Auxiliaire gouzout : Différence entre versions

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(Lecture épistémique dans les phrases négatives)
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== Lecture de possibilité ==
 
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Version du 26 février 2015 à 13:08

Gouzout, qui est un verbe lexical qui signifie 'savoir' a aussi deux emplois différents en tant qu'auxiliaire.

Gouzout fait partie des quelques verbes qui se prennent eux-mêmes comme auxiliaire, auquel cas il sert juste de support aux morphèmes d'inflexion portant les traits d'accord du sujet et de temps.


(1) gout' ouie en ur sevel, da betra e vefe kinniget an devezh.
savoir R savait en lev.er à1 quoi R serait employé le jour.née
'Elle savait (bien), en se levant, à quoi serait employée la journée.'
Standard, Ar Barzhig (1976:29)


Gouzout connait aussi, de dialecte en dialecte, des usages modaux. En cornouaillais, l'auxiliaire gouzout a une lecture d'habitude.


(2) Honnezh ouie [ tommañ kafe deomp ].
celle.là (R) savait chauffer café à.nous
'Celle-là nous chauffait du café.' Bas-cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:5)


Dans les phrases négatives, l'auxiliaire modal gouzout a un lecture épistémique (comme en français Les gens ne sauraient dire s'ils viennent encore...).


Morphologie

Favereau note la forme vannetaise fehe:

  • Ne fehe ket gober... 'Il ne saurait y avoir...'


Syntaxe

sélection d'une infinitive

L'auxiliaire gouzout sélectionne une proposition infinitive (une petite proposition). Les sens modaux ne survivent pas la sélection d'une proposition tensée.


(1) Ha goude-se ar re-se ouie [ dont tout setu vie blag ken-ha-ken ].
et après-ça le ceux-ci savait venir tous voila y.avait blague autant-&-autant
'Et après tous ceux-là venaient et on blaguait tant et tant.'
Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:76)


(2) Ha ni ouie [ mont d'ober van da gas boued ].
et nous savait aller à'faire semblant de1 envoyer nourriture
'Et nous faisions semblant d'amener de la nourriture.'
Bas-cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:5)


Lecture d'habitude

Merser (2011:126) attache les formes auxiliées en gouzout à une lecture d'habitude. Goyat (2012:305) parle de d'interprétation "fréquentative". La lecture d'habitude est la seule lecture disponible lorsque le sujet de gouzout est inanimé.


(3) /ar 'ju:d wae ˌfe:a/ / /ar 'pɛrlɛz wie 'lintra/
Ar yod 'oar c’hweza. / Ar perlez ouie lintra.
le bouillie (R) sait gonfler / le perles (R) savait briller
'La bouillie gonfle (dans l’estomac)' / 'Les perles brillaient.' Plozévet, Goyat (2012:305)


restrictions

La lecture d'habitude est compatible avec la négation. Selon Goyat (2012:305), cet usage de l'auxiliaire gouzout est restreint à Plozévet au présent et à l’imparfait.


(4) /me ˌnu:zõ ke ˌmon ti maj 'zõ:narz/
Me n’ouzon ket mond ti Mari Zonarz.
moi ne'sais pas aller maison Marie Donnars
'Je n’ai pas l’habitude d’aller chez Marie Donnars.' Plozévet, Goyat (2012:305)


variation dialectale

Les cas de lectures d'habitude sur l'auxiliaire gouzout se trouvent aisément en corpus de bas cornouaillais. Elles semblent absentes chez Gros.


(1) Ha ni ouie mont d'ober van da gas boued.
et nous savait aller à1'faire semblant de1 envoyer nourriture
'Et nous faisions semblant d'amener de la nourriture.'
Bas-cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:5)


(2) An dud a ouie [ dont tout da di Mémère neuze ].
le 1gens R savait venir tous à1 maison Mémère alors
'Les gens venaient alors tous chez Mémère.' Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:75-76)


(3) Eñ evid rei eun tamm startijenn deom, eñ a ouie kana, kwa.
lui pour donner un morceau énergie à.nous lui R savait chanter, quoi
'Lui, pour nous donner un peu d'énergie, il chantait, quoi.'
Cornouaille (Pleyben), Marvailloù (1994:9)


