Ar pezh

De Arbres
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Le nom pezh dénote une 'pièce', un 'morceau'.


(1) or pezh aour
un pièce or
'une pièce d'or' Breton central, Favereau (1984:393)


Ce nom est très productif dans ses grammaticalisations. Il a grammaticalisé en un quantifieur de degré (ur pezh mell arzh 'un ours énorme') ou comme l'équivalent d'un singulatif (ur pezh dilhad, 'une pièce de vêtement'). Il forme aussi avec l'article ar un pronom relatif inanimé de type 'ce que' (ar pezh a laran 'ce que je dis'). En vannetais, pezh est le mot interrogatif de manière équivalent au standard peseurt.


Nom

singulatif

Le nom pezh peut servir de singulatif lexicalisé pour un nom collectif (Kervella 1947:§343).

(2) dilhad > ur pezh dilhad

'habit' > 'une pièce d'habit' > un habit


un nom quantifieur de degré

Devant un autre nom, pezh est un quantifieur intensifieur de degré.


(1) Ar gazez he-devoa greet eur pez mignaouadenn.
le 1 chatte 3SGF-avait fait un morceau miaulement
'La chatte avait poussé un grand miaulement.' Trégorrois, Gros (1970b:'ober')


(2) or pezh ki bras
un grand chien grand
'un énorme chien' Breton central, Favereau (1984:393)


Pezh 'morceau' comme mell et pikol 'énorme'; et leurs dérivés mellad et pezhiad, (contenu d’un gros morceau) sont souvent cités comme des exemples d'adjectifs prénominaux. Cependant, comme souligné par Kervella (1995:§512) repris par Trépos (2001:§228), il s'agit non pas d'adjectifs mais de noms, comme le montrent leurs marques de pluriel typiquement nominales:

pezhioù, mell, pikolioù, pezhiad, mellad

Ils peuvent aussi prendre des suffixe hypocoristiques de type nominal.


forme plurielle

Pezh se met effectivement au pluriel devant des noms au pluriel.


(3) /pexjew byga:laj /
morceaux enfants
'des enfants robustes.' Groix, Ternes (1970:226)


forme hypocoristique

Le mot pezh peut aussi se trouver suffixé par le morphème -où hypocoristique distinct du pluriel.


(4) péjó tut
morceau gens
'des gens énormes'
(souvent des enfants, avec un sens hypocoristique) Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)


dans le syntagme

Pezh se situe devant le syntagme nominal.


(4) e pés tɑ̃m kiķ Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
ur pezh tamm kig
une morceau morceau viande
'un très gros morceau de viande'


Le nom pezh peut se trouver devant pezh, pikol, ou malestoue.


(5) or pezh mell den bras Poullaouen, locuteur né vers 1910, Favereau (1984:438)
un morceau grand homme grand
'un sacré grand gars'


  • [e pés piķol lwę̃nn], 'une énorme bête', Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
  • [péjó malestouéó tié], 'd'énormes maison', Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)

Pronom relatif

Comme pronom relatif inanimé, (ar) pezh a l'usage du français ce que (Chalm 2008:§Q5).


(1) M'eus ket soñj ag ar pezh oa...
1SG a pas souvenir de le pièce était
'Je ne me rappelle plus ce que c'était/de la pièce que c'était...'
Vannetais (Arradon), Audic (2011:15)


morphologie

L'article est parfois élidé devant le pronom relatif.


(2) [ tut pe ɥelǝt nǝdǝtʃǝ daɲ ]
tout 'pe(zh)i 'welit _i nend eo ket din.
tout N R voyez ne est pas à.moi
'Tout ce que vous voyez n'est pas à moi.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:49)


(3) /niče gol brop pex əred əzaj /
ne'est.pas très-1 propre N R faites ici
'Ce n'est pas bien décent ce que vous faites là.' Groix, Ternes (1970:228)


(4) Setu amañ ar pezh a skrivas _, 'voici ce qu'il écrivit',

Piv a ouio pezh a soñje _?, 'qui saura ce qu'il pensait?', Standard, Chalm (2008:§Q5)


syntaxe

les lacunes

Le pronom relatif (ar) pezh lie une lacune du sujet, de l'objet ou d'un objet indirect de l'enchâssée.


