verbe tensé commence par une voyelle et n'est donc pas sujet à mutation consonantique. Il est donc impossible de juger à partir de cette phrase uniquement si le locuteur utilise une négation préverbale ou non: la présence/absence d'un ne hypothétique au niveau syntaxique n'est qu'un postulat. Seul le fait que la langue reste par ailleurs canoniquement à verbe second laisse soupçonner une présence syntaxique du ne à l'initiale.


(4) [ wɛ cəd a zɔ:ʁ ]
oa ket a zour
ne? était pas de eau
'Il n'y avait pas d’eau.' Vannetais, Cheveau (2007:133)


La carte 206 de l'ALBB est plus intéressante: elle illustre les traductions de Je ne peux pas courir, avec principalement des utilisations du verbe gallout, 'pouvoir'. On note deux cas francs d'absence de ne en Sud vannetais, avec des réponses en gallan ket qui montrent une absence de mutation sur la racine. Ces cas illustrent de vraies absences de ne.