(4) Tud 'zo a oar lâret e teuont c'hoazh.
gens y.a R sait dire R viennent encore
'Il y a des gens qui disent qu'ils viennent encore.' Cornouaillais (bigouden), Bijer (2007:144)


(5) /'enɛ war ˌmon da ʃa'seal bøp 'sy:l/
Hennez 'oar mond da chaseal beb sul.
celui.ci 'sait aller pour chasser chaque dimanche
'Il va à la chasse tous les dimanches.' Plozévet, Goyat (2012:305)


(6) Va zad a ouie lavared din...
mon père R savait dire à.moi
'Mon père avait l'habitude de me dire...' Merser (2011:126)

Lecture épistémique

Gros (1989:'gouzoud') propose que "comme le français 'savoir', gouzout, au conditionnel, prend le sens de 'pouvoir'". Le verbe français pouvoir a cependant aussi une lecture de possibilité. Cette lecture émerge de façon plus restreinte avec l'auxiliaire gouzout breton.


En (1), la lecture est épistémique: où le locuteur évoque plusieurs alternatives et exprime son penchant pour l'une d'entre elles.


(1)a. N'oufe ket beza eet a-bell.
ne1'saurait pas être allé de1-loin
'Il ne saurait (peut) être allé bien loin.' Trégorrois, Gros (1989:'gouzoud')


(1)b. N'oufe ket bezañ aet pell.
ne1'saurait pas être allé loin
'Il ne saurait être loin.' Favereau (1993:§'gouzout')


(2) Hi n’oufe ket beza eur plah gwall abred.
elle ne1'saurait pas être un fille très tôt
'Elle ne doit pas être une fille bien dégourdie.' Trégorrois, Gros (1989:'abréd')


restriction aux phrases négatives

Les lectures épistémiques de l'auxiliaire sont restreintes aux contextes négatifs.


(2) En eur wezenn zeh n'oufe ket bezañ kalz a avalou.
dans un 1arbre.SG sec ne1'saurait pas être beaucoup de1 pommes
'Dans un arbre sec, il ne saurait y avoir beaucoup de pommes.' Trégorrois, Gros (1984:321)

Lecture de possibilité

L'exemple de Gros qui se rapproche le plus de la lecture de possibilité totale est en (5), avec un nom nu.


(5) N'oufe den kompren pegen fall eo an den-ze.
ne1'saurait homme comprendre combien aller mauvais est le homme-ci
'Personne ne saurait (peut) comprendre combien cet homme est méchant.'
Trégorrois, Gros (1989:'gouzoud')


Quelques autres exemples obtiennent une lecture de possibilité, mais il est moins net qu'elle ne soit pas obtenue par la dénotation première du verbe gouzout, 'savoir'.


  • Hennez na ouife ket dislavared eur bugel.
'Il ne saurait contredire un enfant (tellement il est doux et bon).'
Trégorrois, Gros (1989:'gouzoud')
  • N'oufen ket lavared dit.
'Je ne saurais te le dire.'
Trégorrois, Gros (1989:'gouzoud')

Diachronie

(1) Hé varc'h n'eo kéd eul loen mâd, neuz fors péger gloruz éc'h oufé béa gant-hañ.
son1 cheval ne est pas un animal bon ne y.a importe combien fier R4,+V saurait être avec.lui
'Son cheval n'est pas une bonne bête, quelque fier qu'il en soit.'
Hingant (1868:§139-146)


Horizons comparatifs

L'emploi épistémique dans les phrases négatives rappelle l'emploi du verbe 'savoir' en français (Il ne saurait y en avoir beaucoup cet hiver.), qui lui aussi est restreint à la négation (* Il saurait y en avoir beaucoup cet hiver.).


Le contraste entre français standard et breton tient donc dans les phrases positives, avec leur lecture d'habitude. En franco-breton, on trouve des usages du verbe savoir en tant qu'auxiliaire avec la même lecture d'habitude qu'en breton.

  • Et quand le terme était trop avancé, certaines savaient dire: 'Celle-là n'attrapera jamais la noce, jamais!'
Français de Basse-Bretagne (Douarnenez), Martin (1994:79)


En anglais, le modal de possibilité can partage la même racine historique que le verbe de connaissance to know (Oxford English Dictionary).