-a

De Arbres
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Le suffixe verbal de l'infinitif -a forme toujours des verbes dénotant une action répétée (itérativité).


(1) Pa veze bet avelaj evel-se e miz Here ez een d'ar hoajoù da geuneuta.
quand était eu vent.sfx comme-ça en mois octobre R allais à'le5 bois à1 petit.bois.ramasser
'Quand il y avait eu de grands coups de vent comme cela en octobre,
j'allais dans les bois ramasser du bois mort.' Gros (1970b:§'avelaj')


On retrouve ce suffixe dans les finales en -aoua, -eta, qui obtiennent des verbes dénotant l'activité de recherche, de chasse ou de pêche de quelque chose.

En composé avec le suffixe -ad, le suffixe -a obtient la finale en -ata qui dénote uniquement une itérativité aspectuelle.


(2) Peogwir e welen anezañ o vazata e gazeg.
car R1 voyais P..lui à bâton.-ad.sfx son jument
'puisque je le voyais bâtonner sa jument.' Trégorrois, Gros (1984:358)


Morphologie

un seul suffixe -a

Le morphème -a peut s'affixer sur des morphèmes pluriels -aou-, -ed ou sur le suffixe -ad, ce qui donne respectivement les finales verbales en -aoua, -eta et -ata.

Le suffixe /-a/ provoque un dévoisement de la consonne qu'il suit (logod, 'souris' > logota, 'chasser des souris', Gros 1984:341).

dévoisement

Selon Vallée (1980:XXIV), le suffixe est -ha et, par sandhi, transforme les consonnes finales /b, d, g, z/ en /p, t, k, s/.

Selon Deshayes (2003:39), la forme en -ha est ancienne, et transforme les consonnes finales /b, d, g, s/ en /p, t, k, ss/.

composition

La voyelle -a du suffixe se maintient sous le suffixe -et du participe ou le suffixe -er des noms d'agents (pesketaer, 'pêcheur', Vallée 1980:XXIV). C'est un contraste avec le suffixe de l'infinitif /-a/, , qui lui ne s'y maintient pas (gwerzer, 'vendeur', Vallée 1980:XXIV).

nombre et genre de la racine

Selon Gros (1984:341), ce suffixe s'ajoute à un pluriel (gozeta, 'chasser les taupes', tuta, 'recruter du personnel') ou à un collectif (buzuka, 'chercher des vers').

La racine peut aussi être au singulier avec un nom massique comme en (2), ou sur les noms en -ad.


(2) Arabad vo dim bea war lec'h ar foar o kôc'ha.
interdit sera à.nous être sur lieu le foire à merde.sfx
litt.'Il ne faudra pas que nous arrivions après la foire pour ramasser le crottin.'
> Dépêchons-nous. Le Berre & Le Dû (1999:28)


On peut trouver le suffixe -ez marqueur du féminin sur une racine (kiësa, 'courir les chiennes', Gros 1984:342). On trouve aussi le diminutif -ig.


(4) E vannika eur bet?
à4 verre.DIM.er est.IMP été
'On est allé picoler?' Sein, Fagon & Riou (2015:'bannika')

exocentricité

Le suffixe -a est exocentrique: il change la catégorie de sa racine.

Il apparaît sur des racines nominales et obtient un verbe qui dénote l'activité de recherche de la chose dénotée par le nom.

productivité et variation dialectale

Selon Goyat (2012:269), le parler de Plozévet ne comprend que trois verbes en finale en -eta: /lo'ɡota, la'ɡota/, 'chasser les souris', /mɛr'jeta/, 'courir les filles' et /pes'keta/, 'pêcher'. Goyat (2012:271) mentionne cependant des verbes en finale en -ika qui ressortent probablement du même suffixe -a après un diminutif en -ig: /bã'nika/, 'boire des petits coups (d’alcool)', /bro'ʃɛnika/, 'tricoter (à la broche), faire du crochet' et /ea'lika/ 'prendre le soleil'.

Syntaxe

Comme remarqué par Ternes (1970:300), les verbes dérivés en -a ne sont jamais employés qu'à l'infinitif.


Sémantique

chercher /racine/

Gros (1984:341) considère que le suffixe -a forme "un verbe indiquant la récolte, le ramassage, la recherche, la chasse ou la pêche."

Les verbes dérivés en -a sur les suffixes de pluriel -aou et -ed équivalent à des verbes avec incorporation de l'objet, en ce que la relation sémantique du suffixe avec sa racine est celle d'un verbe avec son objet (laoua, /poux.chercher/, 'chercher des poux').

  • Hag eh aomp en heol d’en em laoua
'Et nous allons au soleil pour nous épouiller', Vannetais, Herrieu (1994:87)


Cependant, dans les langues à incorporation de l'objet, les objets incorporés ne peuvent normalement pas être au pluriel.

fournir /racine/

Vallée (1980:XXV) note que le suffixe -a a aussi le sens de 'fournir'. Il donne:

  • boueta, 'pourvoir les animaux d'aliments'
  • kerc'ha, 'pourvoir les animaux d'avoine'
  • doura loened, 'pourvoir les animaux d'eau'

faire /racine/

Dans les verbes dérivés en -a sur le suffixe -ad, la relation sémantique du suffixe avec sa racine peut aussi être celle d'un verbe avec son objet, mais le verbe est différent. En (1), le verbe choukata signifie faire de façon répétée des "dossées" de bois.


(1) Me am-eus choukatet behiou keuneud euz ar hoad-ze!
moi R.1SG a dos.N.é charge petit.bois de le bois-
'J'en ai transporté (sur mon dos) des fardeaux de bois (des fagots) depuis ce bois-là!'
Trégorrois, Gros (1984:358)


Le sujet n'a pas besoin d'être un agent (cf. 'faire de la bruine').


(1) Glizata a raio hirio e-pad an deiz.
bruine.N.sfx R fera aujourd'hui pendant le jour
'Il bruinera (bouillassera) aujourd'hui pendant la journée.' Trégorrois, Gros (1984:358)


mesurer, apprécier, percevoir par /racine/

Vallée (1980:XXV) note que le suffixe -a a aussi le sens de "mesurer, apprécier, percevoir par les sens". Il donne:

  • marc'hata, /marché.sfx/, 'marchander'
  • pouezellata, /boisseau.sfx.sfx/ 'mesurer au boisseau'

Et avec un suffixe -ed:

  • c'houeseta, /odeur.PL.sfx/, 'flairer'
  • talmeta, 'tâter' et blaseta, 'goûter'

A ne pas confondre

Il existe des risques de confusion entre la marque infinitive -a et la marque infinitive -añ qui se prononce localement -a. Il existe aussi un morphème de flexion 3SG prononcé -a dans les dialectes du Sud.

Vallée (1980:XXV) dérive les deux exemples en (1) par le même suffixe. Il est cependant probable que le premier soit c'hwezañ, avec un suffixe de l'infinitif -añ qui ne marque pas l'itérativité.

(1) c'houesa, /odeur.sfx/, 'flairer'

c'houeseta, /odeur.PL.sfx/, 'flairer'

La carte 307 de l'ALBB, documente la variation des traductions pour 'de la graine de carotte, la graine, semer' (en breton standard had, hadañ). L'action de semer est difficilement séparable d'une idée d'itérativité possible, mais la dérivation en voisement de /at/ à /ada/ montre bien qu'il ne s'agit pas du suffixe -a qui lui, provoque des dévoisements.

Dans les emprunts des noms du français, une finale en e muet (schwa) obtient -a dans son équivalent breton (la ville de Fougère > Foujera ; promesse > promesa, Mordiern 1939:12).