(1) Morse n'e-noa bet disklêriet an den-ze ar pezh a oa erruet _ ganin. Uhelgoat, Skragn (2002:21)
jamais ne R-avait été dit le homme- le N R était arrivé à.moi
'Jamais cet homme n'a raconté ce qui m'était arrivé.'


(2) Med ar pez a gavan dreist ennañ eo ar feson simpl e-neus da gôzeal gand an oll.
mais le que R1 trouve super dans.lui est le façon simple a de1 parler avec le tous
'Mais ce que j'aime chez lui c'est la façon simple qu'il a de s'adresser à tous.'
Léon, Miossec (1980:69)


(3) A-dra-sur an den Doue a soñje er pezh na sonjemp-ni ket... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:21)
certainement le homme Dieu R1 pensait dans.le morceau ne1.R1 pensions-nous pas
'Certainement, l’homme de Dieu pensait à ce dont nous ne pensions pas...'


Dans la construction figée pezh a gari 'autant que tu voudras', l'interprétation de la lacune est de type adverbial, comme le ferait kement 'autant que...'.


(4) rei koat ta henn'zh, pezh a gari.
donner bois à1 celui.là morceau R1 aimeras
'Frappez-le, tant que vous voudrez.' Breton central, Favereau (1984:394)


rannig a

Le relatif ar pezh est suivi du rannig a1. Le complémenteur ma est exceptionnel.


(5) ... ar pes ma voant ô vont da obér...
le que que4 étaient à4 aller pour1 faire
'... ce qu'ils allaient faire...' Breton 1905 (Plouider), Burel (2012:196)

ar pezh vs. petra

A travers les dialectes, le pronom relatif objet ar pezh est en compétition avec petra.


(5) Pa glevas petra a oa...
quand1 entendit quoi R était
'Quand il entendit ce qui se passait...' Léon (Saint Pol de Léon), Milin (1922:403)


diachronie

L'extension de l'usage du relatif ar pezh se fait en concurrence avec les formes plus datées des relatives réduites.

 Académie bretonne (1922:290):
 "A s'employait autrefois en breton au lieu de ar pez a pour rendre « ce qui, ce que ». De là encore des locutions comme gra a gari, 'fais ce que tu voudras', gand a ri, 'quoi que tu fasses (avec ce que tu feras)', war a lavar, 'à (sur) ce qu'il dit'; sed a c'hoarvezas gantan, 'voici ce qui lui arriva', etc. On trouvera des exemples nombreux et très heureux de cet emploi de a dans nos écrivains classiques, Inizan et Milin surtout. Les Gallois en font grand usage dans les proverbes et sentences."


Pronom interrogatif

En vannetais, pezh est un pronom interrogatif de manière équivalent au standard peseurt, qui sert à sert à l'identification à l'intérieur d'un ensemble. Ternes 1970:227), à Groix, donne /pex-kani/, 'lequel, laquelle'. Le moyen breton pezh avait aussi cet usage (Hemon 2000:§81)


(1) E pezh kours ag ar ble?
dans quel moment de le année
'A quel moment de l'année?' Vannetais (Arradon), Audic (2011:15)


Goyat (2012:228) signale à Plozévet, comme en vannetais, la forme pez, 'quel?'. La forme pe co-existe à Plozévet, mais devant certains noms uniquement.


(2) /pøz 'ɛ̃:n/ , Pez unan?, 'lequel?', Goyat (2012:125)

/pøz 'ã:no pøz/ , Pez ano ’peus ?, 'Comment t’appelles-tu ? (ou vous appelez-vous ?)'
/pøz o'to va 'ɡata/ , Pez oto oa gantañ ?, 'Quelle voiture conduisait-il ?'
/pøz 'la:bur va i 'o:bɛr/ , Pez labour a oa oh ober ?, 'Quel travail faisait-il ?', Plozévet, Goyat (2012:228)


diachronie

L'interrogatif pezh du moyen breton a été remplacé dans le standard et le [[[KLT]] de la langue moderne par petra.

(1) pez a leueret huy yuez?, B.n.771, breton 1557, cité dans Hemon (2000:§81)


(2) pe gano eo? Moyen breton vannetais 1499, Gl.AvH
peh anv eo interprétation de Guyonvarc'h (1984:78)
quel nom est
'Comment cela s'appelle-t-il?'


A ne pas confondre

En vannetais et jusque dans la vallée du Scorff, pezh est un allomorphe dialectal de l'exclamatif pebezh 'quel..!'.